Pedro Nehring

D’heureuses contingences me l’ont fait rencontrer : il venait sur mon terrain inculte créer, entre semi-aride et tropical, un jardin : préserver la nature, l’agrémenter pour gratifier l’habitant d’un paysage de verdure fleurie. Sans nous être mis d’accord sur un dessin, nous avons échangé sur la vie, la nôtre : affinité à première vue. La franchise bonhomme de Pedro déconcerte, captive ; il me dit « non » en souriant, et mon idée paraît un enfantillage ; il écoute empathique, l’œil brillant, l’énoncé de mon rêve éveillé, pour à son tour me proposer un voyage qui me laisse éberlué. J’oublie les tenants et les aboutissants de ma divagation, happée par la sienne : il m’a écouté et sa solution est fantastique.

Sur le terrain à l’heure de définir/dessiner les îles, les taches, les bouquets, de vérifier les perspectives, de mettre en valeur, d’imaginer l’évolution, il se concentre silencieux ; maugrée un ordre, change d’avis, demande au jardinier toute son attention : pas de logique, pas de ligne droite, pas de courbe régulière, la vie a besoin de procéder, les plantes de se sentir libres. L’intuition, la sienne, qu’il essaye de communiquer, est le début et la fin de sa démarche ; un paysagisme féminin déborde les règles qu’il n’a apprises : héritage de son père et du savoir d’années au grand-air. Il disait « Il faut connaître la forêt primaire pour faire du paysagisme ». Ce regard sur la vie le guide, émerveille. Sa générosité originale captive par sa sincère élégance.

Le musée d’Art Contemporain d’Inhotim (700 œuvres de 60 artistes et de 40 nationalités différentes) baigne dans un jardin de 140 hectares ; Pedro est le principal idéalisateur et réalisateur de ce parc : écrin du plus grand musée à ciel ouvert du Brésil. Son dernier travail « Jardim Sombra e Agua Fresca » de 32000m2 est le résultat d’un processus créatif de 10 ans. Salué nationalement et internationalement, j’ai eu la chance de le connaître.

Nous convenions à chaque rencontre, écourtée, d’ouvrir une bouteille de Château Neuf du Pape que je garde pour la prochaine fois… A mon bureau, je me réjouis du paysage de mon jardin inachevé, une pensée émue pour son créateur.