14/03/25

Cher Ami,

Détournement, la langue française à la musicalité modale, réserve à la lettre « q » de l’alphabet un énoncé associé à la voyelle « u » ; élevé à la majuscule elle résonne comme une provocation : fantasme ! L’exception laisse penser qu’un gaulois badina, inconsciemment, au sein de l’alphabet : la prononciation du mot cul, du plus beau au plus faux, se fait avec l’élision du « l », finalisant la parité avec la lettre « q » et l’éminent « Q » capital.

De surcroît le « Q » majuscule a un graphisme canaille ; dans l’alphabet très organisé des lettres majeures il pose désaligné, laissant apparaitre à sa base un appendice, lanceur d’égarement. A l’unijambiste « q » minuscule sied le masculin ; le court arrondi et le membre unique du bas de casse induit une forme virile. Alors que la capitale «Q », loin de la virago, avec sa surpondération arrondie et sa gracieuse signature en virgule, affiche une féminité étourdissante. L’amateur de féminin voit son imagination frivole s’envoler avec la symbolique lettrée dans un court-métrage profane.

La superposition de l’esthétique de sa majesté le « Q » décorée d’une cédille décentrée et de la sonorité pimentée des trois lettres associées, pousse à la fusion imaginaire : objectivation surnaturelle.    

Seule lettre cupide de notre alphabet, cet éloquent raccourci au graphisme et à la sonorité libidinale mérite l’exception. La majorité des autres lettres est trop saillante ; le « O » est à la fois parfait et banal ; les dodus « B, D, P » et « R » font sourire, quant au « C » et au « G » on les croit mal finis. Seul le « S » du serpent mériterait un arrêt sur image !

Je rêve de porter ma divagation aux portes de l’Académie, raviver le vert du vieil habit. Je propose d’inclure une exception, le français est coutumier du fait : le « q » minuscule continuerait masculin, alors que, la « Q » majuscule en reconnaissance de sa connotation féminine stimulerait l’équivoque. L’équivalence des genres, entre minuscule et majuscule, copierait la nature. Notre époque est ouverte au changement de genre, et tolère le désordre dans le trouble de la sexualité. La « Q » partagée sous la coupole inscrirait dans l’histoire une symbolique évolution du langage.

13/09/24,

Cher Ami,

“ O anel” ( “ L’anneau ») de Antônio Grillo au Parc Municipal de Belo Horizonte ( MG Brésil)


Si le Beau n’existe plus, la poésie s’éternise : enchantement enfantin qui saisit, présente dans l’histoire humaine depuis plus de trois mille ans, délectation aérienne ! Le mot est d’origine littéraire, il vient de poète : l’artisan qui dans une séquence de mots suggère des images, des impressions qui ravissent. Puis la poésie est associée à la musique avec le chant, et envahit d’autres domaines d’expression, aujourd’hui artistiques.

Elle est une rémission pour l’individu devant l’absurde, avoué ou non, de la vie : petit bonheur absolu et passager, elle est une trouvaille de l’être humain, un instantané faux-fuyant à son destin. Indépendant de tout et de tous, seul ou accompagné, l’esprit et les sens attentifs aux détails de son environnement, cueillent le furtif sortilège, le candide détail : feu follet de la conscience du spectateur, et de l’interprète.

La poésie n’est pas dans l’objet mais le fait du récepteur, « Le cœur seul est poète » André Chénier. L’aptitude à cette joie vient de l’enseignement ou d’un guide. Notre capacité à appréhender cette réjouissance solitaire, tient à l’ouverture au mystère ensorcelant de la vie, soustraite de sa routine : déceler au détour du chemin la faille, l’aspérité délectable.

 On reconnait le charme de la poésie, sans réalité tangible, dans un mouvement, une lumière, une forme, une odeur, un son, une saveur, un toucher, un spectacle. Elle contrebalance l’absence d’énoncé d’une solution aux problèmes de la vie, à l’inexistence palpable du « Je », présents dans notre conscience.

 L’expression artistique, avant de devenir tribune de contestation engagée en reflet de mouvement politique et social, tendait à découvrir une réalité enchanteresse, à créer une illusion, à l’avant-garde et en écho de son époque.

A sa recherche, son inutilité est un indice qui m’attache au fait inusité, à l’événement disconnexe. Un autre est sa subtilité qui me laisse penseur, rêveur, sans exclure la simplicité. Un autre encore, est une sorte de décalage avec le moment, l’entour : un effet-surprise, une odeur de rébellion, un trait qui déjoue le commun et fait croire à une renaissance, à l’original.

Mes meilleurs vœux pour 2024 ! Os meus melhores votos para 2024!

Embrasser la vie, c’est choisir de gravir la montagne, indéfiniment. Le masochisme apparent est espoir : l’effort aiguise la conscience, diminue les risques d’accident. Les deux tiers des accidents de montagne ont lieu à la descente. Et la saveur solitaire de la victoire !? Je te souhaite le goût de l’effort.

Abraçar a vida é escolher escalar a montanha, indefinidamente. O masoquisma aparente é esperança: o esforço aguça a consciência, reduz o risco de acidente. Dois terços dos acidentes de montanha acontecem na descida. E o sabor solitário da vitória!? Te desejo o gosto do esforço.

Être attentif à soi pour une vie saine est un égoïsme positif. Les avions qui offrent un risque de vie, informent : en cas de dépressurisation, passer le masque à oxygène sur soi, d’abord, pour pouvoir aider le(s) proche(s). Avec Baruch Spinoza, qui terminait ses lettres en latin à un ami très proche, je prône : « Prends soin de toi ! ».

Cuidar de si para uma vida saudável é egoísmo positivo ! Os aviões que oferecem risco de vida informam : em caso de despressurização, colocar a máscara de oxigénio em si mesmo, primeiro, para poder ajudar o(s) próximo(s). Com Baruch Spinoza, que terminava suas cartas em latim a um amigo muito próximo, recomendo : « Cuida de ti ».