Dignité.

Kielmeyera coriacea

La dignité était un trait de caractère que les générations précédentes prenaient en considération. Une question de posture, parfois d’action, ou de réflexion ; il y avait là du singulier et de la réserve.

La génération 68 a mis la dignité hors-jeu pour être trop moraliste : déjà dénoncé par Rousseau « Ah ! La dignité, fille de l’orgueil et mère de l’ennui… » le simulacre de noblesse, crânerie à qui peu de dignitaires donnent de sens, est sortie de scène.

Parmi d’autres qualifications, je garde celle d’Albert Camus « …la seule dignité de l’homme : la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile. ». Telle la chèvre de monsieur Seguin à qui, sa lutte perdue d’avance, donne une aura de dépassement de soi.

C’est l’amour propre de Carolina Maria de Jesus (1914- 1977) auteure, fille d’analphabètes d’un bidonville ; mère célibataire de trois enfants, elle vit de la récupération d’ordures dans les dépôts à ciel ouvert de Sao Paulo et de Rio, avant d’écrire, en témoin digne, sa foi en un futur meilleur.

Digne l’arbre, individu négligé, à l’épaisse écorce résistante au feu, qui se contorsionne et croît dans la chaleur et la sécheresse du semi-aride. 

Digne, la réserve du vieillard isolé, courbé sous les ans et le mauvais temps, qui trébuche et avance maugréant le souffle court.

Digne l’enfant désemparé qui garde le secret des mauvais traitements, pour cacher sa faiblesse et la violence d’un parent.

Dignes invisibles qui nous entourent, quand nous nous pâmons devant les modèles illusoires promus par notre société de consommation.

Religions et philosophies dominantes de notre ère ont promu l’humain à la dignité d’être suprême : l’exploitation illimitée de la planète nous fait courir le risque d’un KO debout, drapé dans notre superbe.

Jacques-Alain Miller dit récemment : « C’est une marque majeure de notre époque, à la place du cogito un dico (je dis/je parle) « Dico, ergo sum. » : l’exhibitionnisme des médias sociaux aidant nous sommes à la fête 24/24.

La dignité s’y perd !