Malgré l’adversité.

Elza Soares (1930-2022) a rendu le dernier souffle de sa voix éraillée le 20 janvier.

Son père carrier, sa mère blanchisseuse ont dix enfants ; la faim et la maladie sont leur quotidien. Tenue de se marier à l’âge de 13 ans, ses deux premiers fils meurent de malnutrition ; sa fille (1 an) est kidnappée. Son mari meurt de tuberculose.

Enfant elle chante avec son père guitariste ; veuve à 21 ans et 4 enfants, domestique, elle participe d’un programme de jeune talent : immédiatement saluée, la jeune Métisse débute par le cabaret. A 30 ans, une aventure avec Garrincha (Joueur de football, marié), la transforme dans l’Autre, objet de critique acerbe de la bonne société. Le divorce de Garrincha et leur mariage la vouent aux gémonies. La dictature la menace pour son parti pris pour le président démocrate J.K. Sa mère décède dans un accident de voiture conduite par Garrincha ; déprimé, il sombre dans l’alcoolisme.

La situation oblige Elza à de nombreux séjours à l’étranger : Amérique Latine, USA, Europe. L’ex-épouse de Garrincha décède, Elza adopte ses six filles. Après 16 ans d’un mariage violent, à 50 ans elle divorce ; 1 an après, une cirrhose enlève « l’Amour de sa vie ». 3 ans plus tard le fils unique de leur relation décède dans un accident de voiture. Elza déprime. Son ascension avance en dents de scie. Barrières sociales, évènements dramatiques pénalisent sa carrière. Sa voix rauque, son engagement racial et féministe la caractérisent dans un milieu de nombreux amis.

En 2000 la BBC Londres lui décerne le prix de « Chanteuse du millénaire » : commence une nouvelle ère, cycle de tournée, disques et prix, avec les meilleurs compositeurs et interprètes de tous les styles du 3ème millénaire, et la samba de ses origines. Handicapée elle continue à travailler : en 2015 elle lance l’inédit « A mulher do fim do mundo ». Le Site Pitchfork ne tarit pas d’éloges. En 2017 sa tournée passe par Central Park. En 2018 elle lance « Deus é Mulher ». En 2019 « A planeta fome » ; le disque est indiqué au Grammy Latino en 2020.

Sa vie est l’objet d’un film « My name is now ». E.S :« La vie est hors la loi, j’ai beaucoup reçu de la vie ». « Je m’aime, j’aime la vie. »

Solitude épicurienne (3)

Odilon Redon,Profil de femme avec des fleurs, détail

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Un peu plus loin dans le temps, Stéphane Mallarmé a poussé le jeu de l’écriture, en but ultime d’une esthétique, recherche du beau idéal, vérité suprême, symbolique, orphique. Jeune ses écrits sont légers enjoués, sensuels par touche ; l’âge venant ils déplacent les canons de sa poésie, rien n’a plus de sens, sinon l’infini conjugaison étudiée de l’architecture de l’œuvre, de l’agencement des mots, de leur musique, leur couleur, leur texture : une pure impression de subtile perfection, sans emphase, impressionniste. Les traits s’effacent pour laisser place à une clarté, que le lecteur projette sur l’univers suggéré des syntagmes : le temps fuyant s’arrête pour un instant, l’espace est libre, une pure poésie s’induit. La langue n’est plus un guide mais une ouverture sur un monde « supérieur », une idée sans contour, un rêve démâté, une ballade d’ombres et de lumières…

Ces trois exemples littéraires montrent que la langue, outil, multifonctionnel, met en évidence l’impossibilité d’une réelle communication, d’une relation : le langage est la barrière de nos différences et son lien. Les trois maitres jouent de leur instrument, leurre heureux qui nous rapproche sous le chapiteau de la comédie humaine, et établit la singularité de l’individu lecteur : combien d’interprétations lumineuses, combien de différents emportés ! Ils révèlent la complexité de la société humaine, soulignent son incontinence explosive, comme celle promue par ceux d’entre nous qui veulent faire croire à leurs congénères que les solutions sont simples, radicales, venues d’un ordre supérieur qu’ils ont découvert, et incarnent. Danger !

Le fantastique de ses œuvres m’aide dans ma trajectoire solitaire – Elles reviennent sur ma table de chevet où j’aime, à l’heure de Morphée, déguster quelques lignes, quelques pages, comme un vieil alcool de qualité, pour m’enivrer ! – ; depuis mon aquarium j’écris, symptôme de ma solitude épicurienne…   

Solitude épicurienne (2)

Nous ne partageons que notre destin. Le langage, outil exclusif des humains depuis quelques milliers d’années et de quelques milliards d’individus, aux 7000 variables font de notre planète une Babel!

Trois écrivains circonscrivent l’impasse de notre affection verbale : langues de feu révélatrices, voyage difficile, incertain, grandiose.

couverture livre
La couverture de l’édition brésilienne.

Joao Guimaraes Rosa dans « Grande Sertao Veredas » en 1956 (Traduction française : « Diadorim »), histoire parabole et épopée du XXème siècle. Les mots et leur enchaînement obligent à perdre pied de la stricte rationalité ; le récit à la parlure inédite, incompréhensible si on s’en tient au sens commun des mots sans lexique, est créations et récupérations de variantes dialectales du patois d’un état de la taille de la péninsule ibérique. Il impose un monde cru, perdu, dont le sens, le charme n’existe que pour soi : lâcher-prise, pérégrination en auto assistance, égarements font partie du voyage. Un monde réel et distant, ou la musicalité des vocables et notre imagination glanent la poétique d’une vraie rudité. Seul face à la force de mots nouveaux, du semi-aride…

James Joyce a écrit « Ulysse » (1922) et « La veillée des Finnegan » (1939 ) ; les deux, à la liberté croissante d’avec les bonnes pratiques de la littérature, construisent une œuvre qui multiplie les points de vue et les styles, déconstruit les phrases – Syntaxe aléatoire jusqu’à l’incongru !-, étend le choix des mots – De l’argot au latin érudit et moult idiomes étrangers – jusqu’à la création : un apparent désordre désarticule notre système de penser, noie le poisson humain dans le jus de la lalangue de J. J. : elle nous enlève dans le voyage dés-connexe de sa personnalité égotique, à l’impression d’esthétique hallucinée, à l’ironie inquiète, hérésie bienveillante, amorale. Épiphanie d’une vie réinventée par la parodie mystificatrice d’une langue caméléone qui confond le lecteur …

À SUIVRE…/…