Femme.

[Ruthenian woman.]

Femmes et hommes sont tous différents, une généralisation paraît incongrue. Mais amant et compagnon de vie, père et ami je veux célébrer la forme la plus évidente de la féminité, la FEMME.

Les minorités luttent pour être entendues et reconnues ; que dire du sexe féminin qui représente plus de 50% de notre communauté – comme les plus pauvres où il est surreprésenté – et qui continue souvent méprisé. Cette majorité, avec le féminin, revendique une forme de perméabilité, une écoute que trop de représentants du sexe masculin ne possèdent.

Le don de vie transforme le rapport au monde : Deusa ex machina, sa sensibilité domine son approche de la vie, temporise la logique intellectuelle et calculatrice du masculin. Le mâle assène à son territoire la marque de la violence de son spectre phallique dans une lutte marquée par le fantasme de la mort ; la femme depuis l’origine des temps est marquée par cet événement de corps qu’est la mise au monde d’une vie nouvelle. Par elle, elle se perpétue intrinsèquement, elle existe dans le temps, tangentielle à la courbe de l’infini, et génère son double indissoluble le trépas. Elle vit ce paradoxe cruel, donner la vie et sa face cachée la mort.

Le masculinisme tranchant du glaive viril affecte moins les hommes qui s’en revendiquent. Après la déroute de l’humanisme des lumières, de l’expérience du communisme, du fascisme et avec celle annoncée du libéralisme, on peut affirmer que la complexité de la vie nous échappe encore. Son appréhension est inaccessible à la logique simplificatrice, au binaire du système machiste. La pensée complexe reste une idée difficile à appliquer : l’ambiguïté du vécu paradoxal féminin devrait aider.

Avec l’ethnocentrisme millénaire hérité de notre capacité à subjuguer les autres vivants, dont nos congénères, le sexe fort règne sans complexe. A regarder aujourd’hui les résultats à la surface du globe, les limites ont été dépassées. Au XXIème siècle des hommes persistent à considérer la domination de l’humanité par le sexe masculin avec naturalité, faisant prévaloir la force violente.

 « Marche ou crève » ! Nous marchons sur la tête.

Navigation à vue.

Avec le problème planétaire de la pandémie de Covid 19 non résolu, vient l’invasion de l’Ukraine, rappel de la loi du plus fort.

Méprisé par les occidentaux, le représentant de l’histoire de son pays, président nationaliste autocrate maquillé de républicain, menace l’équilibre de la planète avec l’arme atomique.

Les conséquences immédiates de l’invasion de l’Ukraine, entre information et désinformation, ignorance réelle et feinte, sont imprévisibles. Si des similitudes sont possibles l’environnement est aujourd’hui d’une complexité qui dépasse le stricte pouvoir des armes.

L’expression de l’impérialisme russe n’est pas très différente de celui d’autres pays qui s’imposent – passagèrement ou non, sous prétexte de la Responsabilité de Protéger R2P – à d’autres nations. La morale n’a jamais trompé personne même leurs alliés : sous le couvert du devoir d’installer la paix à l’aura « des Lumières », d’autres intérêts sont en jeu.

La folie des hommes, qui est ce qui a de mieux distribué sur notre planète, démontre qu’aucune partie du monde ne cesse de révéler cette pulsion de mort, tellement humaine, sous la forme populiste du fascisme, Ukraine incluse. Une réelle défense des valeurs démocratiques et humanistes va demander à nos républiques vacillantes de se battre avec toutes les armes à portée de main.

Le leadership économique annoncé et en cours de la Chine crée les conditions de l’ascension d’un nouvel ordre politique : de la dualité prééminente de la mauvaise conscience judéo-chrétienne par une stricte obéissance confucianiste au père, à la tradition, au plus fort. Dans les prochaines années le sourire de Bouddha de Mr Xi va remplacer le sourire hollywoodien Mr Biden : un même objectif de domination, une esthétique à peine différente, mais une autre école philosophique, morale et politique. Mr Putin s’est allié à son voisin.

Le prochain leader mondial, sur la grille planétaire de son jeu de Go pousse ses pions dans une partie qui compte avec le temps. L’ONU entrouvrira ses portes à un nouvel équilibre planétaire où les occidentaux vont perdre la main.

Dignité.

Kielmeyera coriacea

La dignité était un trait de caractère que les générations précédentes prenaient en considération. Une question de posture, parfois d’action, ou de réflexion ; il y avait là du singulier et de la réserve.

La génération 68 a mis la dignité hors-jeu pour être trop moraliste : déjà dénoncé par Rousseau « Ah ! La dignité, fille de l’orgueil et mère de l’ennui… » le simulacre de noblesse, crânerie à qui peu de dignitaires donnent de sens, est sortie de scène.

Parmi d’autres qualifications, je garde celle d’Albert Camus « …la seule dignité de l’homme : la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile. ». Telle la chèvre de monsieur Seguin à qui, sa lutte perdue d’avance, donne une aura de dépassement de soi.

C’est l’amour propre de Carolina Maria de Jesus (1914- 1977) auteure, fille d’analphabètes d’un bidonville ; mère célibataire de trois enfants, elle vit de la récupération d’ordures dans les dépôts à ciel ouvert de Sao Paulo et de Rio, avant d’écrire, en témoin digne, sa foi en un futur meilleur.

Digne l’arbre, individu négligé, à l’épaisse écorce résistante au feu, qui se contorsionne et croît dans la chaleur et la sécheresse du semi-aride. 

Digne, la réserve du vieillard isolé, courbé sous les ans et le mauvais temps, qui trébuche et avance maugréant le souffle court.

Digne l’enfant désemparé qui garde le secret des mauvais traitements, pour cacher sa faiblesse et la violence d’un parent.

Dignes invisibles qui nous entourent, quand nous nous pâmons devant les modèles illusoires promus par notre société de consommation.

Religions et philosophies dominantes de notre ère ont promu l’humain à la dignité d’être suprême : l’exploitation illimitée de la planète nous fait courir le risque d’un KO debout, drapé dans notre superbe.

Jacques-Alain Miller dit récemment : « C’est une marque majeure de notre époque, à la place du cogito un dico (je dis/je parle) « Dico, ergo sum. » : l’exhibitionnisme des médias sociaux aidant nous sommes à la fête 24/24.

La dignité s’y perd !