27/03/26

Cher Ami,

Clin d’œil de Colombie (1). De passage pour quelques jours, je tombe sous le charme de Carthagène des Indes. Ici deux saisons, « une saison très chaude, et l’autre qui ne l’est pas moins ! », dit-on : la température varie entre 40°C le jour et 30 la nuit. L’étuve équatoriale du bord de mer oblige au ralenti. La vie perd de son intempérance, une torpeur imprègne l’anxieux ; l’agité touriste suspend son pas, entre dans un état de semi-somnolence, s’adapte, s’aligne sur la tendance locale : l’inertie du bien-vivre caribéen tel celui des « Palanqueras », vendeuses de fruits. Je trébuche sur le mince trottoir des rues désalignées, où les maisons colorées de style colonial projettent l’ombre de leurs balcons fleuris et verdoyants. Le sourire et la gentillesse séduisent ; la bienveillance malicieuse du vendeur d’un vrai-faux Panama au prix du légitime, dissout un reste de conscience : je fonds, me confonds.

Gabriel García Márquez a écrit « Cien años de soledad » à Carthagène, source d’inspiration avec son village natal Aracataca, dans l’intérieur. Le réel magique qui caractérise « Gabo » est palpable dans cette atmosphère saturée ; le somnambule croit reconnaître entre les lignes de sa mémoire, au détour d’une ruelle un personnage fantastique, aussitôt évanoui dans la foule bigarrée. Le style réaliste et l’ambiance, sans la magie, me rappellent son ami Jorge Amado, Bahia et sa noueuse réalité des tropiques.       

   Après un tour des remparts la nécessité de m’hydrater, me précipite dans un café ; dans l’ombre de mon abri, je zyeute le passant. Les origines indigènes et africaines sont dominantes : du métissage avec les envahisseurs espagnols du XVIème siècle est né le « criollo », multiple. Botero me saute aux yeux ; il a retiré du naturel de la population son essence : la luxuriance jouisseuse sud-américaine, une esthétique nouvelle. Un irrévérent optimisme en écho à l’existentialisme européen d’un Giacometti : la lumière colorée face au vert-gris, le rond face à l’étique, Éros face à Thanatos. Je souris solitaire, à la vue de la sensualité qui fleurit le pavé usé de la vieille ville.    

#botero #gabo

03/13/26

Cher Ami,

Le temps n’y fait rien. Passé et présent ne laissent pas d’espoir ; après des millénaires des progrès matériels ont été enregistrés et l’espérance de vie avance, mais le matériel de guerre est tout-puissant et la vie sur terre est menacée.

La confrontation du bien et du mal, essence du vivant, symboliquement éros et thanatos, dans les diverses versions de la morale est racontée associée au respect des traditions. L’Histoire de l’homme et de ses institutions confirment que cet antagonisme est de tous temps, sans embelli.

Pas de désespoir non plus, une action bienfaisante peut avoir des conséquences négatives, l’inverse aussi :  la rivalité durera tant que notre planète la supportera. L’option politique unique, si elle était possible, d’un des deux clivages traditionnels précipiterait l’avenir : les forces politiques dites de progrès, baignées d’idéalisme et de théories, remettraient en question l’équilibre précaire acquis par des siècles de tâtonnements ; quant aux forces dites conservatrices dominantes aujourd’hui, nous témoignons de la violence fascisante dont on peine à voir l’issue de la spirale destructrice. La morale nous oblige à la recherche d’un impossible équilibre, et donc à tous moments d’être contre le mainstream.

L’individu lui fait un choix irrationnel, intuitif justifié de connaissances limitées : partagé, il tend vers un mode de penser et de vivre qui le fonde, ou lui convient à court terme. Les plus positifs croient à l’innovation, incertaine mais promettant en thèse un progrès ; les plus frileux préfèrent le discours populiste du passé heureux, des coutumes. Quelques-uns balancent d’un camp à l’autre.

L’arbitrage des deux courants, et de leurs nombreuses sensibilités et théories justificatrices d’absolus, est difficile : l’équilibre est en perpétuel devenir.

Les valeurs humanistes défendues par nombre religions et philosophies sont érigées mais, travesties, n’aboutissent pas : des millénaires d’expériences nous permettent, au mieux, de faire du surplace.

Optimiste de la première heure, je n’ai pas choisi : l’expérience tempère mon éros natal de scepticisme.         

#populisme

https://www.facebook.com/reel/755332667369082

06/03/26

Cher Ami,

Coup de gueule. Ma routine m’insatisfait, j’envie les joueurs de rugby et leur championnat porteur de liesse. Je résiste à la noirceur ambiante en optimiste instinctif : vivre malgré la violence et le mépris de la vie humaine au premier plan de l’actualité ; à l’horizon pas de renversement, seules les puissances obscènes ; en marge du chaos, des signes scintillent.

Je me suis construit avec des dogmatismes à la dualité interrogatrice : le savoir et l’esprit destructeur, la justice et le désordre, le courage et la lâcheté, le bien et le mal. Avec Nietzsche, « Au-delà du bien et du mal » et ses 296 aphorismes à l’élan poétique, j’ai monté la montagne. Je l’ai descendue à me creuser entre l’instinct et la pulsion de la psychanalyse. Aujourd’hui le bien et le mal ont intégré le champ de la biologie : la morale est une composante du vivant. Les dignitaires actuels sont assis dessus, pour promouvoir la loi du plus fort et le seul critère de l’argent.     

Une peur viscérale me révolte à l’idée qu’un tyran puisse atteindre mon intégrité, comme il atteint au quotidien des milliers d’innocents. Cette peur se transforme en rage contre l’imbécillité de ceux de mes contemporains qui l’approuvent ; elle vient de mon amour de la vie, désir physique venu de mon bas-ventre, qui noue mes tripes, ébranle mon cœur, me suffoque, m’étrangle, assèche ma bouche, offusque ma vue, confond mon esprit.

La liste des discriminations violentes s’allonge avec le cours de l’Histoire. La vie est un terrain de lutte où les plus faibles sont écrasés. La république est à réinventer contre les post-vérités établies par les puissants, normalité abjecte où l’humain a une couleur et une valeur monétaire, où la violence est une raison suffisante pour plus de violence ; les conflits servent les plus forts, dans une logique à déconstruire pour que survive l’humanisme.

Les USA craignent la décadence de leur blanchité : les conflits actuels en repoussent l’échéance.

La planète est pleine de mensonges : les corps des injusticiés le savent.

L’éros de l’amour, du désir, de la vie qui déborde est à restaurer.  

#éros #savoir #morale