Nouvel adulte.

La proportion de couples ne désirant pas avoir d’enfant augmente depuis des décennies. Cette tendance se confirme, s’étend. Pulsion de vie en déclin !?

Père multiple j’en entends les raisons : le progrès économique pour tous est un mirage ; la science appliquée patine limitée par ses conséquences naturelles ou se confond avec le scientisme ; les philosophes déconstruisent, laissant la reconstruction à l’état de phantasme ; des vagues successives de virus nouveaux sont prévisibles.…

« Bonjour tristesse » 

La circulation de l’information, qui n’est plus l’apanage de quelques professionnels mais le droit à la parole de tout un chacun ( Irrécusable !), charge l’horizon. Pollution inévitable : médias (Traditionnels et particuliers transcendantaux !) multiples diffusent, sans filtre, un mélange de fake-news et d’informations partisanes, et, sans recul, une mixtion d’événements urgents et de dramatisations hystériques, au service d’une promotion personnelle, de celle d’un capital à l’apparente bienveillance et de politiques en guerre.

« Insha Allah ! »

Les réactions sont diverses : lamentations irrépréhensibles, cécités d’autruche, rejets et isolements, bienveillances de Saint-Bernard, et un vaste assortiment de grégarisme aux certitudes à l’emporte pièces ! Au mieux, la clairvoyance étant impossible, un reste de conscience génère un retour sur soi égoïste, où l’usufruit du prochain jour passe à être l’unique vraisemblance cultivable.

« Le temps est sorti de ses gonds… »

L’adulte responsable sait de tout son être, la fugacité des limbes de l’enfance, le casse-tête de l’errance de la jeunesse, et l’incertitude sans prise de la vie adulte. Rien de nouveau !? Peut-être. Il y a à peine un siècle, une progéniture semblait une conséquence voire une quête normale ; le contrôle des naissances, la conscience aiguisée de notre époque, rompt une réalité séculaire, millénaire. La conscience actuelle induit, que la mise au monde d’un nouvel être humain semble cruelle, irresponsable. Ce doute vital est la preuve croissante d’un manque d’humanité sur notre vieille planète bleue, je crois. 

« Something is rotten in the state of Denamark »     

Épicène* et « Petite fille»**

*Qui désigne aussi bien le mâle que la femelle d’une espèce.

Le héros d’un manga passe d’un sexe à l’autre : nouvel espace de liberté illustrée pour les enfants lecteurs. L’enfant épicène, façonnable s’impressionne des stimuli de tout ordre, sans filtre. Depuis au moins un demi-siècle on questionne les règles, les lois ; on repousse les frontières, les contraintes d’un autre, père autoritaire ou mère nature.

Monet, Claude ; 1840–1926. – “Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte”, 1899.

« Petite fille » est passé le deux décembre deux mille vingt sur Arte ; le documentaire sensible, aux qualités techniques incontestables, est pavé de bonnes intentions. L’énoncé est d’abord de Sébastien Lifshitz, heureux de la découverte d’un particulier inusuel, futur archétype : le réalisateur interviewé dit de Sasha né garçon « c’est une évidence qu’elle est une petite fille » ; ensuite celui de la mère, empêtrée dans sa maternité, qui conduit, dans un effort de clairvoyance, les propos de sa fille ; mais aussi celui de la logique scientifique du médecin présent à l’écran. Enfin en son nom, celui des commentateurs de tous bords qui se livrent à des analyses savantes. Sasha elle, s’exprime accompagnée, par la mère aimée… Les émotions paradoxales de l’enfant, de la famille, que révéleraient une écoute professionnelle sont éludées…!!!???

Les séquences d’images rendues public, parlent pour Sasha, la marquent : étiquetée par la mère bienveillante gardienne – « C’est écrit que ce serait comme ça… » ; « Je sais que ce sera le combat de ma vie ! » ; « Sasha elle est là pour faire changer les mentalités ! … Peut-être. » – par sa famille, par le corps médical, par les cercles concentriques de la société, grâce aux médias. La diffusion du documentaire estampe le très jeune sujet au futur incertain, prend le risque du stigmate.

