Cher Ami,

Dans ces périodes troublées, la tentation du repli sur soi est grande ; il ne faudrait pas grand-chose pour que je me complaise dans mon bout du monde. Mais notre planète est en effervescence !
En politique la perte du leadership des USA est ostentatoire, son président l’accélère : l’avènement d’un nouveau multilatéralisme dans moulte domaines est plus qu’incertain. L’économie mondiale ne sait conjuguer une forme de progrès et une prise en compte des limites de notre planète. La baisse de la population planétaire et son vieillissement n’ont pas été anticipés, ni les conséquences sociales etc. La guerre sans limite pratiquée par quelques dirigeants fachistes maintient le risque d’une extension incontrôlée. L’épée de Damoclès d’une nouvelle pandémie n’est pas écartée. La croissance d’une frange de population richissime au détriment des 4 milliards d’êtres humains qui, au mieux, dépassent le seuil de pauvreté, crée un déséquilibre explosif : l’omission de cet état de fait et l’inaction des autorités pour l’amélioration des conditions de vie des démunis et discriminés nourrissent une légitime révolte. Le réchauffement de la planète commence à peine à révéler ses conséquences, incommensurables.
Le quidam ne sait où donner de la tête, et des pieds.
Une maison imaginée au milieu d’un jardin protecteur a été réalisée sur un coup de pot ; un amour de vingt ans ne pâlit pas ; les sollicitations de cinq enfants et d’autant de petits-enfants me font partager leurs jeunes vies ; quelques amis fidèles dénoncent mes idiosyncrasies et divergent de mes opinions ; mes travaux d’écriture m’obligent à une introspection critique quotidienne ; mon gériatre me recommande de ne pas toucher à l’équilibre que je me suis inventé.
La situation externe est cauchemardesque, l’interne est souriante.
L’inaction me pèse ; l’agitation militante m’afflige : le parti-pris détourne de la vue d’ensemble. Après avoir élu quelques sources d’information non alignées, je me donne bonne conscience en signant les pétitions de ma boite courriel. Sans énergie débordante, je ne sais où appliquer mon peu de vertu, et confesse mon insatisfaction.