Un pied dans le vide.

Curieux je jette un coup d’œil aux excavations fondatrices de ma maison. Une vingtaine de cavités d’un mètre de diamètre et plusieurs de profondeur. Je suis attiré par la plus profonde ; je n’en vois pas le fond : un trou sans fond. Sous le soleil de midi, la lumière du cellulaire est trop courte, simple halo à l’orifice ; des chants d’oiseaux dans un silence effervescent de chaleur tournoyante me bercent : un trou débordé n’est pas un trou, mais un vide, un total vide, un infini sans préhension, la Vie. La Vie est asymptotique aux courbes de la connaissance ; mesurée, théorisée, ponctuée, sa Vacuité se confirme.

Pour échapper au vertige du vide existentiel, face à cette vacance totale et aux lumières des concepts , j’oppose mes possibles : une boussole, activité à loisir ; un peu de chaleur humaine, amour, amitiés, fils ; des projets, une maison… Niches, semblants nécessaires pour suivre, je marche fort de mes béquilles : les sens aux aguets carpo diem, vie pulsante.

Assis, pieds ballants, les bords sont de bon augure, le trou a un fond ; l’art fugace, la musique d’un homme, le ballet d’une femme, les reflets de lumière d’un lieu !

Alessandra Ferri😍

Publiée par Só Bailarinos sur Mercredi 12 août 2020

Le Brésil !? (4)

EXÚ”, sculpture de Mario Cravo Júnior © Instituto Mario Cravo Neto

L’enracinement subjectif au Brésil advient erratique et érogène : mon hyper activité se dissout dans une inobjectivité moite ; une torpeur invasive endort mes velléités, assourdit mes grincements, arrondit mes excès. Une sensation de limbes originels me borde, me choie, m’irrite. Ici les engagements s’égarent dans les contingences, les règles s’essoufflent, les tendances sont versatiles et le temps se distend : je me concentre. Une immatérielle réalité résistante à la vision apollinienne me disperse, me domine, je me condense. La vie s’élucide, pour procéder elle requiert un désir profond, trapu ; j’écris.

Sa sensualité polymorphe infiltre le rhizome de ma nature, mal dionysiaque ; dans la cour du candomblé je deviens fils de Exu, Saint Antoine dans le syncrétisme brésilien.

J’ai une relation paradoxale avec Paris : de retour, ravi je renoue avec l’ambiance familiale, les amis, mes habitudes. Les jours passent, une sorte de réquisition m’interdit le laisser-aller, la flânerie. Je revêts le costume du parisien inquiet, multiplie les impératifs, m’agite ; une exigence m’oblige, m’envoûte. J’arrive dans mon sixième avec un plaisir insaturé, je m’en vais libéré d’un encombrement oppressant.

Le Brésil !?(3)

Ici règne l’originelle structure ambivalente, mutante : une contestation molle infiltre l’apparat masculin, une séduction matriarcale insinue le patriarcal décor dominant, et son organisation technocratique. Anthropophage !

La joie palpable, épice d’une diététique de vie, affleure dans un humour premier, irrépréhensible ; le matriarcat cannibale consomme le messianisme occidental. De la comédie dramatique du quotidien surgit dérision et sourire, absolvants.

La haine de l’autre différent demeure, exécrable, ancrée dans l’histoire, non-sens affiché : la couleur de la peau de 80% de la population se partagent entre morena clara/brune claire, et morena escura/brune foncée. Dans le doute on dit parda/beige indéfini, de l’intercontinental pardal/moineau. Les 20% restants sont pretinhos, diminutif affectueux de preto/noir, ou branquelos diminutif railleur de branco/blanc. Le melting-pot racial a commencé avec les portugais et leurs esclaves africains ; puis les immigrants de toute l’Europe et du Proche-Orient, auxquels se sont joints des orientaux surtout japonais et coréens, sont aussi venus envahir les heureux autochtones. Escurinhos e branquelos aujourd’hui le sont souvent par un hasard de la génétique. Le racisme s’éternise absurde !