
Le prosélytisme est synonyme de zèle, assorti de la conviction totalitaire de celui qui apporte la bonne parole. Le sceptique y voit aveuglement, quel que soit religion ou philosophie, science ou technique. Les bonnes idées, le plus souvent passagères, trouvent leur place après confrontation avec d’autres dans une réalité mouvante.
Je préfère ceux qui, en retrait, n’ouvrent la porte de leur aide qu’à la demande, requièrent un préjugé favorable, une étude préalable, un effort ; ils refusent vulgarisation et propagande et sont taxés d’élitistes.
La laïcité républicaine se veut tolérante, une forme de réserve proche de la neutralité, difficile ; le refus de l’ostentation de signes d’appartenance à une croyance pose problème : une sensibilité ambiguë tolère la bure franciscaine, l’habit du clergyman et moins le voile musulman.
La religion catholique et son prosélytisme d’essence dès le deuxième siècle intègrent notre paysage ; le Pape actuel favorise le dialogue œcuménique, mais les évangélistes en font leurs choux gras. L’Islam est tolérant, reconnait les autres religions monothéistes, mais sans leader pour le rappeler. Les confrontations sont inévitables.
Les difficultés du XXIème ne se limitent à ce sujet moyenâgeux, ni à la guerre en Ukraine et à la misère dans le monde, qui accompagnent l’histoire de l’humanité : la planète se délite et nous vivons une tragédie. Prophètes bien intentionnés et autruches populistes ne manquent pas, mais leurs discours n’en embrassent pas la complexité.
Devant l’urgence de la crise planétaire la recherche d’une solution personnelle prend des allures criminelles : se charger de la misère du monde ne sert à rien, tenter de se sauver seul non plus. Le privilégié, libre de penser au non-sens de la vie, se voit obligé à réfléchir à une question qui le dépasse.
Pour embrasser la complexité du présent, une nouvelle approche passe, peut-être, par une déconstruction lucide de notre mode de penser : la remise en question apparentée au retour vers le vide est antagonique avec le présent épicurien, et les ressources du quidam.