
Les environs immédiats des adultes offrent une attraction : un puits à margelle ; curieux et provocateur Louis s’y dirige. Il sait qu’on le surveille, sent qu’un adulte l’accompagne. Allongé au bord du vide, deux mains enserrent ses chevilles ; Bruno, le plus jeune de ses oncles, confirme : « Je te tiens, tu peux y jeter un œil. », et lui retire un reste d’appréhension. Il regarde sans le voir le fond du grand trou noir à l’haleine fraiche et humide, s’y complet, et crescendo crie en souriant : « Qui est là ? Qui est là ? » ; Bruno : « C’est seulement un réservoir d’eau, mais tu pourrais t’y noyer. »
La scène a mobilisé l’attention des adultes, inquiets à des degrés variés. Louis pressent l’opportunité de voir exaucer une demande de fin de vacances : il saisit la main de Bruno et espiègle lance : « Maman, je peux monter jusqu’au lavoir en vélo, une dernière fois !? » Bruno et lui sourient : l’aîné, il sera le dernier à prendre son bain dans le tub. Sa mère, après un coup d’œil circulaire et l’approbation amusée du parterre, répond : « Vous êtes de retour dans une demi-heure ! »
Deux cents mètres de montée, on quitte le Doubs pour le Jura, on arrive au lavoir : Bruno et Louis ont la surprise d’être accueillis par une nuée d’hirondelles. Par milliers elles virevoltent étourdissantes, ou sont posées un peu partout dans le lavoir, sur les rebords des toitures, des portails, des volets, sur les fils électriques… Louis ébahi « Elles gazouillent si fort qu’on ne s’entend pas parler » Bruno « On dit elles trissent ! C’est la fin de l’été, on va assister à leur départ ; elles vont quitter la France pour passer l’hiver en Afrique où il fait plus chaud : un voyage de plusieurs milliers de kilomètres. » Louis : « Je voudrais bien être une hirondelle… » La nuée, comme un seul être prend son envol, en quelques secondes s’élève dans le ciel, jusqu’à se confondre avec les nuages épars de l’horizon.
De retour à la maison, Louis raconte l’évènement : la mère et la grand-mère lui posent quelques questions, le reste de la famille fait mine de s’intéresser.