14/08/26

Universalisme.

Cher Ami,

L‘universalisme est marqué par le XVIIIe de la révolution française et l’impérialisme des nations de l’Ouest européen.

L’idée retient le principe d’égalité en droit des hommes sans distinction de race ni de croyance et est à l’origine de l’humanisme, opposé à toute forme de racisme et de discrimination : principe qui constitue la pierre angulaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

L’universalisme du XIXe et XXe est pollué par l’assurance de l’Occident de détenir une vérité dont il s’octroie le mérite et l’application à la planète, pour mieux déployer sa domination. Mais si le concept a une origine, les valeurs qui l’orientent n’appartiennent à aucune culture. Devenu philosophie politique, il reconnaît une nature humaine unique et la pluralité des modes de vivre, de penser et de s’exprimer.

L’occidentalocentrisme originel est impérialiste ; il est visible dans les tentatives de manipulation de l’ONU par Donald Trump, par exemple. Cet universalisme vertical est à remplacer par un universel horizontal qui définira règles et fonctionnements à l’aune des innombrables civilisations de la planète. Pas d’alternative à cette tâche interminable.

Le chaos actuel, politique, militaire, économique et climatique ainsi que l’ambiance délétère des relations internationales montrent combien une entente entre toutes les nations est nécessaire : construire un monde meilleur où l’humanité survivra.                  

Le choix des mots de la matière écrite aiderait à l’ouverture à la diversité, contre la brutalité du langage parlé dominant qui se limite à communiquer sans recul, sans échange. La littérature offre le nuancier singulier des points de vue ancrés dans l’expérience, la reconnaissance réciproque de la différence, évite le choc des civilisations. Le biculturalisme de nombreux individus en est une preuve vivante.

L’universalisme désirable pour le bien-être général sera toujours l’objet de débat face au paradoxe du relativisme de de l’individu humain et de son évolution : comme pour la démocratie ou l’ONU, la simplicité est impossible, le passage en force une insanité.

#universalisme

https://www.facebook.com/reel/1606874734215011

07/08/26

Exil.

Cher Ami,

L’exil est difficile : laisser la terre natale, choisir l’étranger.

Une option bizarre, quitter la France souvent synonyme de terre d’accueil : on y vient tenter sa chance, réaliser des travaux de recherche, développer son talent, connaître la patrie des Lumières et autres romantismes dont le blême prosaïsme du quotidien révèle l’âpreté.

Le centre de mes trente premières années a été Paris ; j’ai trop souvent déménagé, urbi e orbi, pour me sentir parisien : étranger chez moi, j’ai rêvé d’un pays dont les exilés rient et font la fête. J’ai désiré une culture colorée, métissée, gaie, moins cérébrale plus émotionnelle. J’ai quitté Panam pour travailler au Brésil ; l’attraction a fait long feu : des allers-retours ont précédé l’ancrage définitif dans la savane arbustive des environs de Belo Horizonte.

Grands-parents et parents avaient vécu des décennies à l’étranger, et m’ont transmis le goût du voyage : vivre hors des frontières. J’ai pensé à rentrer chez moi, mais les années ont passé et le migrant, sous le charme, a épousé un deuxième pays : une terre hospitalière où je vis la tête en bas, où l’inconstance est synonyme d’adaptation, où le système « D » est la solution, où le sourire et la bienveillance gomment le malaise et les contrariétés du quotidien, pour vivre ici et maintenant.

Intégré, je ne le serai jamais, non par mauvaise volonté ou défaut d’accueil mais par impossibilité : ma nature s’adapte comme un arbre déraciné, mais le nouveau biome ne saurait me changer. Proche d’être bilingue, ma langue maternelle, le français coule dans mes veines, il est mon identité : ma lecture du monde est constituée de ses langages. J’ignore le biculturalisme : immigré, transplanté volontaire.

Peut-être ai-je rêvé d’une évolution intérieure : j’ai émigré pour un mieux vivre. Lutèce n’est plus celle de mon enfance, ceux qui m’y ont accueilli n’y sont plus ; je souris, ému, quand j’y retourne mais elle n’est pas au rendez-vous : la nostalgie sourd et le migrant réassuré reprend la route de l’étranger. 

Pas de rupture, on ne quitte pas la mère patrie, on s’en éloigne comme on prend femme.

#migrant

7/31/26                                                     

Franc-tireur

Cher Ami,

Pendant la Révolution française, le franc-tireur est un soldat de l’infanterie légère, pendant la guerre franco-prussienne de 1870 un engagé volontaire en marge de l’armée régulière. Les FTP, Francs-Tireurs et Partisans, sont un groupe de résistants français de la seconde guerre mondiale ; les deux signifiés se confondent, quand les premiers sont autonomes les seconds organisés par le parti communiste : ils montent ensemble des opérations de commando et d’éliminations d’ennemis et de collabos. Dans son sens figuré, il est aujourd’hui utilisé comme celui de tireur d’élite non aligné : le syntagme est le titre d’un hebdo français.

L’indépendance, au sens actuel, intègre l’engagement pour une cause : si le franc-tireur se retrouve dans la réflexion et l’action aux côtés de consœurs ou confrères, il veille à n’être pas enrégimenté craignant le parti-pris et la perte de liberté, entre autres de penser. Son autonomie n’élimine pas le risque de se fourvoyer ; il en assume l’entière responsabilité dans sa recherche de clairvoyance : une gageure. Sa réserve est de la prudence.

Je redoute le parasitage naturel de la communauté plus que la nécessité extensive de la diversité des points de vue, conséquence obligée des limites d’un savoir. À l’écoute, comme Montaigne, je souhaite m’essayer à penser, à confronter mes idées à celles en circulation, quelques dizaines d’années d’expérience diverse m’aidant à les interpréter

Je mesure ressentis et convictions avec quelques proches de tous horizons, et réagis à ce qui me semble être les absurdités du panurgisme et la myopie de mon délire personnel. Mon indépendance assumée, je rêve d’apporter mon énergie au moulin de la tolérance pour une société démocratique et républicaine dont les composantes s’exprimeraient et agiraient librement pour plus d’égalité et de fraternité. Je honnis la loi du plus fort et sa barbarie : l’histoire de toutes les formes d’impérialisme montre, in fine, sa ruine.

Le franc-tireur que j’ambitionne, est un combattant isolé qui tendrait à être un phare de haute mer.