Appel à éditeur ! (2)

Alphabétisé en portugais par l’Éducation National, Daniel Munduruku n’est pas un « blanc ». Autant un écrivain indigène qui éduque, qu’un éducateur qui écrit, sa création a un sens pédagogique, militant. Il veut que son livre touche le cœur du lecteur, fasse une coupure, crée un changement. Dans son écriture, la mémoire y est pour 5%, la création pour 95% : une fiction, une histoire inventée ; à l’origine quelques instants d’une plaisanterie, d’un jeu d’enfant. Dans la société indigène, les histoires circulent tous azimuts, sans auteurs.

Plus qu’un lecteur, c’est l’enfance, l’empreinte de l’enfance dans chaque lecteur qu’il vise ; cette période courte que nous portons tous en nous. Peu importe l’âge et le profil du lecteur : il écrit pour les enfances de toutes les générations et de toutes les cultures. Contrariant l’image péjorative de l’indigène vivant dans un état permanent d’enfance, il veut créer une appartenance transculturelle dans des sociétés stéréotypées et autocentrées. « Le Petit Prince » de Saint-Ex, et sa narrative au-dessus de la moraline consumériste et de la segmentation des marchés, pourrait être un précédent.

Extraits d’une interview de Daniel M. du 04/07/2023 :

« Je crois que les histoires désirent être racontées. »

« Les cultures s’actualisent en permanence… Les cultures sont au présent, maintenant : ici et maintenant ».

« Le présent est un présent. »

« Nous remplissons notre rôle d’actualiser l‘ancestralité »

« La prise de parole correspond à exister dans une société qui nous a longtemps ignoré, en montrant combien la tradition indigène intègre la culture actuelle du Brésil, et celle de la planète »

« Comme Graça Grauna*, à écrire je réalise mon ancestralité, le chemin de retour et ma place dans le monde ».

A l’inverse « L’oubli est un des effets de la violence des colonisateurs » 

« Le passage de la tradition orale à la tradition écrite n’est pas une rupture, mais une complémentarité. » 

« Nous tentons de convaincre les personnes qu’elles sont (la) nature. C’est très difficile… Elles veulent être les propriétaires. »

*Auteure brésilienne, indigène Potiguara née en 1948.