08/05/26

Conjecture.

Cher Ami,

Trump perd la guerre contre l’Iran : la première puissance militaire de la planète ne fait pas plier le régime théocratique chiite. L’Iran se défend par un changement de damier : la confrontation est politico-économique, mondiale et complexe.

La discrétion de la Chine sur le sujet n’est pas un aveu de faiblesse ; loin du style imprévisible du cow-boy mal embouché, Xi revoit ses pierres sur l’échiquier, son « goban », déroute les occidentaux.

Donald T. démontre que les armes les plus sophistiquées, aux coûts prohibitifs ou inutilisables par risque d’escalade, ne pèsent plus face au travail rampant commencé il y a 45 ans par l’Empire du Milieu. D.T. a joué son va-tout pour repousser le succès du Capitalisme d’État chinois : ce dernier a attiré sur son marché les fleurons du capitalisme occidental, puis ses arrières assurés, étend désormais sa toile d’araignée à l’ensemble de la planète. Sans choc frontal, les Chinois signent des compromis, des alliances, sûrs de la constance de leur stratégie. Après avoir donné l’assurance d’un jeu d’égal à égal, gagnant-gagnant, à la moindre faiblesse du partenaire, ce n’est qu’une question de temps, le business ayant besoin d’avancer, la solution s’impose. Il faut leur céder la majorité au capital, ou à leur avance technologique : à moyen et long terme vainqueurs sans conflit. Le marché oblige, et nul ne rivalise avec le poids du capital de l’État Chinois, dans de nombreux domaines où leur poids relatif va croissant.

Petit à petit, sans réaction nous serons roulés dans la farine, pardon dans la soie ! A moins que, après avoir reconnu leur fragilité, les Étasuniens choisissent une alliance équilibrée avec leurs voisins et l’Europe : le style adopté par la Maison Blanche ne permet de l’envisager dans l’immédiat, pire elle précipite et met en évidence la décadence nord-américaine.

La prochaine confrontation, sans pour autant désarmer et prêter le flanc aux vieux démons, est industrielle et politique : les nouvelles technologies et l’IA permettent aujourd’hui à la Chine de Xi d’avoir quelques positions dominantes sur son goban planétaire.  

#xi #trump

01/05/26

Franc-tireur.

Cher Ami,

J’élimine mes mauvaises habitudes avec difficulté ; j’abandonne les bonnes facilement. Quand l’habitude devient une manie consolatrice et mortifère, elle ne me lâche pas. Si installer une saine routine requiert effort et constance, c’est sans proportion avec la détermination nécessaire pour écarter une aliénation. Trait de personnalité ou ancrage problématique, le morbide de l’addiction augmente l’attachement : paradoxal !  

Les activités en groupe les plus diverses, sport d’équipe, groupes de supporters, fête en tous genres, réunions organisées autour d’une cause, etc. libèrent chez les participants un véritable enthousiasme. L’individu d’abord tolère, puis apprécie et acquiesce, enfin s’engage dans un grandiose envoutant. Sur les réseaux sociaux, dans l’actualité, les exemples de fascination sont pléthoriques. Un exemple banal : avec un minimum de qualité, chorale et orchestre font apparaître au-delà de l’audible une ardeur communicative ; gravé dans l’affect, elle crée un désir de répétition. Allié à un message simpliste, elle est le marchepied à une conquête des esprits et des corps.    

Le réflexe grégaire amarre l’individu, le sentiment d’appartenir à un groupe cohésif rassure, la vague d’exaltation subjugue ; la manipulation peut surgir, et avec la récidive la dépendance.

L’isolement est préjudiciable à l’individu, et aujourd’hui la société exclut un bon nombre ; à l’inverse elle assujettit une majorité dans des confréries et tribus diverses, réduisant la capacité de penser : la soupe populaire livrée rassasie.

Mon isolement de la vie urbaine et sociale laisse perplexe, je passe pour étrange. Je souhaite cet isolement, pour garder mes distances avec une société où les valeurs rétrogrades et ostracisantes dominent, quand les humanistes sont remises dans un tiroir, dont on ose à peine les sortir.

Un pas de côté est nécessaire pour ne pas embarquer dans l’enivrement d’une chapelle ou d’une cathédrale, qui tôt ou tard expliquera quoi penser, puis comment penser.

Décalé, je suis à l’écoute, regarde, résiste : fourmi laborieuse, sceptique, aujourd’hui mécréante.   

#panurge #mécréant

24/04/26

Art lucide

Cher Ami,

L’art, que l’histoire retient, en Occident naît souvent en lisière de son époque. Il crée un évent dans les rigidités du courant dominant de la pensée, des coutumes et des lois que les hommes instituent face à la Vie insaisissable.

Les artistes, au travail compulsif, questionnent, se révoltent, résistent à l’ordre établi : l’inspiration vient souvent du contre-courant des marges, des rejets et déchets, tabous qu’ils élèvent au rang de découvertes, de nouvelles esthétiques. L’artiste est, peu ou prou, un libertaire, refusant l’étiquetage passé : hors cadre. Il tolère un nouvel attribut, et l’accepte pour survivre et arriver sur le marché de l’Art. Parfois avec la dimension artistique vient la consécration : les œuvres deviennent monnaie d’échange, transforment les sponsors, en promoteurs de la critique de la société dont ils sont les piliers : échange bénéfique, l’artisan devient Artiste, le capitaliste un visionnaire mécène bienfaiteur.

Une totale intégration serait sa mort fonctionnelle, tel le fou du roi, il continue à sortir du cadre. L’historien d’art l’aide, le remet dans son contexte, souligne anticonformisme et originalité : caractéristique permanente, vertue de marché.

L’art conteste la morale courante, elle s’en libère, tombant parfois dans l’abjecte… La limite est aussi affaire de sensibilité, aux nuances infinies ; la liberté est la règle comme celle de la critique : échange de bons procédés. Funambulisme entre intégration qui pasteurise et provocation outrancière. La reconnaissance pervertit, l’histoire enterre, pour faire renaître, plus tard.

Une dimension bienfaitrice, une forme de délicatesse, ne pourrait-elle prévaloir? Révolte contre la violence que les humains affichent sans honte, dont on fait la promotion. Son discours ne pourrait-il pas promouvoir la poésie, étincelle de vie cristallisée à l’humanisme subtile? Sans autre utilité que la gratuité de son essence, évitant le morbide et le mortifère de l’univers fantasmatique humain. 

L’art qui met en scène la violence, n’empiète-t-il pas sur le territoire du reportage? Œuvre humaine, l’art est suspect.

#l’art #poésie