Liberté (2)

Quelques discours exemplaires des gouvernants de ce nouveau temps :

  • La dramatisation : « C’est la guerre ! » E. Macron. Je sens la prise en mains autoritaire de tous les moyens de l’état à des fins indéfinis sans délai : dénoncée, entérinée, les résultats ne prouvent rien.
  • Le négationnisme « Ce n’est qu’une grippe ». J. Bolsonaro. Le super homme sous-entend le sacrifice de quelques-uns pour la survie des autres : inhumain, morbide. Les nations ont déjà donné ! Les résultats sont pitoyables.
  • Le maternalisme « Il faut se laver les mains et ne pas faire de stock ». A. Merkel. On banalise pour éviter la panique, on infantilise la population. Rassurante et simpliste face à l’inconnu. Les résultats sont discutables.
  • La transparence « C’est une épidémie sans précédent. » J. Ardern. On annonce la gravité de la situation, compassion retenue : un sourire nerveux pour des mesures draconiennes de contention immédiate.

Le discours est à l’aune du profil des femmes et des hommes au pouvoir : majoritairement politique, ambigu. Les conséquences humaines, sociales, économiques montrent que l’éthique – le discours claire de J. A. et les décisions corrélatives – , est la seule à se sustenter : véritable alternative aux sociétés notoirement centralisées, autoritaires, dont les résultats (!?) – au prix de la liberté !-, s’équivalent à ceux de cette dernière.

« J’ai fait un rêve… »

Entre loup et chien, je divague… Les mots gênent mon appréhension du monde, le paravent à claire voix de la parole fait écran au réel que je veux embrasser. Mots indistincts s’amollissent, dégoulinent, s’évaporent, s’évanouissent, je glisse dans un voluptueux tourbillon qui s’entrouvre, les ondes d’une jouissance inconnue m’enlacent… Fulgurant langage explose, sa structure en biscuit se disperse dans une poussière sans retour, l’Innommable m’étreint, me suffoque, une pieuvre informe m’absorbe…Réveil en nage, je crie haletant : « Ah le temps ! »  

Fort de notre vocabulaire, nous avons conquis l’univers, et l’histoire de l’humanité ressemble à un succès. La caractéristique très performatrice de cette capacité à imaginer des concepts qui répondent à nos fantasmes, à produire quelques règles qui organise en partie notre monde, nous a transformé dans le phénomène vivant dominant. Les limites apparaissent : notre discernement enregistre une complexité tous les jours supérieure ; la capacité humaine à la prendre en compte est dépassée, submergée ! Pour les optimistes, l’intelligence artificielle cernera la vie de cet univers devenu insaisissable, elle organisera l’incompréhensible de l’évolution humaine et de ses conséquences : elle nous dirigera, inéluctable ! Quelques individus élus – Le commun des mortels ne saura plus comment !-, auront la responsabilité de conduire « Very Big Data », qui nous dispensera la bonne parole dans tous les domaines interconnectés : quelques millions d’algorithmes !

En tenaille (Dit-on !), un nouveau jour politique se lève à l’est, celui d’un empire au sourire sournois… Une illustration : le plus vieux jeu de stratégie du monde (Un peu moins de trois millénaires) est d’origine chinoise le « Wéiqi », plus connu en occident (depuis moins de deux siècles) comme « jeu de Go ». Les règles sont simples et les combinatoires infinies ; les adversaires s’affrontent dans une conquête de territoires, avec pierres noires et blanches sur un plateau préalablement marqué, quadrillé, à l’étendue limitée, c’est un jeu. Toutes les pierres ont la même valeur : le temps et les circonstances décident de leur importance, passagère.
Dans la réalité géopolitique, le nouvel adversaire, annoncé depuis quelques décennies, est ordonné ; la démocratie libérale occidentale – Et ses valeurs individualistes ! -, avance en ordre dispersé. Le soleil levant a su copier notre modèle et un champion, aux avantages certains, se dégage : la nation, qui étendra une influence prépondérante sur l’humanité, réunit 1 milliard 400 millions d’habitants et 2200 représentants dans un parti unique…
Mon droit à la parole a commencé à se réduire comme une peau de chagrin.
Mais je suis terriblement vieux jeu !  

Pas de Xingu au quai Branly !

Le cacique Aritana Yawalapiti (71 ans), est décédé, victime de non-assistance à personne en danger. Figure historique de la culture du « Alto Xingu » (État du Mato Grosso), mort de Covid 19, sa disparition mérite une reconnaissance politique ostensible. Un des piliers de son peuple – 16 ethnies, une réserve de 26.500 km2 (5 départements français) -, leader pacifique et traditionaliste, il plaidait, devant notre blanche réalité « matérialiste et mercantile » (Incompréhensible pour un indien !) pour une société « magique, spritualisée et ritualiste » respectueuse de l’environnement. Claudio Villas-Bôas pionnier-idéalisateur, avec ses deux frères, du Parc National du Xingu (1961) a reconnu en Yawalapiti, dès les années 70, un interlocuteur.

Le décès du chef charismatique est à mettre sur le compte du refus manifeste du gouvernement Bolsonaro d’offrir à Aritana et à son peuple la couverture sanitaire nécessaire pour prévenir l’épidémie qui atteint avec une rare intensité les populations indigènes : le système immunitaire des indiens d’Amazonie démuni de défense contre les virus provoque un taux de mortalité extrêmement élevé. Après qu’il ait été diagnostiqué positif aucun effort d’assistance ne lui a été concédé : sa maladie s’est prolongée trois semaines. Après un voyage de 10h dans une ambulance, il est décédé dans la capitale Goiânia du Goias, l’état voisin. Le crime n’est pas isolé ! Le 05 août le Suprême Tribunal de Justice (La plus haute cour de justice, onze membres) a cosigné à l’unanimité, l’obligation pour le gouvernement d’adopter des mesures pour contenir l’avancée du Coronavirus au sein des populations indigènes (FSP du 10/08).  

Comme Marielle Franco, Aritana Yawalapiti est un symbole ; il est celui de la résistance contre l’extermination réfléchie des autochtones du Brésil historique.  Le manque d’assistance à personne en danger, caractérise le gouvernement Bolsonaro, aussi bien que son mépris de la culture indigène, le non-respect du Parc du Xingu reconnu il y a soixante ans, et des terres synonymes de préservation de la nature en générale et de l’Amazonie en particulier. Avant que la culture des indiens du Xingu ne soit cantonnée au Musée des Arts Premiers du Quai Branly, il appartient à tous les démocrates, de dénoncer l’insupportable inhumanité d’un gouvernement négationniste.     

https://youtu.be/ltvjTyuaqHE