
Je n’ai aucune habilité à jouer d’un instrument de musique. Magnétique, la contrebasse eût été mon choix, une alter ego : prise en main le port altier, la sensualité de ses proportions exagérées, le côtoiement de son partenariat, la liberté d’usage, le ton sourd de sa voix caverneuse, m’attirent comme un éternel féminin, maternel. Elle est l’incontournable des formations réduites de jazz : en compagnie de l’élégant Ron Carter elle est synonyme d’excellence et de plaisir.
Sollicité par des pétitions de tous types souvent justes, ces temps-ci pathétiques, je résiste mal au cri d’individu perdu dans la masse de ses confrères et consœurs à peine moins ébranlés. Pour ne pas importuner mes proches, par commodité, j’ai adopté une ligne de conduite : je signe rapidement, je participe rarement financièrement et jamais je ne fais suivre. La semaine dernière j’ai fait une exception ironique : j’ai ventilé sans limite une requête des joueurs de Contrebasse auprès de la SNCF : ils revendiquent le droit de voyager avec leurs instruments dans les trains de tous types. J’ai fait circuler, Mesdames et Messieurs contrebassistes, mon désaccord, pas sur le fond ! Je trouve le moment très mal choisi : quand la France, et la planète entière pleurent la perte évitable d’un proche, quand les conséquences douloureuses de la pandémie atteignent de plein fouet les plus démunis… L’heure est à dénoncer le manque de courage politique de nos dirigeants, passés et présents, leur renoncement aux valeurs humaines fondamentales que sont « L’Égalité et la Solidarité », pour sauvegarder l’immédiate primauté des intérêts de notre société mercantile et matérialiste.
Votre problème de taille n’est pas à l’ordre du jour ! Au nom du respect de la souffrance d’autrui, remettez votre énorme violon dans son étui ! Le choix du moment est ici affaire de décence, de respect humain.