Solitude épicurienne (1)

© RMN -Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski Edouard Manet, ‘Le Déjeuner sur l’herbe’, 1863

La recherche de la satisfaction est un ressort inné ; le nouveau-né dés-assoiffé par la succion répétée ressent une satiété : un plaisir insondable le réjouis, le comble. L’expérience répétée, l’horizon s’ouvre, la vie se complexifie…

Le processus se multiplie, le sujet divague, agrandit l’éventail de ses désirs exponentiellement, sur des registres de plus en plus variés. Estampé dans les limbes des premières heures par le souvenir cruel de la pleine satisfaction du « sein maternel », il est prédisposé à vivre insatisfait ; l’apprentissage se poursuit, coûte que coûte, de frustration en castration, d’effort en souffrance.

L’incomplétude congénitale et la dynamique recherche de satisfaction sont lancées, fatales ! Philosophiques et religieuses explications sont pléthore, prophètes et apôtres encore plus nombreux, le nord à portée d’acte de foi.

Farouchement non aligné, je partage peu ma pensée dégouvernée ; à l’aune du « Petit Prince » une occurrence ludique me donne l’impression d’échanger l’émoi d’un sentiment intense, partage d’une planète très tôt abandonnée. Si le désir est intense, l’enjeu élevé, il s’accompagne d’un plaisir extrême ; suit à sa pleine et fugitive mesure, le retour de la solitude. L’histoire se répète sans alternative : nécessité de survie, maladie vitale, répétition symptomatique

Mon symptôme le plus cher est d’écrire, de me coucher sur le papier. Laisser une trace, exister en étant lu de quelques-uns qui m’importent : leurs signes de reconnaissance biens-venus me suffisent. La discrétion de principe de l’écriture me sied ; j’exerce mon artisanat, témoigne d’une époque qui ne cesse de me surprendre de ses contradictions : une !? À vouloir gagner une course contre le temps elle accélère au point de déraper au prochain virage… Je suis grisé par la vitesse du paysage qui défile, conséquence de la mal-mesure du risque réel.

Je confronte points de vue et sentiments avec mes rares proches. Nous partageons notre destin. J’avance, la plume à la main sur l’écran, falaise qui marque mon bel horizon.  

Covid-19/ Temps (1)

Six mois, le confinement insensible se détend, interminable soirée d’été à l’orage menaçant, frappant ici et là ; je m‘éparpille dans une perspective nocturne, sans lune, incertaine.

Les contingences interdisent de cueillir l’instant, ludique ; fenêtre ouverte des traces équivoques persistent, entretenues par les médias. Au présent le doute a pris domicile : relent d’humidité excessive, odeur de salpêtre envahissante, prégnante. Aucun air neuf n’affleure dans la fourbe apparence de calme : le temps se distend, se suspend, s’accélère, se retord, se dilacère…  

Une absolue incertitude relative envahit les projets, les diffère, les assujettit à une nouvelle perplexité sournoise, insaisissable ! Le futur se perspective en sables mouvants : baie de Somme, grève, mer et ciel agités dans un camouflage uniforme gris kaki.

Le passé récent diffère de la réalité quotidienne, s’échappe, inutile comme un conte : autre époque ! L’autrefois se confond à l’horizon, s’enfuit : l’infini envahit l’espace-prétérit, donne le tournis.

Entre futur remis en question et passé trépassé, le présent se perd sans borne : sans ses anciennes références le présent n’a plus sa place, évanescent.   

Hors catalogue.

Sans oublier les violences sexuelles à la souffrance profonde, je regarde par la fenêtre le jardin tropical du sexe et sa faune luxuriante, luxurieuse… Une sente courante conduit le jeune à la rencontre de l’adulte ; j’ai lu « renoncer, acquiescer, reculer, céder, consentir, plier, livrer, donner, se soumettre, succomber, s’abaisser… »

La complexité des ressentis bouscule, impulsionne et répulsionne, heurte et refoule, construit ; le vocabulaire de l’histoire individuel a du mal à rendre les dérapages, les accélérations, les allers et retours d’un chemin autrement trouble : goût profane et image intruse, odeur pervertie et stridence corrompue, atteinte fatidique. Les sentiments glissent incertains : recherche – embarras, surprise – découverte, dégout – plaisir, aiguillon – peur, douleur – acquiescement, soumission – agrément, étrangeté – divertissement, jouissance – envol, volupté – naufrage, paix – manque, insatisfaction – quête.

Le choix – En est-il un !?-, d’accéder à une vie sexuelle partagée, entraine sur une pente savonnée : quête irraisonnée, existentielle, question de survie vrillée aux tripes. Un désir indéfini concentré à l’entrejambe s’étend fiévreusement à l’être mal parlant ; dans un cri étouffé s’engage la fouille du partenaire.

L’adulte averti a tôt fait de remarquer l’agitation à fleur de peau. Un sourire pour une conversation isolée, proposition surprise pas inespérée. Intérêt masqué, l’écoute de l’ainé courtois marque une approche, sournoise. Assoiffé d’apprentissage inconnu, le jeune pressent l’intérêt ambigu, embarque. De regards en réparties, les sensibilités s’alignent, s’aiguise la curiosité. Étrange instigation, le maître débonnaire et le disciple inquiet se reconnaissent. La main se pose, un sentiment paradoxal sourd : rassurance et envahissement. L’abandon de la pose installe le doute ; première absence : question suspendue ! L’imparité de la conversation revêtue de paterne/materne distance, brûle de suspicion. L’ascendant de l’expérimenté insinue, puis confirme une perspective… On prend garde de cacher l’effusion ; « Tu m’appelles, quand tu veux. ». La porte entre-ouverte donne le vertige et l’apprentissage se poursuit, ou pas.

L’adulte a l’initiative, sans écart, sans refus, il avance sûr de son désir. Le jeune méconnait le jeu, l’inconnu l’attire, reflet brillant au fond de sa solitude.

Le cycle vital se poursuit au gré des hasards, des jeux, des malentendus…Expérience constructive et/ou traumatique, peut-il en être autrement !?

Le jeune individu, et son histoire en partie écrite depuis des années, indicible, est poussé d’un désir frustre, sur un chemin bordé d’ombres et d’ornières, de jouissance et de frustration : destin incertain.