
La poupée symbole (un de plus !) de la culture libérale des USA, affiche une esthétique sexiste et ségrégative, un idéal à l’eau de rose de genre asexué, un consumérisme sans frein. Décalé ? Non, un caléidoscope obscène de fictions, la possession de biens matériels est l’objectif, la saveur de la vie ; un guide de rêves pasteurisés, au rose d’un romantisme glacé, pour une enfance « Cocacolisée ». Et le leurre est à son comble, quand il fait croire à un film féministe, hérissant les moralistes les plus rétrogrades.
La société Mattel nous survend avec sagacité un produit périmé. Le film est une opération flamboyante de marketing (lecture au second degré et troisième à gogo !) pour redonner une aura actuelle à un jouet décadent : une grave inadéquation au marché en mutation vers le tolérant, le multiple. Barbie nous quitte sur un feu d’artifice et surfe sur le discours réactionnaire : un plat réchauffé « ketchup à la fraise » de Mamie Ruth (Handler) 1970, kitch sublimé. Avec l’aide achetée d’influenceurs, critiques, médias, la « bunny » aseptisée serait une féministe du XXIème siècle. Il faut en rire pour ne pas pleurer devant le succès programmé.
Mattel aurait pu investir en prospective créant une nouvelle génération de personnages, aidant les enfants d’aujourd’hui et de demain à appréhender la problématique de notre planète en déconfiture ; une recherche d’alternative au progrès coûte que coûte de l’élite du siècle passé. Les investissements du libéralisme rétrograde sont terrifiants, dirigés aux amateurs de « Vintage » qui vont cultiver Barbie et Ken, héros du progrès sans limite du XXème siècle : assurance de bien-être (et de bonheur !?) pour tous. Je les vois fondre sous la hausse générale de la température : le futur est à inventer.
L’idée saugrenue est cynique, sans aucune attention face au dénuement extrême, aux crimes contre l’humanité, à l’avenir bouleversé de la planète. La forme est équerrante et le fond à vomir. Mon insensibilité au charme de Barbie doit tenir à mon absence de souvenir d’enfance du tandem Mattelialisé ! Ma nostalgie va à la vie en rose d’Edith Piaf.