Rien n’est écrit pour Sasha. Le documentaire n’est pas le bon support pour la défense de cette cause : quel avenir pour l’enfant épicène. L’abstraction d’un film d’auteur, eut été respectueux de Sasha (7/8 ans).  Clarté n’est pas transparence : la vie intime d’un enfant requiert protection. Notre société voyeuriste est inconsciente, indécente, obscène. 





**https://youtu.be/J-6M-FHcrqE
 
 

Du « Viril » au « Mulieril »

Le Petit Robert (2015) : le sens commun donné au mot, révèle notre culture. « Viril », caractérise l’être masculin, courageux, vigoureux, énergique, actif, le soldat en particulier. « Mulieril* » n’existe pas (!?), féminin, le propre de la femme, les qualités sont charme, délicatesse et douceur : en résumé « Soit belle et tais-toi ! » Les féministes ont de bonnes raisons de manifester.

Saint Jean-Baptiste peint par Leonard de Vinci
Saint Jean-Baptiste, Léonard de Vinci.

Pourquoi le « mulieril », pendant du viril, ouvre une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité, sans être la stricte propriété du genre féminin ?

Le viril savoir-faire de la soldatesque qui tranche et passe en force n’est plus dominant : déjà pressenti, le XXIème siècle requiert souplesse, résilience, clarté et conciliation, écoute sensible, l’intelligence d’un autre savoir. Un savoir-composer avec l’infini, le vide, l’imparfait, l’insatisfaction, le paradoxale, le complexe du « mulieril ». Malgré les attitudes rétrogrades…

À la confrontation virile, je préfère deux portraits succincts : Caetano Veloso et Paul B. Preciado.

Caetano, depuis plus de soixante ans, affiche son côté « mulieril », de Santo Amaro sa ville natale à l’état de Bahia, du Brésil à la planète ; artiste international aux facettes multiples, il s’expatrie pendant la dictature. Il placarde sensibilité, intuition, détermination sans rigidité, ouverture et honnêteté intellectuelle : il prend le risque de la clarté, se moque de ses excès, reconnait ses failles. Il confesse ses élans homosexuels sans honte et réalise dans le domaine de la culture un parcours professionnel d’exception, tout en surprise ; homme de scène, sa vie personnelle n’est que modérément médiatisée. Parmi les artistes du XXème siècle il gagne un regain d’intérêt ; cohérent avec lui-même il intéresse, sa personnalité hors pair interpelle.

Une génération les sépare mais la veine est la même !

Paul B., philosophe, né en Espagne en 1970, étudie à New York avec Jacques Derrida, et vit aujourd’hui à Paris. Depuis trente ans il théorise, en héritier de Michel Foucault, vit une forme de voyage générique sans frontière : il veut échapper aux étiquettes sexo-normatives qu’il questionne. Née Béatrice, de sexe féminin, il a choisi depuis quelques années de se présenter comme Paul, à l’état civil masculin. Il prête sa plume à Libération, à Mediapart et à d’autres publications. Dans son « Manifeste contra-sexuel » il critique le contrat social « hétérocentriste », et en propose la déconstruction. Après avoir revendiqué un nomadisme identitaire, il raconte son expérience dans « Chroniques d’une traversée » ; récemment il conteste devant une assemblée lacanienne les paradigmes psychanalytiques, et publie « Je suis un monstre qui vous parle ».   

Les deux personnages ci-dessus (très rapidement présentés) au parcours engagé, dans une conversation récente de 90 minutes entrevoient le futur avec optimisme. Je me joins à eux.**

*Comme pour la racine latine correspondante au « vir » l’homme, « mulier » la femme (Alain Rey). J’appelle le « mulieril », concept qui n’existe pas dans nos têtes héritières du langage du passé mais qui antécède philologiquement et aujourd’hui dépasse le féminin, à advenir. 

** L’auteur fait ici référence à une rencontre organisée par Flip ( Festa Literária Internacional de Paraty), vidéo passionnante, mais malheureusement pas traduite en français. Je vous mets ici le lien vers la version originale avec possibilité de sous-titrage en espagnol… 🙁