
Je ne me souviens pas de notre première rencontre… Toujours bienveillante, elle échange sans mot dire, sibylline. Elle me quitte sans crier gare et revient sans se faire prier, réapparait à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, joue à cache-cache, jamais ne m’abandonne. La coquine se voile, pose à contre-jour, dérobe son orbe qu’elle ne révèle dans sa plénitude que rarement : j’en rêve !
On dit que la Lune est fille de la terre : entre nous quelques millions d’années, mais une aura de grande sœur, un air de famille. On dit aussi que la terre lui doit la Vie : notre intimité la revêt d’élans maternels.
Son frère doré m’éblouit, m’aveugle : sa générosité brillante m’offusque. Mais quand le blond solaire la croise, il n’en prend pas ombrage, superbe il s’incline, et lui fait une couronne brillante.
Elle n’a pas d’heure pour se lever ni se coucher ; nos rencontres sont des surprises, au coin d’un bois, dans un écrin de nuage, en équilibre sur l’arrête d’un mont, dans le souffle creux d’un val. Je la préfère gibbeuse, blême instigatrice à la courbure sensuelle. Sous le tropique du capricorne, où j’aime à la cueillir dans sa grandiosité naissante, la belle friponne me nargue, souriante.
J’ai zyeuté l’astre argenté sous toutes les latitudes pour mieux appréhender ses reliefs… Dans la tradition védique la lune est Soma ou Chandra puissance masculine, roi du monde. Dans la culture chinoise le symbole de la famille réunie. Animiste, à mi-chemin de l’univers islamique, je me rapproche du prophète inspiré : il fait un miracle et montre un sillon au centre du globe argenté. Il suffit d’un acte de foi auquel je me range : je crois à la légende de la lune fendue de Mahomet, une fois n’est pas coutume. Halte là, sans la foi vous ne la verrez pas.
Les poètes ont voyagé sur sa face cachée, dotée d’une chevelure volant en trainée : je préfère l’idée d’une toison plus courte, en cache sexe.
Ses lunaisons accusent un défaut majeur, constant : elle se range dans la catégorie « Sélène va avec tout le monde ». Possessif, sans la perdre de vue je préfère l‘inspiration d’une autre…