Méridienne !

Le sommeil profond fait plonger dans le rêve : l’inconscient noueux sourd des fantasmes douloureux, sources d’analyses et d’interprétations en cascade : plaisir intellectuel sans fin, onanisme cérébral à la virtuosité enivrante. La rêverie de l’assoupi entraine un lâcher-prise : l’être social s’efface, son anxiété s’évanouit, un souffle libre jaillit dans les ailes fragiles du cerf-volant. Sans repentir, une digression s’immisce ; l’esprit dérouté bat la campagne à fleur de peau : laissée à son libre cours, l’imagination divague, brise fraiche dans l’ambiance surchauffée du quotidien.

Quelques lignes de « La poétique de la rêverie » de Bachelard sous les yeux, quelques réminiscences au cœur, j’embarque pour des îles au long cours. Méridienne allongée, le faune assoupi dérive au gré d’eaux songeuses … Centauresses brunes et blondes m’accompagnent sur la berge, lointaines, baignées dans les brumes irisées qu’exhalent la langueur fluviale. L’onde féminine m’enlève, irrationnelle, jusqu’à l’embouchure d’une immensité marine : l’enveloppe des mots devient sensations, les objets s’évanescent, une sublime chasteté sentimentale me berce, traversée aux très-fonds de la nature, subtilités oniriques au cœur d’une vie sans censure.

La rêverie ne sanctionne pas le rêveur : ni l’inconscient pesant et coupable, ni la rationalité des règles du présent ne le retiennent. Le rêveur de rêveries promène son androgénie originelle dans l’immensité de son monde intérieur, sans obligations sociales, à distance des ténèbres de ses fantasmes : déposé en marge de l’agitation humaine, il se fond dans sa rêverie, se dissout.

Les remparts masculins de l’ordre cèdent sous la pression féminine d’une mer sans lisières : abandonné à sa magie, je perds pied, succombe léger. Un reflet de lucidité subsiste à la proue de ma chaloupe ; je vogue vers une matrice déconstruite, dans un long silence à la musicalité envoutante. Un sentiment se substitue au reste de conscience suspendue dans l’éther : communion de l’origine et du futur, étincelle de vie, âme perdue. Rêverie antre de la poésie.