
Dans « Le monde » du 29/07 Edgar Morin m’a surpris par son attitude pessimiste et réactionnaire devant la situation de la France. J’ai plus que de l’estime pour l’homme résistant centenaire, et pour l’intellectuel d’envergure internationale.
Je trouve que son article ne lui ressemble pas. Progressiste, optimiste, développeur de la pensée complexe (Henri Laborit et le groupe des dix) et de la nécessité d’interdisciplinarité dans la recherche des phénomènes sociaux, entre autres, il assène à la situation actuelle depuis mai 68, un jugement à l’emporte-pièce : « Crise de civilisation ». L’homme connu pour sa promotion de la négociation devant la crise et d’une pensée progressiste de gauche, se conforme à la fatalité du néolibéralisme de M. Thatcher.
Il énumère les luttes sociales, écologistes et celles contre tous types d’oppression et les intégre à « un processus continu de dégradation des vertus de notre civilisation ». L’état de crise continue intègre l’ère moderne ; les révoltes populaires sont violentes, souvent, mais sont à terme porteuses de progrès. Elles sont l’expression d’une attente légitime que l’élite économique, intellectuelle, artistique et politique doit écouter et transformer en un nouveau projet de monde meilleur.
Edgar Morin oublie d’appliquer les principes de sa pensée devant le manque d’énoncés alternatifs ; la recherche d’une nouvelle narrative complexe et novatrice, est oubliée pour se résigner aux idéaux et à la politique actuelle, à son virage conservateur, à droite toute. Le résistant de 1942 cède au désespoir et trahit ses idées. Comme en 1941 le destin de l’humanité manque d’une lueur d’espoir ; l’ancien jeune homme ne s’engage plus dans la résistance contre la majorité et ses valeurs dépassées, pour lutter contre les forces de mort que l’on voit poindre aux quatre coins de la planète.
J’imaginais Edgar Morin travaillant à la constitution d’une nouvelle pensée complexe : ce soir mon horizon est un peu plus sombre, mais je ne céderai pas aux forces réactionnaires qui prônent la violence et la ségrégation, l’hégémonie de l’argent sur l’humanisme le plus élémentaire.