23/01/26

Cher Ami,

Paraphrasant R. Feynman, il est possible que personne ne comprenne vraiment la physique quantique, qui exhibe une réalité incompatible avec notre quotidien.

Le monde se présente à nous avec les codes des sciences dites classiques ; elles nous permettent de survivre grâce à une cohérence accessible. La physique quantique démontre que l’infiniment petit est soumis à une décohérence, au paradoxe, avec de nombreuses preuves scientifiques. Quelques incongruités de la nano-réalité : 1) Le même phénomène peut être envisagé à la fois comme une onde et comme un corpuscule, immatériel et matériel ! 2) La précision d’une mesure est toujours médiocre ; l’observation a une influence sur l’observable. 3) Le nano-univers est aléatoire. 4) Une particule peut se trouver en deux positions simultanément. 5) La simultanéité de deux phénomènes distants sans relation existe, ignorant donc la vitesse de la lumière, sans qu’on puisse utiliser ce phénomène pour transmettre une information…  

Des applications de la physique quantique existent déjà, IRM, IA etc. et des points de rencontre sont apparus entre la nanoscience et la macro-échelle : la biologie a découvert que la photosynthèse, les récepteurs de l’odorat et l’adhérence des pattes de geckos etc. ne trouvent d’explication que grâce à la physique quantique. Notre réalité quotidienne est aussi paradoxale : porte entrouverte à l’ésotérisme et à tous les petits délires particuliers. 

Conclusion personnelle : si on peut y croire, ou pas, ou en partie, je vibre à cette révolution de la connaissance… Le problème du pourquoi de l’existence reste entier : quid de la complexité atteinte par l’être humain, individu unique, qui réalise un agglomérat de milliards d’atomes et de cellules hétérogènes. Si on rajoute une forme de conscience mal localisée, l’absurde est complet. Je continue, quel que soit le biais utilisé, dans le doute ; seul un acte de foi offrirait un refuge à mon malaise existentiel ! La recherche d’un peu de clairvoyance et mon optimisme congénital me font cultiver un scepticisme mâtiné d’épicurisme et d’une courte résistance à la douleur.     

#physiquequantique

29/08/25

Cher Ami,

Avant la lecture qui m’amène au sommeil, j’ai regardé la photo de la dernière de mes petites filles « S ». Ému j’ai cherché un air de famille, tenté de deviner sous ses traits de nouveau née sa personnalité. Bras en croix, le joli nourrisson endormi, rassasié semble ravi, l’espace entre les sourcils à peine froncé : béat je conclue, sans accident, elle aura une nature optimiste sur un fond sérieux.

La nuit, j’ai fait un rêve : sans narrative, son caractère insondable autant qu’inusité paraît une absence pâle et rayonnante. Pas de respiration, pas de conscience, pas plus de quelque chose ni de quelque part, de pures sensations sur le chemin de sentiments vaporeux, sans appartenance : sans notion de temps, le vol stagne dans un errement, acquis à une impression d’éternité bienveillante. Tel un animalcule inconsistant lâché dans un espace infini favorable à sa survie, sans en rien savoir, ou un non-objet dénué et complet. Peut-être le fruit du trouble vertigineux de l’endormissement : flamme vacillante mise en abîme, flottement dématérialisé jeté au vent cosmique, effusion de sérénité définitive.  

A mon réveil, le voyage endormi revient, effluve bien heureuse, absurde souriant. Se superpose l’image de S. et ma projection facile ; conscience sinueuse au sortir des limbes de la nuit, nuée d’opale.       

Adolescent, un bras de fer avec « l’auteur de mes jours » m’accablait. Pour calmer l’animal enragé, d’une voix contenue, ma mère convient : « Ton opposition à ton père est compréhensible, un jour elle passera…», puis confesse « Sache que l’un des moments les plus extraordinaires de ma vie, fut l’heure à laquelle tu es né : à peine venu au monde, sans l’habituelle tape sur les fesses, tu as braillé ; et quand on t’a déposé sur ma poitrine, tu t’es assagi. Je me rappelle ce moment comme si c’était hier : je me suis senti toute puissante. Donner la vie, m’avait rendu invincible, rayonnante ». Plénitude de la maternité. J’avais recouvré à ces mots le ravissement qui avait baigné l’aurore de ma vie, revenu soixante ans plus tard au détour d’une photo et d’un rêve. 

#bebe #reminiscence #perrinebrisset

18/07/25

Cher Ami,

La prévision du temps météorologique s’améliore à brève échéance, pas sur le moyen et long terme, m’anime, adepte du feu de cheminée.

Le temps, qui ne fait que passer, ne serait à l’infini qu’une courbe, un cycle au rythme varié… Il fait écrire scientifiques, philosophes, psychanalystes, écrivains, poètes etc. et n’a pas fini. J’ai lu quelques points de vue, théories et voyages intérieurs : je m’enthousiasme pour l’érudition et la qualité littéraire. Leur lecture crée un embouteillage intellectuel, leur somme me pousse dans le décor ; je choisis un chemin de traverse.

Les collectionneurs de chronographes s’acharnent : le temps reste insaisissable. A l’opposé des trois premières dimensions matérialisées sous des formes variées qui limitent l’infini de notre horizon, la quatrième nous échappe : une étrange fiction. Son évidence est aussi inconsistante que réelle. Le temps me questionne, me dépasse ; je reste à la traîne, à la ramasse, voire en retard. Je laisse le temps « T », l’heure cristallisée par convention, sur le bas-côté du temps qui court, qui nous entoure, impalpable, invisible, inaudible, inodore, sans saveur. Le temps me berce dans l’immédiat, ne laisse pas de trace, mais au fil du temps m’outrage ; le temps n’est qu’à moi, sans pause.

Le temps avance, j’ai moins de temps, ne sais gagner du temps, et avant d’avoir fait mon temps, je veux prendre le temps, au point de perdre mon temps ; je le ralentis dans une évasion méditative, à faire des conserves de piments, à lire un livre « loin de l’actualité », et pour une minute l’arrête une éternité fixant scrupuleusement un détail de l’environnement : extase. Et puis j’aime, et le temps s’accroît, enfle, dans un souffle déformé tel une bulle de savon irisée.

Impatient, je n’ai pas le temps, je ne tue pas le temps, mais, entre bon temps et temps mauvais, je nage à contre-temps, tout le temps. A ce jeu pas « d’au temps pour moi », ni de deuxième temps, avant le seul temps mort contre le temps, je vivrai avec mon temps jusqu’au dernier temps, sans avoir pris la mesure du temps : je n’aurai duré qu’un temps, à plein temps.

temps# raymonddevos#