27/02/26

Cher Ami,

Farniente. L’imposture criminelle trumpiste est le choix d’une société étasunienne désespérée face à son déclin : la civilisation occidentale prend un virage imprévisible. L’histoire de l’humanité continue à s’écrire.

Pour prendre mes distances de l’actualité et de la routine du quotidien, j’ai oublié mon ordinateur et, désorienté, opéré une retraite tactique bien accompagnée : dix jours sur une plage écartée de Bahia, loin du carnaval. Sans Wi-Fi mon smartphone a perdu son rôle d’incontournable : j’ai cultivé souriante nonchalance et innocente paresse.

La cuisine bahianaise à la couleur du dendê : orange fluorescent comme son huile. On la rencontre dans l’emblème de la gastronomie locale l’« acarajé » : un beignet de farine de « haricot petit-moine », à la farce de crevettes d’une rare complexité. A savourer brûlant sans peur de se barbouiller, et, pour être absout du péché de gourmandise, à genou sur les marches de l’église du Bonfim. Sa présence est aussi remarquable dans les moquecas de poisson, de crevette, de crabe mou, de fruits de mer. A peine moins connue, la soupe de sururu (mini-moule) cuite dans son lait de coco, servie avec une pluie de coriandre fraîche ferait abdiquer le roi des Belges ! J’ai découvert : le fruit dendê, du palmier « dendêzeiro », cuit quinze minutes après ébullition dans une eau salée ; sa pulpe fibreuse douçâtre, comme son huile, vient contraster le croquant de la peau saline. Le mariage se conclut avec une cachaça pure ou fraîchement tournée en caïpirinha : l’amateur de piment y trouve alors de surcroît l’opportunité de satisfaire sa fièvre, à volonté.

A la suite de quoi l’agité, que je suis, n’a pas fait d’effort pour creuser son lit dans les profondeurs d’un hamac ; la chaleur et la brise marine m’ont aidé à la sieste : bercé, j’ai lâché prise, glissé dans les plis de la blanche Yemanjà, sombré dans ses eaux enivrantes.   

Au réveil, j’ai arpenté une plage vide sous le ciel aux couleurs humides du lever du soleil aux rougeoyantes du coucher : le souffle retenu suivi du sourd murmure du choc des vagues éternisaient ma souriante mélancolie.

@fernandaotonibrisset #bahia

13/02/26

Cher Ami,

Point de vue. The Washington Post : « Le journal a licencié un tiers de son personnel, …une purge généralisée a porté un coup brutal au journalisme et à l’une de ses marques les plus légendaires, a rapporté l’Associated Press »

Classement des journaux made in USA : N°1, le Wal Street Journal (2,4 millions d’exemplaires) est la référence de la finance, marqué à droite ; N°2, USA Today (1,8 million d’ex.) est le sensationnaliste dit « MacPaper » des quotidiens ; N°3, « The New York Times » (1,2 million d’ex.) marqué démocrate et anti-Trump, propriété de la famille Ochs-Sulzberger. N°4, Los Angeles Times (800 mille ex.) et N°5 The Washington Post (700 mille ex.) sont passés sous le contrôle de deux capitalistes (Patrick Soon-Shiong et Jeff Bezos d’Amazon) et se sont alignés récemment sur le mouvement MAGA. Suivis au ranking par le people new-yorkais Daily News (700 mille ex.), au capital instable, et le conservateur historique New York Post (300 mille ex.). L’événement sus-énoncé montre la difficulté de la presse à être indépendante quand son patron a d’autres intérêts financiers, surtout en cas de tempête illibéraliste.

Classement des quotidiens hexagonaux : N°1, le régional Ouest-France (600 mille ex.) est la propriété d’une association aux mains de la famille Hutin, libérale humaniste ; N°2,  Le Monde (500 mille ex.) dont le capital a obtenu son indépendance éditoriale située au centre gauche; N° 3, Le Figaro, aux 200 printemps, né à gauche, (380 mille ex.) conservateur enraciné est détenu par le groupe Dassault ; N° 4, L’Equipe, très français quotidien du sport (225 mille ex.) est la propriété d’un groupe familial. N° 5, régional de la capitale, Le Parisien (190 mille ex.) et N° 6, Les échos (140 mille ex.), quotidien de l’économie et des finances, sont tous deux la propriété du Groupe LVMH. En ligne, avec les mêmes titres, les nouveaux venus sont, de la radio France Info, de la Télévision BFM TV, et un nouvel indépendant d’investigation Mediapart : un paysage ouvert où le grand capital est apparu récemment en force.

Les deux situations ne sont pas strictement comparables, mais des similitudes apparaissent.

#presseindependante

06/02/26

Cher Ami,

1906 Joséphine McDonald naît à St Louis (USA). Ainée de 4 enfants, à 13 ans elle quitte l’école et se marie.

1921 artiste de rue, elle épouse William Baker ; 22 le quitte pour danser à NY ; 24 elle rencontre Caroline Dudley qui monte à Paris un spectacle : “La Revue nègre”. Octobre 25 JB, leader, fait son entrée au Théatre des Champs-Elysées en dansant le Charleston vêtue d’une “ceinture de banane” : parodie souriante d’un érostime exotique. Tournée en France et à l’étranger la lancent. 27 elle enchaine aux Folies Bergères ; rencontre son 3ème mari et emprésario Giuseppe Abattino, ouvre son club. Elle séduit Picasso, se lie d’amitié avec Cocteau et Hemingway . Georges Simenon devient son sécrétaire et son amant. Elle milite à la “Renaissance de Harlem” contre la ségrégation.

30-31 Meneuse de revue au Casino de Paris, elle participe à des soupes populaires, danse le tango. 35 tournée aux Etats-Unis : les américains sont sceptiques. 36 en France elle épouse Jean Lion et obtient la nationalité française. 37 le couple s’installe au Château de Milandes, Périgord, où elle cache juifs et résistants de 39 à 44.

Infirmière pilote secouriste, correspondante du renseignement, Joséphine glane des informations de ses mondanités. Elle se produit en Espagne, au Portugal et en Afrique du nord. Elle termine la guerre sous-lieutenante médaillée. 45 elle est l’ambassatrice de C. Dior et P. Balmain. 47 avec son 4ème mari Jo Bouillon, elle accueille à Milandes 12 enfants adoptés de 8 nationalités différentes, sa ”tribu arc en ciel”.

51 de retour aux USA elle y est l’objet de discrimination, interdite pour dix ans : parti pris pour la lutte contre la ségrégation, elle poursuit sa carrière dans le jazz.

60 elle rejoint le mouvement de M. Luther King, 66 est reçu par Fidel Castro. 68 à l’Olympia, elle se produit pour essayer de renflouer les caisses de Milandes dont elle finit expulsée malgré l’aide de Grace Kelly.

75 elle décède d’un AVC après être passée à Bobino devant Sophia Loren, Mick Jagger, Diana Ross, Liza Minelli…

2021 Joséphine Baker est la sixième femme, la première noire, à entrer au Panthéon.    

#pantheon