Contrebasse contre SNCF !

Gros plan main jouant une contrebasse.
Contrebasse, elPadawan. https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/

Je n’ai aucune habilité à jouer d’un instrument de musique. Magnétique, la contrebasse eût été mon choix, une alter ego : prise en main le port altier, la sensualité de ses proportions exagérées, le côtoiement de son partenariat, la liberté d’usage, le ton sourd de sa voix caverneuse, m’attirent comme un éternel féminin, maternel. Elle est l’incontournable des formations réduites de jazz : en compagnie de l’élégant Ron Carter elle est synonyme d’excellence et de plaisir.

Sollicité par des pétitions de tous types souvent justes, ces temps-ci pathétiques, je résiste mal au cri d’individu perdu dans la masse de ses confrères et consœurs à peine moins ébranlés. Pour ne pas importuner mes proches, par commodité, j’ai adopté une ligne de conduite : je signe rapidement, je participe rarement financièrement et jamais je ne fais suivre. La semaine dernière j’ai fait une exception ironique : j’ai ventilé sans limite une requête des joueurs de Contrebasse auprès de la SNCF : ils revendiquent le droit de voyager avec leurs instruments dans les trains de tous types. J’ai fait circuler, Mesdames et Messieurs contrebassistes, mon désaccord, pas sur le fond ! Je trouve le moment très mal choisi : quand la France, et la planète entière pleurent la perte évitable d’un proche, quand les conséquences douloureuses de la pandémie atteignent de plein fouet les plus démunis… L’heure est à dénoncer le manque de courage politique de nos dirigeants, passés et présents, leur renoncement aux valeurs humaines fondamentales que sont « L’Égalité et la Solidarité », pour sauvegarder l’immédiate primauté des intérêts de notre société mercantile et matérialiste.

Votre problème de taille n’est pas à l’ordre du jour ! Au nom du respect de la souffrance d’autrui, remettez votre énorme violon dans son étui ! Le choix du moment est ici affaire de décence, de respect humain.     

Covid 19 / 21

L’impasse

La vague devait durer trois semaines ou trois mois ! Elle a pris ses quartiers depuis plus d’un an sur notre planète. Vacciner 100 % des deux hémisphères, compter 18/24 mois de plus, sans variant imprévu ! Total trois ans dites-vous !? Peut-être. Ce premier tsunami viral, que certains continuent à nier, en annonce d’autres ; sans les lumières d’une boule de cristal ou la clairvoyance d’un grand esprit, les grippes variées de ces dernières années en ont été les signes précurseurs. Sans parachute ni bouée de sauvetage, le « Merde ! » des tréteaux nous accompagne sous le chapiteau du cirque d’hiver du XXIème siècle.

Un impondérable me confine dans ma chambre-bureau-salle de bain. Rien de dramatique – Il faut le croire ! -, un effort supplémentaire pour contrôler l’incontrôlable des contingences… Cuistot de la communauté familiale, j’ai gagné une activité thérapeutique et un droit de sortie. Le soir du fond, de ce qui semble parfois, une armoire, la cellule se réunit : vidéo conférence. La scène se répète : rapide lamentation sur la précarité de la situation (Rien n‘est sûr et les hôpitaux sont pleins.), on voudrait tourner la page : majeure partie de la live, la sortie en sifflet est consacrée à élaborer des plans futiles (incongrus !), achat d’un animal de compagnie, partage d’une envie de voyage, désir de changement…   

L’homme mal-conscient fuit le réel, trouve une valeur à son labeur, fait semblant de, joue à, se convainc de… La vie continuera plus belle demain ! Lueur d’espoir. Il y croit, il veut y croire. Avancer pour garder l’équilibre … Avec « Les Poètes Maudits » la vie se répète, l’impasse seule est plus étroite ; j’ai choisi mon mur sous l’aura de ma triple lune.

Solitude épicurienne (3)

Odilon Redon,Profil de femme avec des fleurs, détail

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Un peu plus loin dans le temps, Stéphane Mallarmé a poussé le jeu de l’écriture, en but ultime d’une esthétique, recherche du beau idéal, vérité suprême, symbolique, orphique. Jeune ses écrits sont légers enjoués, sensuels par touche ; l’âge venant ils déplacent les canons de sa poésie, rien n’a plus de sens, sinon l’infini conjugaison étudiée de l’architecture de l’œuvre, de l’agencement des mots, de leur musique, leur couleur, leur texture : une pure impression de subtile perfection, sans emphase, impressionniste. Les traits s’effacent pour laisser place à une clarté, que le lecteur projette sur l’univers suggéré des syntagmes : le temps fuyant s’arrête pour un instant, l’espace est libre, une pure poésie s’induit. La langue n’est plus un guide mais une ouverture sur un monde « supérieur », une idée sans contour, un rêve démâté, une ballade d’ombres et de lumières…

Ces trois exemples littéraires montrent que la langue, outil, multifonctionnel, met en évidence l’impossibilité d’une réelle communication, d’une relation : le langage est la barrière de nos différences et son lien. Les trois maitres jouent de leur instrument, leurre heureux qui nous rapproche sous le chapiteau de la comédie humaine, et établit la singularité de l’individu lecteur : combien d’interprétations lumineuses, combien de différents emportés ! Ils révèlent la complexité de la société humaine, soulignent son incontinence explosive, comme celle promue par ceux d’entre nous qui veulent faire croire à leurs congénères que les solutions sont simples, radicales, venues d’un ordre supérieur qu’ils ont découvert, et incarnent. Danger !

Le fantastique de ses œuvres m’aide dans ma trajectoire solitaire – Elles reviennent sur ma table de chevet où j’aime, à l’heure de Morphée, déguster quelques lignes, quelques pages, comme un vieil alcool de qualité, pour m’enivrer ! – ; depuis mon aquarium j’écris, symptôme de ma solitude épicurienne…