Cher Ami,

Je flirte avec la psychanalyse lacanienne ; j’en retiens des formules provocatrices que je lis dans leur poésie. « Il n’y a pas de rapport sexuel », l’affirmation a fait parler d’elle : lectures et critiques sont pléthore.
Elle tient de l’oxymore ; le rapport sexuel, dans son sens usuel, qualifie un acte, un agissement qui occupe consciemment et bouscule l’inconscient : le nier semble impossible. Jacques Lacan veut dépasser la luxuriante banalité du voyage partagé.
La formule initiale « il n’y a pas » induit plus qu’un doute, la négation de quelque chose : l’auteur invoque ce qui n’existe pas, paradoxal. La négative ajoute un doute avec le « y » : il peut être entendu comme un pronom de lieu, contrarié par un « de » suivi qui lui nie une quelconque importance, pour revenir à la présentation négative, convenue et informelle de quelque chose à venir. Mais pourquoi l’avocat de l’être parlant aurait-il choisi cette formule ? L’esprit aiguillonné du lecteur ou de l’auditeur y trouve quelque chose d’irréelle, un vide nébuleux.
« Rapport » a de nombreux sens, que le culte du langage peut confondre. Un voyage imaginaire commence : s’agirait-il d’un usage détourné de l’habituelle « relation » flanquée du sexuel adjectif ? Un récit ou un compte rendu : simplet mais pourquoi pas, un peu ? Un gain, résultat d’un produit : spécieux mais peut-être pas totalement faux ! Une connexion, une affinité voire une dépendance : l’esprit s’intéresse au concept. Le quotient arithmétique (1/1) est loin du sexe, encore que… L’imagination titillée, le sens d’une liaison entre deux personnes, mises en rapport, prend le dessus sans effacer ces variations, mais revient l’impossibilité initiale de « il n’y a pas » de rapport, une chute dans le vide.
Mais avec « sexuel » la piste rebondit, après le détour scolaire, se confirme la première impression. L’harmonie cathartique de deux êtres en une connexion fusionnelle n’est pas : elle n’est que la somme de deux individus qui vivent séparément une jouissance unique par sa simultanéité, créent un instant une troisième réalité imaginaire, un voyage évanescent à 2.
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