Cher Ami,

Le désir d’équilibre et d’avancer s’impose à moi, vital : je flâne en amateur attentif aux contingences.
L’idée de cycle, à toutes les échelles de l’univers et de la vie, a sa vraisemblance. D’un éon à l’autre, elle élucide cette inclinaison de la nature pour la conjugaison de la répétition et de l’évolution. Mon quotidien est comme un cycle, pour un objectif instinctif qui dépasse la routine : large horizon indéfini, bel au regard de mon optimisme natif. Le point de départ n’est pas plus clair, un étang familier planté de troubles arborescences ; quelques années d’analyse, une compagne vigilante, des enfants critiques, de vrais amis, et les pierres du chemin m’enseignent le relatif.
Jeune j’ai cru à des moyens pour un mieux vivre ; solutions matérielles où le poids de l’environnement était fondamental. Avec la maturité, j’y ai vu l’envoûtement culturel de l’être social et de ma tribu. Dans un réflexe grégaire j’ai vécu en urbain, avec des millions d’individus, enrégimenté pour mieux répondre à la demande de la société libérale, emprisonné par des besoins renouvelés.
La boucle est bouclée, mais quelle juste mesure ? Capturé par le Progrès, qui n’est pas qu’illusion, comment retrouver une relative autonomie de jugement ? Comment déjouer les réflexes consuméristes, éviter les pièges des propositions d’un nouveau bien-être, déjouer les recettes scientifiques ou ancestrales contre le temps qui passe. De plus en plus généré par une IA croissante, en compétence et en extension, on fait le siège de ma personne, quand Gaïa signalise son dépérissement. Déroulement d’informations paradoxales à mes yeux incrédules et mon appréhension sans fin.
Sans céder à la panique ou à la paranoïa, partisan, sans parti ni maître, je résiste à la vague négationniste et à l’IA dominatrice. Je crois à un sursaut possible en faveur de notre planète, pour continuer à cueillir la poésie de sa naturelle beauté, à déguster ses infinis saveurs, ses tissages sonores et tactiles, à procurer des sources d’amélioration durable.
Devant l’horizon chargé d’orage, Sisyphe, au pas incertain, j’avance à tâtons.
#gaia #sisyphe #IA