Athée et Agnostique.

L’athée ne croit pas en l’existence d’une forme de divinité, et l’agnostique ne sait pas. Être humain, vivant dérisoire, je suis incapable d’appréhender la vie dans sa totalité, et donc son essence. Plus, je suis atteint d’une légère allergie à l’autorité, rigidité riche de déboires : je suis sans Maitre. Tel un mille pattes aux mille cannes, j’avance cahin-caha, telle l’araignée, je me balance dans les courants d’air de ma toile d’idées glanées et de liens affectifs : elle m’emprisonne. La vie n’a pas de raison : elle est, et me fait un bras d’honneur.

Je me sens une pâle étincelle entre deux infinis. L’un qui précède l’existence individuelle ; la partie la plus récente est l’objet d’histoires et d’élucubrations : leur variété m’interpelle, sans cesse renouvelée par des d’imaginations fébriles à l’inévitable parti pris. L’autre infini, postérieur à mon passage sur cette planète, génère de nouveaux pronostics fantaisistes parfois poétiques, instigateurs, moralisateurs… Ma difficulté à souscrire à une quelconque vision est augmentée par les innombrables alternatives : raisonnablement, je confesse mon incapacité à choisir.

Le Doute est l’ancre flottante sur ma mer houleuse. L’incertitude pèse, noue le cœur et les tripes de l’animal, inquiète sans relâche les capacités de l’être parlant. Pour éviter la somatisation de l’angoisse existentielle, la perplexité, je m’efforce de capter par tous mes sens le meilleur possible de l’instant. Cette précarité saturée m’a jeté dans l’ivresse du moment présent, désordre et superficialité irréfléchis. Lassé des leurres de la société, je m’attente à un nouvel exercice : je m’évertue à jouir le mieux possible du présent fluide, subtilement renouvelé, dans une courte perspective de temps. Une forme d’excellence ; tel le colibri, un perpétuel dépassement m’intéresse, et parfois je m’importe de le partager avec quelques autres.

Entre les deux infinis, qui se rencontrent dans la boucle infernale de la vie, je me vois scintillement absurde d’une vague conscience morale ; je m’équilibre d’un hédonisme mou, une recherche d’un bien vivre sans inconséquence.