Brésil!(1)

Enfant, je collectionne les drapeaux : collage de vignettes probablement d’une marque de chocolat ou de lessive. Celui que je préfère, pour ses couleurs tropicales, a un losange couché, un trou enrubanné ; un rêve, un fantasme.

Je réside à l’étranger, passe des vacances en Europe, en Afrique du Nord…  

Dans les années 70, la copine Carioca d’un ami, me fait connaître le « Discophage » derrière le Panthéon : un club de musique brésilienne. Quelques musiciens et des enceintes acoustiques sur une courte estrade font entendre l’actualité de la Musica Popular Brasileira (les Variétés !). Des diapositives des plages de Salvador et Rio de Janeiro au hasard des murs, on danse sur les bandes son, et les artistes sont fêtés avec une ferveur verbale sans limite – On donne de la voix : chant, paroles, onomatopées, cris, rires et pleurs mélangés !-, doublée d’une pantomime rythmée, joyeuse, sensuelle ! Sans comprendre un mot de l’enthousiasme des brésiliens expatriés, l’inorganisation et les caïpirinhas calibrées ont raison de mon rationalisme cartésien : la joie de vivre et la décontraction sont incomparables.

La société pour laquelle je travaille, ouvre une filiale de ce côté-là de l’équateur :  je postule, et suis élu.

Interview

Pour la Rentrée, je me suis soumis à une interview du making-off de «La naissance de la vocation d’Antoine de Saint Exupéry*», auteur classique du siècle dernier, dont je vous raconte la jeunesse exubérante.

Si vous rencontrez des difficultés à regarder cette vidéo sur notre site, le lien vers YouTube :

*Disponible dans les meilleures librairies et sur le site de Riveneuve éditions.

« J’ai fait un rêve… »

Entre loup et chien, je divague… Les mots gênent mon appréhension du monde, le paravent à claire voix de la parole fait écran au réel que je veux embrasser. Mots indistincts s’amollissent, dégoulinent, s’évaporent, s’évanouissent, je glisse dans un voluptueux tourbillon qui s’entrouvre, les ondes d’une jouissance inconnue m’enlacent… Fulgurant langage explose, sa structure en biscuit se disperse dans une poussière sans retour, l’Innommable m’étreint, me suffoque, une pieuvre informe m’absorbe…Réveil en nage, je crie haletant : « Ah le temps ! »  

Fort de notre vocabulaire, nous avons conquis l’univers, et l’histoire de l’humanité ressemble à un succès. La caractéristique très performatrice de cette capacité à imaginer des concepts qui répondent à nos fantasmes, à produire quelques règles qui organise en partie notre monde, nous a transformé dans le phénomène vivant dominant. Les limites apparaissent : notre discernement enregistre une complexité tous les jours supérieure ; la capacité humaine à la prendre en compte est dépassée, submergée ! Pour les optimistes, l’intelligence artificielle cernera la vie de cet univers devenu insaisissable, elle organisera l’incompréhensible de l’évolution humaine et de ses conséquences : elle nous dirigera, inéluctable ! Quelques individus élus – Le commun des mortels ne saura plus comment !-, auront la responsabilité de conduire « Very Big Data », qui nous dispensera la bonne parole dans tous les domaines interconnectés : quelques millions d’algorithmes !

En tenaille (Dit-on !), un nouveau jour politique se lève à l’est, celui d’un empire au sourire sournois… Une illustration : le plus vieux jeu de stratégie du monde (Un peu moins de trois millénaires) est d’origine chinoise le « Wéiqi », plus connu en occident (depuis moins de deux siècles) comme « jeu de Go ». Les règles sont simples et les combinatoires infinies ; les adversaires s’affrontent dans une conquête de territoires, avec pierres noires et blanches sur un plateau préalablement marqué, quadrillé, à l’étendue limitée, c’est un jeu. Toutes les pierres ont la même valeur : le temps et les circonstances décident de leur importance, passagère.
Dans la réalité géopolitique, le nouvel adversaire, annoncé depuis quelques décennies, est ordonné ; la démocratie libérale occidentale – Et ses valeurs individualistes ! -, avance en ordre dispersé. Le soleil levant a su copier notre modèle et un champion, aux avantages certains, se dégage : la nation, qui étendra une influence prépondérante sur l’humanité, réunit 1 milliard 400 millions d’habitants et 2200 représentants dans un parti unique…
Mon droit à la parole a commencé à se réduire comme une peau de chagrin.
Mais je suis terriblement vieux jeu !