Ney Matogrosso

Inclassable et fidèle à lui-même, il est un des interprètes les plus salués du Brésil : ces 50 dernières années il chante la meilleure musique populaire brésilienne et latino composée depuis un siècle. Avec d’excellents musiciens il produit un « cabaret », léger et touchant, écrin coloré d’un précieux frénétique.

Né à Bela-Vista (4000 habitants en 1941) dans le Mato Grosso do Sul à la frontière avec le Paraguay, le fils unique d’un sergent de l’armée de terre et d’une maitresse de maison a une jeunesse de solitude et de voyage. Adolescent il chante dans les bars. A dix-huit ans il se déclare homosexuel et passe par l’armée de l’air ; première aventure amoureuse. Jusqu’à l’âge de trente ans sans abandonner les planches, il mène une vie de hippie entre Brasilia, Sao Paulo e Rio de Janeiro, embrasse des professions variées, de laborantin d’anatomie pathologique à danseur étoile d’un show de nouvelles « fantastiques », révélateur ! En 1973, il commence sa carrière, chanteur du groupe « Secos & Molhados » : il bat des records de ventes de disque. Contre-ténor hors norme, il se matérialise dans un corps d’homme liane couvert de paillettes à la langueur nerveuse, un homme au déhanché féminin au vrai-semblant androgyne. Libre d’interprétation, il précède l’univers classificateur LGBTQIA’s. En pleine dictature il impose l’érotisme de son interprétation, un humanisme libertaire. Sa voix de castra et la sensualité de sa gestuelle perturbent les machos de la république militaire qui l’obligent à quelques séjours à l’ombre.

Dans une interview récente le « quasi animal » raconte: « J’étais une chose tellement ambiguë, tellement de tous les côtés, que je pouvais être un insecte, un serpent, un oiseau, quelque chose. C’était ce grain d’ouverture que je proposais.» rétrospectivement. Et « Que chacun pense avec sa tête » « Je ne suis pas militant et jamais je ne le serai » « Il n’y pas de délicatesse dans l’histoire. Sans snobisme, ça ne m’intéresse pas.» Rien ne l’arrête à 80 ans (le 01/08) il lance un nouveau disque « Nu com minha Musica ».

Un citoyen emblématique ! 

E. M.

Sans confusion possible, Edgar Nahoum a cent ans le 8 juillet ; je n’ai pas lu la majeure partie de son œuvre. Souvent un de ses livres reste sur ma table de chevet ; je m’instruis en lecteur avide, mal préparé, comme on déguste un alcool fort. Sa perspicacité, qui ne rentre dans aucune classification traditionnelle – philosophie, sociologie, épistémologie etc. -, soulève des polémiques fondamentales, et propose l’étude de solutions aux concepts paradoxaux venus des multiples domaines de la connaissance, passée et actuelle, sans repousser la complexité et la précarité du travail.

A l’opposée des tautologies, ségrégationnistes et réactionnaires de toutes les latitudes, tel un phare de haute mer il jette, contre vents et marées, un regard éthique pour faire de l’appréhension de l’univers, un devoir face à l’étendue et à l’adversité de la Vie ; prendre le risque de vivre en conscience planétaire pour conjuguer politique et civilisation.

Parfois rencontré à la table d’un bar restaurant ou à une conférence, il affronte souriant les contrariétés du quotidien, et écoute l’exposé des problèmes des fondamentaux de l’humain anthropologique, économique, sociologique, scientifique, politique : il accepte la confrontation nécessaire à « la pensée complexe ». Prêt à découvrir un nouvel éclairage, il s’enrichit d’une ouverture généreuse, et sourit gris à ses détracteurs qui pervertissent ses élaborations et aux récupérateurs de sa notoriété à des fins impropres. Il a pris le parti d’abandonner le parti pris, une distance clairvoyante née de sa fondamentale curiosité : il monte sa propre construction et n’appartient à aucune école.

Le petit homme solaire, incroyant fervent qui fricote avec le bouddhisme, tombe amoureux à presque 90 ans ; en 2013, il écrit avec sa nouvelle compagne « L’homme est faible devant la femme » où il confesse son besoin d’aimer et d’être aimé ; en 2020 en pleine pandémie il publie sans hésiter « Changeons de voie ».

Docteur honoris causa quarante fois, simplement par ce qu’il accepte sans discrimination toutes les offres, dit-il « On n’est pas sérieux quand on a cent ans » : Edgar Morin

Covid-19/ Temps (2)

un temps pour tout

Le nouveau temps du confinement installe un nouvel espace majeur, le monde virtuel. Si l’abstraction a commencé avec le langage et les peintures rupestres il y a plus de 40 000 ans, le Covid-19 accélère l’avènement de la virtualité, la croissance de son champ est exponentielle.

Habitués au spectacle planétaire du petit écran, nous devenons acteurs permanents par la force des choses : nécessité du travail « home office », palliatif aux relations affectives à risque, opportunités mises à disposition des centres culturels, visites et spectacles en tout genre…

La présence corporelle d’un autre et le partage physique des espaces sociaux sont occasionnels, rares ; un nouveau rituel perturbateur distancie, gêne la convivialité, frappe d’un sceau de frustration la rencontre.

La surréalité escamote espace et temporalité ; une ubiquité temporelle et spatiale devient notre quotidien : attraction inconsistante, biais viciant. Dans une apesanteur au carré le corps flotte, les sens suspendus à une autre réalité.

L’absence physique de l’affection d’un autre me terrasse dans le fond d’une demi conscience : accès d’hébéphrénie, je me réduis, me suffis, m’autarcie, m’absente ! Mon corps se perd dans un semblant de semblant, miroirs en face à face : trou sans bord, mon moi se dissout, s’évapore…  

Besoin impérieux d’actualiser le désordre de mes sens ! J’éteins mon ordinateur et marche accompagné :