Désister.

La vie est courte : si elle ne passe sans nous demander notre avis, nombreuses sont les formes de désister d’elle. Des polémiques marquées de considérations scientifiques, de bons sentiments, de morale, voire d’éthique se multiplient à propos du droit à disposer de sa vie, d’y mettre un point final. Le débat est souhaitable, mais la conscience de soi, conscience de vie qui déborde sur la Vie, relève du privé. Le législatif, l’état s’en empare sous prétexte d’éviter les dérapages, encadrer l’euthanasie, le suicide assisté, le désistement de vivre. Aujourd’hui, les soins palliatifs font partie du parcours final de l’individu accompagné, mais les logiques individuelles sont multiples : le cas par cas ne saurait être légiféré, et dribler la loi fait partie de la nature humaine, subversion vitale issue du chaos original. Le droit à choisir sa fin de vie acquis, les conduites seront aussi nombreuses que les individus ; la justice et la jurisprudence s’évertueront à trouver leur place, et les lois du marché fonctionnent, déjà.  

L’intromission de l’état dans le privé est insupportable quand elle retarde l’acquis d’un droit fondamental de notre siècle. Comme l’IVG, le droit de disposer de son propre corps, de sa propre vie est un domaine où l’individu exerce sa liberté/ sa responsabilité, se révèle être humain à ses propres yeux.  

Mon désir irrépressible, compulsif à (bien) vivre n’est pas sans réserve. Hors morale, loi, science et bons sentiments, je refuse d’être transformé en objet, qu’on décide à ma place. Si ma vie ressemble à celle d’un objet respirant, je demande à ce qu’on achemine la bête usée vers un repos définitif. Cette responsabilité m’appartient ; j’épargnerai celle de mes proches et d’autres : à mes yeux une courtoisie.

Si ce n’est un accident, je quitterai le monde des vivants, quand une forme de désistement aura pris le pas sur mon désir de vivre. J’ai vécu le cheminement triste et fier de proches, refusant l’acharnement thérapeutique, je les suivrai. La vie est un mystère, je me rendrai à un cycle qui se termine. Paraphrasant : la vie est éternelle, tant qu’elle dure ! 

Athée et Agnostique.

L’athée ne croit pas en l’existence d’une forme de divinité, et l’agnostique ne sait pas. Être humain, vivant dérisoire, je suis incapable d’appréhender la vie dans sa totalité, et donc son essence. Plus, je suis atteint d’une légère allergie à l’autorité, rigidité riche de déboires : je suis sans Maitre. Tel un mille pattes aux mille cannes, j’avance cahin-caha, telle l’araignée, je me balance dans les courants d’air de ma toile d’idées glanées et de liens affectifs : elle m’emprisonne. La vie n’a pas de raison : elle est, et me fait un bras d’honneur.

Je me sens une pâle étincelle entre deux infinis. L’un qui précède l’existence individuelle ; la partie la plus récente est l’objet d’histoires et d’élucubrations : leur variété m’interpelle, sans cesse renouvelée par des d’imaginations fébriles à l’inévitable parti pris. L’autre infini, postérieur à mon passage sur cette planète, génère de nouveaux pronostics fantaisistes parfois poétiques, instigateurs, moralisateurs… Ma difficulté à souscrire à une quelconque vision est augmentée par les innombrables alternatives : raisonnablement, je confesse mon incapacité à choisir.

Le Doute est l’ancre flottante sur ma mer houleuse. L’incertitude pèse, noue le cœur et les tripes de l’animal, inquiète sans relâche les capacités de l’être parlant. Pour éviter la somatisation de l’angoisse existentielle, la perplexité, je m’efforce de capter par tous mes sens le meilleur possible de l’instant. Cette précarité saturée m’a jeté dans l’ivresse du moment présent, désordre et superficialité irréfléchis. Lassé des leurres de la société, je m’attente à un nouvel exercice : je m’évertue à jouir le mieux possible du présent fluide, subtilement renouvelé, dans une courte perspective de temps. Une forme d’excellence ; tel le colibri, un perpétuel dépassement m’intéresse, et parfois je m’importe de le partager avec quelques autres.

Entre les deux infinis, qui se rencontrent dans la boucle infernale de la vie, je me vois scintillement absurde d’une vague conscience morale ; je m’équilibre d’un hédonisme mou, une recherche d’un bien vivre sans inconséquence.

Gal Costa !

Son nom sonne comme sa voix, claire et vibrante, brillante : elle s’est éteinte brutalement à 77 ans, son agenda rempli d’une tournée au Brésil et en Europe.

Gal Costa compose avec Maria Bethânia, Caetano Veloso et Gilberto Gil les trois mousquetaires du mouvement musical « Tropicalia » qui s’étend aussi à Tom Zé, Torquato Neto, Jorge Benjor…

Bisexuelle déclarée, elle est depuis 1998 en couple avec Wilma Petrillo. Gal n’a jamais pu avoir d’enfant ; elle a adopté en 2007 avec sa partenaire un garçon de 2 ans, Gabriel.

Sa carrière d’Interprète commence, à 19 ans, avec ses 3 amis à Salvador de Bahia en 64 : sa voix et sa présence squattent la scène. Son premier enregistrement avec Maria Bethânia est l’année suivante ; son premier 45 tours solo suit. Son premier LP est gravé avec le débutant Caetano Veloso en 67. En 1976, les trois mousquetaires de Bahia lancent un show, doublé d’un disque et d’un film intitulé « Doces barbaros » (Doux barbares), élan important de la « contre-culture ». Son parcours est au service de la Musique Populaire Brésilienne (MPB). 1978 premier disque d’Or avec le LP « Agua viva » (Méduse). Dès 1980 son nom intègre les grands interprètes brésiliens ; elle aide la cause féministe et la lutte contre la sécheresse du Nordeste. En 2001, après un hommage à Tom Jobim, elle est, seule chanteuse brésilienne, incluse dans le Hall of Fame du Carnegie Hall. En 2006, elle lance un CD aux USA « Gal Costa Live At The Blue Note ». Son disque « Recanto » (Recoin) est élu le meilleur de 2011 ; le show produit par Caetano Veloso, fait une tournée internationale qui passe par le Portugal, Israël, la Hollande, l’Italie et l’Uruguay… En 2012, elle est élue 7ème plus grande voix du Brésil de tous les temps par la revue Rolling Stone Brazil. Si sa carrière n’est pas faite que de succès étourdissants, elle ouvre la porte de ses shows et enregistrements aux nouveaux artistes de la MPB. Sa voix est regravée et « samplée ».

Gal Costa était une grande interprète au service des auteurs-compositeurs de la MPB ; la grâce de sa voix et sa présence sur scène les élevaient à une dimension supérieure, planétaire et atemporelle.