Cher Ami,

Farniente. L’imposture criminelle trumpiste est le choix d’une société étasunienne désespérée face à son déclin : la civilisation occidentale prend un virage imprévisible. L’histoire de l’humanité continue à s’écrire.
Pour prendre mes distances de l’actualité et de la routine du quotidien, j’ai oublié mon ordinateur et, désorienté, opéré une retraite tactique bien accompagnée : dix jours sur une plage écartée de Bahia, loin du carnaval. Sans Wi-Fi mon smartphone a perdu son rôle d’incontournable : j’ai cultivé souriante nonchalance et innocente paresse.
La cuisine bahianaise à la couleur du dendê : orange fluorescent comme son huile. On la rencontre dans l’emblème de la gastronomie locale l’« acarajé » : un beignet de farine de « haricot petit-moine », à la farce de crevettes d’une rare complexité. A savourer brûlant sans peur de se barbouiller, et, pour être absout du péché de gourmandise, à genou sur les marches de l’église du Bonfim. Sa présence est aussi remarquable dans les moquecas de poisson, de crevette, de crabe mou, de fruits de mer. A peine moins connue, la soupe de sururu (mini-moule) cuite dans son lait de coco, servie avec une pluie de coriandre fraîche ferait abdiquer le roi des Belges ! J’ai découvert : le fruit dendê, du palmier « dendêzeiro », cuit quinze minutes après ébullition dans une eau salée ; sa pulpe fibreuse douçâtre, comme son huile, vient contraster le croquant de la peau saline. Le mariage se conclut avec une cachaça pure ou fraîchement tournée en caïpirinha : l’amateur de piment y trouve alors de surcroît l’opportunité de satisfaire sa fièvre, à volonté.
A la suite de quoi l’agité, que je suis, n’a pas fait d’effort pour creuser son lit dans les profondeurs d’un hamac ; la chaleur et la brise marine m’ont aidé à la sieste : bercé, j’ai lâché prise, glissé dans les plis de la blanche Yemanjà, sombré dans ses eaux enivrantes.
Au réveil, j’ai arpenté une plage vide sous le ciel aux couleurs humides du lever du soleil aux rougeoyantes du coucher : le souffle retenu suivi du sourd murmure du choc des vagues éternisaient ma souriante mélancolie.
@fernandaotonibrisset #bahia

