11/04/25

Cher Ami,

« Mais concluant je dis et maintiens, qu’il n’y a tel torchecul que d’un oison bien duveté, pourvu qu’on lui tienne la tête entre les jambes. Et m’en croyez sur mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirifique, tant par la douceur d’icelui duvet, que par la chaleur tempérée de l’oison, laquelle facilement est communiquée au boyau culier et autres intestins, jusqu’à venir à la région du cœur et du cerveau. “

Dans mes flâneries, j’ai retrouvé ce paragraphe du Gargantua de François Rabelais. J’ai ri avec ses lecteurs d’il y a 5 siècles : le style accadémique, le ton emphatique de la plaisanterie scatologique en redoublent la force. La liberté et l’ironie du texte quand la France et l’Europe sont confrontées à la violence entre radicaux catholiques et réformistes (Affaire des placards, 10/1534), montrent la résistance historique du franc -tireur contre la morale moralisante des exégètes de tout poil : heureux précédent du politiquement incorrecte, de la gouaille et de la populaire paillardise !  

François Rabelais, fils d’un officier du roi, reçoit une éducation privilégiée ; il devient Franciscain puis Bénédictin pour pouvoir étudier les textes originaux de Platon et Aristote en grec et non en latin, généralement traduits de l’arabe. Au service de l’évêque Geoffroy d’Estissac, il quitte l’habit de moine courant le risque d’apostasie. Devenu étudiant en médecine, il a une relation amoureuse avec une veuve avec qui il aura deux enfants ; nés hors mariage ils seront légitimés par le pape Paul III, après qu’il soit devenu le secrétaire du futur Cardinal Jean Du Bellay, lui-même proche des rois de France François 1er et Henri II. S’il consacre sa vie à Hippocrate, il se fait connaître comme libre-penseur sous des anagrammes variés pour écrire “Pantagruel” et “Gargantua”; suivent dans la même veine “Le Tiers, Le Quart et le Cinquième Livre”. Il est condamné pour hérésie par la Sorbonne et ses livres sont censurés.

Catholique romain, il critique, avec la Réforme, la Scolastique et le Monarchisme sans s’inclure parmi les radicaux. Humaniste admirateur d’Erasme, il est salué par Montaigne.