Retour au village

Impression cultivée du fond du semi-aride : le soleil de fin de journée du début de la sèche saison enflamme le mur encore très vert du Rola Moça. J’ai soif de retrouver une autre lumière plus familière, prégnante ; celle du village natal que constituent les êtres chers, parents et amis, leurs attentifs regards entendus, leur affection inébranlable, malgré la distance imposée des derniers mois.

Certains manquent à l’appel. L’un d’eux, à cette heure, sans raison me berce d’une nostalgie triste, une absence cuisante … Nous nous sommes rencontrés sur le terrain professionnel, au service d’une entreprise internationale ; contre vents et marées, nous nous sommes gardés une reconnaissance amicale, chaleur et controverses. Pourquoi ? Il ne me l’a jamais dit ; l’urgence de nos échanges brûlait les heures.

À l’origine tout nous sépare : tireur d’élite attaché la présidence de la société, il a carte blanche pour circuler ; je travaille à l’état-major où la circonspection est de mise… Il est connu pour la justesse de ses points de vue qui n’épargne personne ; je souris sous cape à la libre pensée et révise mes devoirs. De grands messes en plénières, de petits comités en soirées prolongées, une affinité se tisse, s’étend à nos familles respectives. 

Le représentant des principaux actionnaires, ayant pris quelques libertés avec une stricte observance aux règles de fonctionnement du groupe, jette, sauvant sa tête et les cours de bourse, son porte-parole à la Justice aveugle… « Disjoncteur structurel » !

L’atteinte est plus personnelle que professionnelle ; sa personnalité bourrue d’ours au réveil d’hivernation, cache une perspicacité et une sensibilité d’abeille : l’homme bascule, humilié.

Son absence, à cette heure, m’envahit comme une soif d’eau de montagne : retour à l’homme vrai, à sa fragilité irréductible. Trop humain pour être admirable, sa présence me manque comme celle d’un compagnon de cordée : irremplaçable et in – substituable.