12/12/25

Cher Ami,

En mammifère migrateur je me suis posé, définitif. La tentation de l‘isolement scande ma routine. Fatigué du cirque de la société, j’aime ma retraite : j’y trouve un vrai confort.  

Les signes d’une évolution hasardeuse de la vie sur la planète, mon incapacité à soulager le drame de milliards d’individus et le triste spectacle tragi-comique autour de moi, m’incitent à me replier sur mon bout de terrain que j’imagine lointain.

Le cercle des proches varie peu : ma famille à la géographie mouvante, en expansion grâce aux jeunes générations, les amis de toujours que le temps épargne, de rares nouvelles rencontres souriantes, des évanouissements par la force des choses ; j’ai mon content de démonstration d’affection.

Je passe la majeure partie de mon temps entre la solitude sous surveillance de ma chienne au tempérament de chat, et ma vie de couple au partenariat sans cesse renouvelé. C’est mieux qu’un choix délibéré : j’ai été happé par une évolution qui, depuis quelques années, se déroule comme les vagues répétées sur la grève de mon intuition.

`Loin de nombreuses formes de pollution, je cultive une forme de distance pour relativiser, comprendre les univers que le genre humain a créés, malgré lui, oubliant ses origines terrestres ; j’exerce une conscience multidimensionnelle faite d’affects, d’intuition, de connaissance, d’éthique, pour être une voix résistante à la grossièreté dominante : message contrepartie à mon manque de clairvoyance regrettable.

Je prends le temps, trop souvent dénigré, de perdre mon temps ; je vis en flâneur : les sens attentifs, l’esprit au ralenti, j’élabore les tenants et les aboutissants de l’instant qui passe, lui adjoins les réminiscences aléatoires de mon imagination vagabonde, et procure un mode de vie ajusté au déclin de la planète.

 Ma perte de vitalité me ralentit. L’attention a besoin de se préoccuper de détails auparavant négligés : la patience et l’écoute m’occupent. Je m’éloigne insensiblement ; la jeunesse qui m’entoure et mon désir de saisir les signaux faibles avant-coureurs du futur, me maintiennent sur le qui-vive.

#isolement #desir #flaner

@jean.gazurek