Histoire comme ci (2)

Arthur, journaliste et professeur de littérature, a une vie de couple stable, marquée « beat-génération ».

Il reçoit un livre d’une librairie qu’il fréquente, dont le propriétaire, Charles, est un ami de faculté. L’auteur est chinois et la couverture un cerf douze corps. Le cadeau non signé l’intrigue : aussi l’enveloppe va à la corbeille mais il conserve étiquettes et emballage, un feuillet imprimé de photocopieuse. Le journaliste s’interroge : un message codé, à la veille des fêtes !?

La quatrième de couverture annonce l’autobiographie d’un exilé ! Le temps humide le pousse à prolonger sa dérive au bistro voisin. Le message tient de la provocation : bien joué ! Arthur pense aller à la librairie, mais sortant du troquet, il tombe nez à nez avec Charles : après les échanges liés aux années de distance, il lui raconte le fait divers et la surprise de la coïncidence. Charles lui téléphonera le lendemain.

Arthur est agacé par le concours de circonstances inexpliqué ; il reprend le livre qu’il tourne, retourne, feuillette, jette encore un œil sur les étiquettes de l’envoi : rien de neuf ! Il saisit le feuillet qui a emballé le livre : la photocopie de la page 31 d’un récit. Deux protagonistes se séduisent, la jeune femme porte le prénom de sa femme Dorothée… Arthur échafaude : une épouse trahie a su que la partenaire d’aventure de son mari est Dorothée. Discrètement elle lui fait un « cadeau de Noël » en vache : il est cocu comme un grand cerf… La cocue ignore que leur couple entretient une relation permissive, ce qui ne paraît pas être leur cas. Arthur jubile d’avoir résolu l’énigme : bouche cousue, il savoure un bonbon à l’amante.

Le lendemain vers midi, Charles appelle Arthur :

– J’ai retrouvé le nom de la personne qui t’a offert le livre elle s’appelle Marie Zhou : ça te dit quelque chose ? »

– Non ! Mais c’est une piste, merci.

Perplexe, il revient à sa routine : le tour de ses courriels. Dans la boite dédiée à la fac un message de Marie Zhou, une élève : elle lui souhaite un « Joyeux Noël » et lui envoie l’autobiographie d’un chinois expatrié : « le choix de l’exil ».

Contingences et affabulation.