10/04/26

Amour d’adolescence.

Cher Ami,

J’ai commencé à lire Jean Giono à 12/13 ans ; ma mère m’avait ensorcelé de ses romans pour m’aider après un nouveau déménagement.

L’auteur régional à l’aura internationale, est né en 1895 à Manosque (5 000 habitants) dans les Alpes-de-Haute- Provence : le fils unique d’un père cordonnier libertaire et d’une mère repasseuse a une enfance heureuse, mais abandonne l’école à 16 ans pour travailler. L’écrivain autodidacte est un panthéiste traumatisé par la guerre 14-18 à laquelle il participe en première ligne. Pendant celle de 39-45 pacifiste viscérale, il a une attitude controversée qui lui vaut d’être incarcéré en 44, et libéré en 45 sans être inculpé mais mis à l’index jusqu’en 47. Alors taxé de « tarzanisme », il retrouve la considération des milieux littéraires et intellectuels : membre de l’Académie Goncourt en 54, il préside le Festival de Cannes en 61 et signe le droit à l’objection de conscience en 63 avec Breton, Camus, Cocteau et l’abbé Pierre. Il meurt à l’âge de 75 ans, dans sa maison sur les hauteurs de Manosque.

Le souffle de ses premiers écrits, CollineUn de Baumugnes et Regain a transporté le petit Parisien dans l’âpre nature habitée de forces occultes qui brassent sol, plantes, animaux et êtres humains. Avec l’autobiographique Jean le Bleu, j’ai parcouru la jeunesse heureuse et grave de l’écrivain, aïeul de Haute Provence. Pensionnaire dans un collège de frères, Le Chant du monde et Que ma joie demeure, m’ont baptisé au lyrisme païen des petites communautés enclavées des contreforts des Alpes…

Je reviens à Giono pour retrouver mon adolescence : il m’induit à l’observation consciente de la dynamique impalpable de l’environnement qui nous intègre. Il réveille chez moi ce désir vacillant à cerner intuitivement les signes ténus et essentiels qui nous embrassent, que la vie contemporaine pollue. Ses écrits me confortent dans ce pieux désir d’une recherche de joie complète, du corps et de l’esprit, émotion pleine d’une nature subtile, détachée, dans la mesure du possible, des artifices de la vie moderne : « Carpe diem » contemporain.  

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