Violence (2)

Les abus insupportables et répréhensibles dénoncés, l’approche du territoire de l’acte sexuel est délicate.

Tableau de Toulouse Lautrec d'un couple enlacé couché sur un lit.
Toulouse Lautrec, Le Baiser.

N’étant pas une action quelconque, la langue l’aborde en multipliant les signifiants : consommer, pudibond religieux ; sauter ou travailler au corps, sportif ; faire (me le/la faire !) simplificateur ; baiser, métonymique ; copuler, scientifique ; farcir, glouton ; faire un enfant, objectif ; foutre, fourre-tout etc. Expressions imagées illimitées sans citer l’argot foisonnant ! Faire l’amour, synonyme courant souvent utilisé avec réserve interroge : la locution paradoxale faire un sentiment – Sans cesse évoqué et dont on ne cerne ni les variantes ni la complexité ! -, laisse entrevoir embarras et désordre.

L’acte sexuel occupe tôt l’imagination de l’être humain ; sa mise en œuvre est précédée d’exercices solitaires désordonnés… Au jour J, à l’heure H, la première expérience par excellence (et les suivantes à souhaiter !) est violence et consentement. Une mystérieuse violence pousse à cet acte non-sens, source d’un plaisir inouï, joie physiologique à la brutalité suspecte, ineffable. Traumatisante ? C’est pas dit. Une tolérance court indivis, un penchant, un goût du risque pour le saut dans l’inconnu réjouissant et absurde : le sujet consent à un réel sans nom, au choc ! Est-ce raisonnable ? Les prémices laissent espérer le meilleur et le pire.

Le partenariat désiré, recherché, autorisé, introduit une contingence, le choix – Qui n’en est pas un : l’étendu de l’éventail nous amène au pari à l’intuition chargée d’histoire ! -, d’un autre. L’adolescent (Le post-adolescent ;-)) désorienté est empêtré dans les mailles de ses sens altérés croisés de celles d’un autre in-appréhensible, étranger aux intentions troubles. La confrontation, parfois fusionnelle, est souvent barbare objet d’un questionnement sans fin : faire l’amour s’écrit mal ; décrié, il ne se décrit pas.

Après de nombreuses années et quelques expériences je continue à me questionner, à consentir à être fauché par la petite mort, réel innommable, vie et mort conjuguées, jouissance au carré. L’expérience vicie.

La rancœur.

La vie est violence sans mesure ; ce poids n’est à personne particulièrement, et l’inverse serait arrogance suprême, mortifère. La peur, la souffrance, l’injustice génèrent la rancœur, amertume indigeste, solidifiée, synonyme d’incapacité à voir un futur possible : courant et compréhensible, le phénomène produit rage aveugle et discours totalitaire qui deviennent un père factotum, illuminé : l’histoire en est remplie.

Hortensia bleu, tête

Une quête d’alternative m’oblige à me défaire de cet amère pétrifié, levier du fascisme individuel : écartant le dénie du jocrisse, la sublimation du religieux et le cynisme du profiteur, je recherche « un savoir-faire avec » ou « un savoir en faire le deuil » ; ce n’est pas un problème moral, mais une question de survie, il faut avancer, pour-suivre, vivre.

Extraite d’une logorrhée borroméenne, élucubration verbale, la parole se concentre sur l’exploration de la jouissance, produit une décoloration de l’objet amère. À l’approche du trou sans bord de l’incompréhensible de la vie, l’être parlant que je suis, prend une sente solitaire, unique ; il énonce une nuance, passe du « je jouis de » au « se jouit de », introduit une distanciation, une sorte de dépassement de l’entendement verbal. L’exercice relègue les élaborations éclairantes, privilégie l’assomption d’un corps, début et fin, chair aux voluptés primordiales, indéchiffrables : s’accorde une place à un apprentissage vital, un savoir hors la connaissance.

L’amertume de l’échec et le pessimisme de Sisyphe sont notre lot ; l’être humain révolté se relève dans un acte de liberté.

Si la rancœur persiste, la confrontation paraît une lutte contre la maladie.

Interview

Pour la Rentrée, je me suis soumis à une interview du making-off de «La naissance de la vocation d’Antoine de Saint Exupéry*», auteur classique du siècle dernier, dont je vous raconte la jeunesse exubérante.

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*Disponible dans les meilleures librairies et sur le site de Riveneuve éditions.