Couple.


Sans titre. Thereza Portes (2018)

Le dictionnaire : couple désigne deux quelques choses, synonyme de paire, jusqu’en mathématique, mais aussi le lien entre ces deux, ou plus : ils font couple.  En architecture navale ce sont les différents éléments de la membrure. En mécanique il nomme deux forces qui travaillent en sens contraire. Pour les êtres humains, couple est souvent équivalent de ménage, aux qualificatifs variés.

La relation sexuelle n’existe pas ; le couple humain est, mix d’élan, de réflexion, de culture. L’idée judéo-chrétienne de couple est en perte de sens ; femmes et hommes, aux traditions multiples, privilégient la relation à deux, avec une tendance à la dispersion : on fait couple, passagèrement, diversement.

La passion s’apparente à faire couple : l’état de fusion des partenaires bouleversés la laisse rarement perdurer. Elle se retourne contre les parties, la déception engendre la haine : la saison est courte, le prix élevé. Expérience essentielle, peut-être souhaitable, mais pas nécessaire.

Faire couple est aussi cédé aux mœurs de la société. Ce conformisme a longtemps présidé au rapprochement : plus lourd à supporter que les contingences actuelles ? Il était basé sur un patriarcat redoutable aux dérives évidentes, dont on trouve des reliefs de nos jours.    

Les couples sont aussi variés que les individus qui en tissent le lien : certains devenus littérature sont des paradigmes. L’être humain adore les histoires, une narrative : un modèle pour un moindre isolement au soulagement passager. Pas de méthode, chacun trace son chaotique chemin entre les pierres, mélange d’intelligence, d’intuition et d’optimisme. Le vieux sage oriental dit « une seule chose est certaine, à une mesure de riz, deux d’eau. »

L’esprit aiguisé génère une incertitude envoutante, solitude palpable ; de guerre lasse, deux corps syntonisés blottis l’un contre l’autre, créent une rencontre douillette, ensorcelante. Au cœur de l’étrangeté de la vie, au sein du couple une lueur de chaleur s’éternise à l’heure où la lumière baisse. Comme l’amour, avec délices et orgues, il demande une attention intense et délicate, sans garantie.

Jane Birkin (1946 -2023)

Adolescent au collège marianiste Stanislas de Paris en 1969, je sifflotais provocateur « Je t’aime moi non plus » et « 69 » : j’ai été viré. Jane Birkin et son accent londonien, et Serge Gainsbourg, hantaient le quartier latin et les premières de couv’ : anticonformisme affiché, humour et sexe.

La famille d’ascendance noble, est aussi celle du philosophe Bertrand Russel ; elle est la fille de l’actrice Judy Campbell et d’un commandant de la Royale Navy. Son actrice préférée est Marilyn Monroe. Actrice en Angleterre, elle fait scandale dans « Blow up » (67) d’Antonioni. A Paris, elle rencontre Serge Gainsbourg : coup de foudre et début d’une histoire privée houleuse, et publique à succès. En 73 retour au cinéma : « Don Juan » (Lesbianisme) de Vadim et « Je t’aime moi non plus » (Sodomie) de Serge G.

Blonde longiligne à la voix d’enfant malingre, la nymphe fleur est une indépendante tendance anar, à égalité avec Serge. Entre 75 et 85, elle joue dans des comédies populaires : Zidi, Boisrond, Audiard. En 80 le couple se défait : relation violente. De 80 à 92, compagne du réalisateur Jacques Doillon, elle poursuit dans le cinéma d’auteur : Deville, Doillon, Rivette, Varda, Godard. Plus tard avec Resnais, Ivory, Tavernier, Wargnier, Hänsel, et encore Litvack, Corsini. A partir de 85 elle fait du théâtre avec Chéreau, Balasko : elle travaille avec Dux, Piccoli, Lhermitte, Arditi, joue Sophocle, Euripide, Shakespeare ; en 87 elle est seule sur scène au Bataclan.

En 91 son père et Serge décèdent. Elle reprend son répertoire en France et à l’étranger, imprime deux albums, collabore avec Brigitte Fontaine, Michel Delpech et  Brian Molko, Paolo Conte, Caetano Veloso.

Vedette décalée, les marques et les supports la recherchent. Engagée politique, dès 70 elle manifeste contre la peine de mort et pour l’avortement, soutient « Médecins du monde », les « Sans papier », la cause « LGBTQ + », s’affiche contre l’Extrême droite ; en 2018 signe « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » contre le réchauffement climatique.

Anglaise de naissance, française de cœur elle est décédée le 16/07 à Paris.

Rita Lee (12/47 – 05/23)

Une mère italienne Romilda Padula, un père nord-américain Charles Fenley Jones, Rita Lee Jones est née à Sao Paulo. Élève au lycée franco-brésilien Pasteur, elle apprend avec le portugais et le français, l’espagnol, après l’italien et l’anglais.

Dès 63 elle fait partie de groupes amateurs. Ses références sont Elvis Presley, les Beatles et les Rolling Stones… Cauby Peixoto, Joao Gilberto, Carmen Miranda… En 66 avec « Os mutantes », elle chante et joue d’instruments variés, devient une référence.

En 73, rejetée par les autres « Mutantes », elle poursuit Folk-Rock, « Rita Lee & Tutti Frutti ». Avec Raul Seixas, Paulo Coelho, et le musicien Roberto de Carvalho son second mari, son style « Rock Brésilien » s’impose : ironie et érotisme suggéré, subversion et féminisme, ce qui lui vaut maille à partir avec la dictature militaire (64/85).

En 79, sous l’influence de Roberto elle évolue vers le Disco e la Pop : nombreux shows, télévision et disques Super Pop. Sa célébrité dépasse le Brésil ; le futur Charles III du Royaume Uni la déclare sa chanteuse favorite.

En 91 Rita Lee, professionnellement, se sépare de Roberto C. pour revenir au Rock’n’roll ; le partenariat sur scène reprend en 95. Rita enregistre avec Kassia Eller, Caetano Veloso, Milton Nascimento, Zelia Duncan … presse un CD de relecture des Beatles, mélange Bossa Nova et Forro, parcourt les Amérique.

A partir de 2012 elle ralentit. Sa célébrité est telle qu’en 2014 elle assiste au Musical « Rita Lee habite à côté », du livre biographique homonyme. Elle se retire en 2021.

Tiré de son autobiographie : « Morte, je peux imaginer les gentilles paroles de ceux qui me détestent, quelques radios diffuseront mes musiques sans frais. Des fans, ceux-là sincères, se saisiront de mes disques et entonneront « Ovelha Negra » (Brebis Noire), les télés doivent déjà avoir dans la manche un résumé de ma trajectoire. Sur les réseaux, quelques-uns diront : « Mais je pensais que la vieille était déjà morte rsrsrs ».

Chanteuse irrévérente et populaire, proche au point d’avoir un air de famille, référence de 60 ans de vie culturelle, Rita Lee nous a tiré sa révérence.