Le Brésil !? (4)

EXÚ”, sculpture de Mario Cravo Júnior © Instituto Mario Cravo Neto

L’enracinement subjectif au Brésil advient erratique et érogène : mon hyper activité se dissout dans une inobjectivité moite ; une torpeur invasive endort mes velléités, assourdit mes grincements, arrondit mes excès. Une sensation de limbes originels me borde, me choie, m’irrite. Ici les engagements s’égarent dans les contingences, les règles s’essoufflent, les tendances sont versatiles et le temps se distend : je me concentre. Une immatérielle réalité résistante à la vision apollinienne me disperse, me domine, je me condense. La vie s’élucide, pour procéder elle requiert un désir profond, trapu ; j’écris.

Sa sensualité polymorphe infiltre le rhizome de ma nature, mal dionysiaque ; dans la cour du candomblé je deviens fils de Exu, Saint Antoine dans le syncrétisme brésilien.

J’ai une relation paradoxale avec Paris : de retour, ravi je renoue avec l’ambiance familiale, les amis, mes habitudes. Les jours passent, une sorte de réquisition m’interdit le laisser-aller, la flânerie. Je revêts le costume du parisien inquiet, multiplie les impératifs, m’agite ; une exigence m’oblige, m’envoûte. J’arrive dans mon sixième avec un plaisir insaturé, je m’en vais libéré d’un encombrement oppressant.

Le Brésil !?(3)

Ici règne l’originelle structure ambivalente, mutante : une contestation molle infiltre l’apparat masculin, une séduction matriarcale insinue le patriarcal décor dominant, et son organisation technocratique. Anthropophage !

La joie palpable, épice d’une diététique de vie, affleure dans un humour premier, irrépréhensible ; le matriarcat cannibale consomme le messianisme occidental. De la comédie dramatique du quotidien surgit dérision et sourire, absolvants.

La haine de l’autre différent demeure, exécrable, ancrée dans l’histoire, non-sens affiché : la couleur de la peau de 80% de la population se partagent entre morena clara/brune claire, et morena escura/brune foncée. Dans le doute on dit parda/beige indéfini, de l’intercontinental pardal/moineau. Les 20% restants sont pretinhos, diminutif affectueux de preto/noir, ou branquelos diminutif railleur de branco/blanc. Le melting-pot racial a commencé avec les portugais et leurs esclaves africains ; puis les immigrants de toute l’Europe et du Proche-Orient, auxquels se sont joints des orientaux surtout japonais et coréens, sont aussi venus envahir les heureux autochtones. Escurinhos e branquelos aujourd’hui le sont souvent par un hasard de la génétique. Le racisme s’éternise absurde !  

Le Brésil!?(2)

3 séjours, 30 ans de Brésil ; c’est peu pour en comprendre la diversité, c’est mieux qu’un touriste assidu. Le coup de foudre passé, j’appréhende l’exagération subversive. Au sud de l’équateur, l’européen sied “cul-par-dessus-tête” : renaissance inconvenante.

Les identitaires me contrediront, mais le flâneur planétaire, expatrié volontaire, y trouve une terre de mélange, de contraste et d’intégration, « xénophile ». Ces filles et ses fils, tous différents (Différences souvent insupportables !), ont amendé la culture judéo-chrétienne de traditions animistes indigènes et africaines. Une illustration symbolique : Antonio Vieira, jésuite du XVIIème siècle, compare la culture portugaise à celle des amérindiens : la première une statue de marbre blanc supporte les attaques du temps, la seconde est de myrte un bois facile – dans ma traduction approximative -, « si le jardinier ne s’en préoccupe, en quatre jours sort une branche qui lui traverse les yeux, une autre lui décompose les oreilles, deux sortent des cinq doigts et en font sept, et ce qui avant était un homme, est déjà un désordre vert de myrte ».

Les concepts changent, la réalité inestimable de la vie dépasse les idées, la nature corrompt les symboles…