Jefferson Machado Pinto 24/05/1948 – 02/04/2022

Je ne connais Jefinho que depuis 36 ans…

Au début notre rapprochement tient à une réciprocité : il aime que j’aime sa terre maternelle, et vice versa, j’aime qu’il aime la mienne. Un élan redoublé d’intensité de ma part, par la nécessité d’appréhender l’immensité du Brésil, où j’arrive pour y vivre.

Dans notre histoire d’amitié, les explications raisonnables n’ont pas de sens. Nos faiblesses et nos failles, que nous nous confessons, sont l’objet de plaisanteries, de commentaires de bistro, au pas alerte de nos balades.

Les méandres de nos vies conjugales sont retournés comme un gant : pour nous, à la classification de mâle hétérosexuel traditionnel (Dinosaures nés au milieu du siècle passé), la confrontation avec le sexe opposé est une surprise permanente : une merveille, parfois, et un coup de pied dans …au foi, aussi. Pour nous sans alternative !

Attentifs et préoccupés de nos enfants livrés au monde – chacun à la poursuite de sa route – nous commentons la frustration de nos vacillements à transmettre, de notre mince expérience, quelque chose que nous aimerions… Paternalisme archaïque 

Les amis s’éloignent, les projets s’évanouissent… Le temps nous manque !

Les points de vue autorisés de l’actualité se multiplient, et nous offrent la complexité de la lecture d’un caléidoscope : un monde nouveau aux nombreux motifs de préoccupation, dans lequel nous cherchons la lumière d’espoir d’une bougie… Incurables optimistes !

L’informalité de nos rencontres cachent un amour fraternel simple et chaleureux : nous partageons le même regard, au sourire vert, sur la vie. Une plaisanterie – leitmotiv de nos conversations -, la résume : « la vie est une merde, mais elle est belle ! »     

Pour conclure, aujourd’hui, à mes yeux la caractéristique, qualité humaine majeure, de Jefinho, discrète comme lui, – Passée de mode, d’autant plus rare ! –, est la dignité de l’homme.  Rien de superbe, mais celle nommée par Albert Camus : « …la seule dignité de l’homme : la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile. »

Merci Jefinho.

Soins palliatifs.


Mescon , RE:Union – A story of cancer in the family

Un bienfait n’est pas sans effets pervers. Les progrès de la médecine confèrent à leurs représentants un ascendant impérieux sur leurs congénères devenus objets de leur Science. Certains Docteurs emprunts d’un savoir-faire avec la vie, traitent la maladie en suivant les impératifs de la cure, en oublient l’être humain, son environnement et le respect de sa volonté.

Cruel !

Le sujet dans son unicité doit choisir les conditions de son futur, plus encore dans son ultime tour de piste. Le devoir du médecin est d’être à l’écoute de sa quête, à minima en deux temps : le moment du refus définitif de la lutte à tout prix pour survivre, accompagné d’un soulagement ; puis l’angoisse devant le saut attendu dans le vide de l’éternité, celui du repos définitif. Sans l’impossible pleine connaissance, cette décision est l’ultime geste d’amour de soi, de la vie : liberté et dignité humaine.

Autre aspect affligeant, celui des êtres chers à qui on refuse la possibilité de démontrer leur affection au proche au moment de l’Adieu : dernier bienfait humain que la main posée sur le bras, la caresse sur le visage, le baiser sur le front, la parole heureuse, la présence… Le corps du malade sent la vibration amie, le souffle de la vie l’anime, nostalgique… Or le règlement et le protocole élèvent parfois un vulgaire interdit, ou une grossière limitation d’horaire. Sans savoir l’heure du pas vers la glaciale éternité, le parent, l’ami, dans sa définitive singularité a soif de donner la chaleur de sa fragile proximité. L’ultime élan vers l’animal foudroyé par la vie, a son sens – avec sa part d’égoïsme -, quelqu’en soit la précarité. Une évidence humaine où la science peut ne pas trouver sa place.

La dignité humaine et la reconnaissance du libre choix des individus sont les limites du serment d’Hippocrate : l’assistance désirée au dernier souffle de vie n’est pas la mort provoquée, mais protection de l’intégrité et de la dignité de l’homme, in fine.

Les professionnels et le système de santé dont l’objectif est le mieux vivre de l’être humain ne peuvent refuser, dans l’extrême douleur, cette simple fraternité.

Femme.

[Ruthenian woman.]

Femmes et hommes sont tous différents, une généralisation paraît incongrue. Mais amant et compagnon de vie, père et ami je veux célébrer la forme la plus évidente de la féminité, la FEMME.

Les minorités luttent pour être entendues et reconnues ; que dire du sexe féminin qui représente plus de 50% de notre communauté – comme les plus pauvres où il est surreprésenté – et qui continue souvent méprisé. Cette majorité, avec le féminin, revendique une forme de perméabilité, une écoute que trop de représentants du sexe masculin ne possèdent.

Le don de vie transforme le rapport au monde : Deusa ex machina, sa sensibilité domine son approche de la vie, temporise la logique intellectuelle et calculatrice du masculin. Le mâle assène à son territoire la marque de la violence de son spectre phallique dans une lutte marquée par le fantasme de la mort ; la femme depuis l’origine des temps est marquée par cet événement de corps qu’est la mise au monde d’une vie nouvelle. Par elle, elle se perpétue intrinsèquement, elle existe dans le temps, tangentielle à la courbe de l’infini, et génère son double indissoluble le trépas. Elle vit ce paradoxe cruel, donner la vie et sa face cachée la mort.

Le masculinisme tranchant du glaive viril affecte moins les hommes qui s’en revendiquent. Après la déroute de l’humanisme des lumières, de l’expérience du communisme, du fascisme et avec celle annoncée du libéralisme, on peut affirmer que la complexité de la vie nous échappe encore. Son appréhension est inaccessible à la logique simplificatrice, au binaire du système machiste. La pensée complexe reste une idée difficile à appliquer : l’ambiguïté du vécu paradoxal féminin devrait aider.

Avec l’ethnocentrisme millénaire hérité de notre capacité à subjuguer les autres vivants, dont nos congénères, le sexe fort règne sans complexe. A regarder aujourd’hui les résultats à la surface du globe, les limites ont été dépassées. Au XXIème siècle des hommes persistent à considérer la domination de l’humanité par le sexe masculin avec naturalité, faisant prévaloir la force violente.

 « Marche ou crève » ! Nous marchons sur la tête.