Cher Ami,

La prévision du temps météorologique s’améliore à brève échéance, pas sur le moyen et long terme, m’anime, adepte du feu de cheminée.
Le temps, qui ne fait que passer, ne serait à l’infini qu’une courbe, un cycle au rythme varié… Il fait écrire scientifiques, philosophes, psychanalystes, écrivains, poètes etc. et n’a pas fini. J’ai lu quelques points de vue, théories et voyages intérieurs : je m’enthousiasme pour l’érudition et la qualité littéraire. Leur lecture crée un embouteillage intellectuel, leur somme me pousse dans le décor ; je choisis un chemin de traverse.
Les collectionneurs de chronographes s’acharnent : le temps reste insaisissable. A l’opposé des trois premières dimensions matérialisées sous des formes variées qui limitent l’infini de notre horizon, la quatrième nous échappe : une étrange fiction. Son évidence est aussi inconsistante que réelle. Le temps me questionne, me dépasse ; je reste à la traîne, à la ramasse, voire en retard. Je laisse le temps « T », l’heure cristallisée par convention, sur le bas-côté du temps qui court, qui nous entoure, impalpable, invisible, inaudible, inodore, sans saveur. Le temps me berce dans l’immédiat, ne laisse pas de trace, mais au fil du temps m’outrage ; le temps n’est qu’à moi, sans pause.
Le temps avance, j’ai moins de temps, ne sais gagner du temps, et avant d’avoir fait mon temps, je veux prendre le temps, au point de perdre mon temps ; je le ralentis dans une évasion méditative, à faire des conserves de piments, à lire un livre « loin de l’actualité », et pour une minute l’arrête une éternité fixant scrupuleusement un détail de l’environnement : extase. Et puis j’aime, et le temps s’accroît, enfle, dans un souffle déformé tel une bulle de savon irisée.
Impatient, je n’ai pas le temps, je ne tue pas le temps, mais, entre bon temps et temps mauvais, je nage à contre-temps, tout le temps. A ce jeu pas « d’au temps pour moi », ni de deuxième temps, avant le seul temps mort contre le temps, je vivrai avec mon temps jusqu’au dernier temps, sans avoir pris la mesure du temps : je n’aurai duré qu’un temps, à plein temps.
temps# raymonddevos#

