En France, généralement, si vous demandez à un indigène s’il aime le verre de vin qu’il boit, il répond évasivement : « pas mal ! » générique national, petit dégagement en touche. Ou bien, après réflexion, il disserte : on circonscrit les détails de l’analyse et les limites du propos.
Au Brésil, dans la plus-part des cas, à la même question l’autochtone qui boit un verre de bière répond enthousiaste : la boisson est délicieuse, « stupidement glacée », et vous rallie à son avis sans vous écouter. La boisson est un prétexte à la fête, à l’ébullition de la comme-union ; les sentiments débordent le propos.
Deux caricatures : le français se veut rationnel « Je pense donc je suis !», la raison teinte sa plaisanterie d’ironie : railleur ! Le brésilien s’affiche léger « Au sud de l’équateur il n’y a pas de péché !», tout est tourné en dérision : hilare ! Complémentaire ou incompatible, leur conjugaison est ma cruelle joie de vivre !
Une fondamentale épaisseur différencie le sens des mots. En pays gaulois la nostalgie, dictionnaire aidant, trouve un sens commun entre gens de bonne compagnie ; on tolère de subtiles variantes.
« Em terrae brasilis », la promiscuité de l’assemblée interdit la miscibilité, la saudade – Pas de dictionnaire rabat-joie ! -, est instable : jurisprudence régionale et tradition orale. Le Brésil 17 fois la France, c’est l’Europe !
Autre approche du sens de « saudade », écoutez la mélodie et la musicalité des mots, porté par le rythme : songeur irrévérencieux !
Deux chansons brésiliennes : « Chega de saudade » « Arrête avec la saudade » https://youtu.be/yUuJrpP0Mak d’Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes, bossa nova de référence, chanté par Joao Gilberto dont la retenue nous est proche . Et « Samba em preludio » https://youtu.be/rF2BK9EuJso composition de Baden Powell et Vinicius de Moraes, chantée par Vinicius de Moraes, Maria Creuza e Toquinho. Vinicius après avoir écouté la mélodie « saudosiste » la première fois, à penser que Baden Powell, irréfléchi, avait plagié Chopin… Véritable histoire de pochtron !
Deux origines culturelles, deux illustrations sonores : une portugaise, Amalia Rodrigues https://youtu.be/06h-lzBkY1U où on reconnaitra le poids du destin du fado. Une autre africaine, au large de l’Afrique de l’ouest les îles du Cap-Vert Cesaria Evora chante « Sodade », https://youtu.be/ERYY8GJ-i0I marqué par le « Banzo », ce mal du pays sans espoir des esclaves.
La bossanova, reprend les accents nostalgiques un clin d’œil dissonant dans la mélodie, humour nécessaire au désir de renaître, un pied sur la terre ferme « da pedra, do fim do caminho », « de la pierre, de la fin du chemin », https://youtu.be/Zjn1AX8UmUk , chanté par l’inoubliable Elis Regina.
Ou la samba chantée par Maria Bethania, Gilberto Gil et Caetano Veloso « Saudade dela » « Saudade d’elle » : https://youtu.be/p9Myac07xeA de Nizaldo Costa / Roberto Mendes, (Saudade de la Saudade !).
Pour n’en jamais finir avec la saudade : Chico Buarque de Holanda, « Tua cantiga », https://youtu.be/dk8arhNQta0 une samba aux accents de « Choro » (Genre musicale née aussi au XIXème comme la samba !), presque une valse et la lettre, nouvelle (2017) chanson de troubadour, gagnent l’atemporalité, balaient d’une main de réminiscences les controverses : saudade !