
Pendant les travaux de ma maison, le terrain clos sans portail est envahi par des chiens errants. Les ouvriers les alimentent des vestiges de leur repas.
La meute de « vira-lata », vire-poubelles, se réduit. Un seul individu persiste : une jeune chienne, au pelage noire défaillant. Ses pattes, trop hautes pour un basset et trop courtes pour un ratier, parcourent le jardin ; tête basse, oreilles couchées, la queue entre les jambes elle chasse le lézard. Personne ne l’approche : elle mange les restes abandonnés au sol. Les couvreurs sourient : « Paul, vous allez adopter Pretinha ?»
Les vire-poubelles la poursuivent à ses premières chaleurs. Un vétérinaire attentif aux sans-colliers, la castre après la fête. Elle se réfugie dans la baraque de chantier. La chienne poids plume repousse ses ex-compagnons de caniveau hors les clôtures. Les maçons rient : « Paul, vous allez adopter Pretinha ! »
A l’étape des finitions, la fréquence de mes venues augmente : la petite métisse m’accueille menaçante et me suit en jappant. Peintres et menuisiers ironisent : « Paul, vous allez adopter Pretinha »
Fin de chantier. Le jardinier, dernier intervenant, retourne chez lui au village pour déjeuner. J’assume l’alimentation : deux gamelles, l’eau et la ration. La proprio à quatre pattes aboie par principe, me suit à distance. L’horticulteur amusé : « Paul, quand adoptez-vous Pretinha ? »
Installation du portail. Pretinha endosse son rôle de gardienne : elle ronde l’enclos et donne de la voix au moindre étranger. Au fond du garage ouvert, j’installe son gite : une palette, un morceau de moquette, un petit matelas, une vieille couverture. Pretinha prend ses quartiers : son œil noir me suit, elle est prête à détaler.
Six mois sont passés. L’animal sauvage répond à mon appel, vient la tête dans les épaules accepter le harnais. Le vétérinaire bienveillant nous reçoit : « Bonjour Pretinha » ! Bien informé, me suis-je dit. Au cours de nos balades nous avons l’habitude d’être salués « Alors Pretinha comment ça va ? ». j’ai conclue : «Pretinha Maluqinha (Noireaude Fofole), dont je porte les initiales, m’a adopté.