La rancœur.

La vie est violence sans mesure ; ce poids n’est à personne particulièrement, et l’inverse serait arrogance suprême, mortifère. La peur, la souffrance, l’injustice génèrent la rancœur, amertume indigeste, solidifiée, synonyme d’incapacité à voir un futur possible : courant et compréhensible, le phénomène produit rage aveugle et discours totalitaire qui deviennent un père factotum, illuminé : l’histoire en est remplie.

Hortensia bleu, tête

Une quête d’alternative m’oblige à me défaire de cet amère pétrifié, levier du fascisme individuel : écartant le dénie du jocrisse, la sublimation du religieux et le cynisme du profiteur, je recherche « un savoir-faire avec » ou « un savoir en faire le deuil » ; ce n’est pas un problème moral, mais une question de survie, il faut avancer, pour-suivre, vivre.

Extraite d’une logorrhée borroméenne, élucubration verbale, la parole se concentre sur l’exploration de la jouissance, produit une décoloration de l’objet amère. À l’approche du trou sans bord de l’incompréhensible de la vie, l’être parlant que je suis, prend une sente solitaire, unique ; il énonce une nuance, passe du « je jouis de » au « se jouit de », introduit une distanciation, une sorte de dépassement de l’entendement verbal. L’exercice relègue les élaborations éclairantes, privilégie l’assomption d’un corps, début et fin, chair aux voluptés primordiales, indéchiffrables : s’accorde une place à un apprentissage vital, un savoir hors la connaissance.

L’amertume de l’échec et le pessimisme de Sisyphe sont notre lot ; l’être humain révolté se relève dans un acte de liberté.

Si la rancœur persiste, la confrontation paraît une lutte contre la maladie.