Après avoir vogué poussé par le vent des contraintes, à la dérive de mes pulsions, je retrouve le souffle d’un désir enraciné, m’assagis.
J’ai eu la pépie de la possession matérielle et de la multiplication des expériences ; je poursuis l’usufruit de l’instant vital.
La nécessité de reconnaissance négligée, je reviens à l’os du désir, le noyau du fol quérir impossible à étancher : soif de vivre.
Tirer la substantifique moelle de l’immédiat, savourer en solitaire assuré, accompagné de l’impossible de la communion, écrire.
Entre ciel et terre après avoir érigé la bâtisse rêvée, je jouis de sa possession, tel l’instrumentiste de son violoncelle, le corps aux aguets.
De la joie irisée de la rosée du réveil à celle envoutante de l’ensommeillement d’une pleine journée, je me délecte à petits pas.
A l’aube par la fenêtre ouverte , le froissement des feuillages, le bruissement et le gazouillement de la faune me réveillent, songeur.
Enthousiasme partagé, je me réjouis de mes mains pleines de doigts dans le pelage fruste du chien de chantier qui m’a élu.
Dans l’air lavé par l’orage, la terre et la végétation exhalent une palette de senteurs : je hume la démesure des réminiscences.
A la croque-sauvage, je savoure une mangue « Uba » à pleine peau : ma bouche déborde de son jus tiède qui dégouline entre mes doigts.
Embrassée à son palmier, je contemple l’orchidée vanille et sa corolle ensoleillée : son fruit noir embaume déjà de féminin ma cuisine.
Dans la nuit à peine tombée, une flambée, un standard de jazz, nos deux corps tanguent de l’intimité retrouvée de nombre rencontres.
La délectation se double de langueur…