30 Octobre 2022

Dimanche dernier le Brésil a entériné la défaite du président d’extrême droite Bolsonaro, malgré ses tentatives frustrées de manipulation ; Trump est son modèle, Putin et Orban ses alliés. Les institutions ont fonctionné et l’ex-président Lula a été élu (51% des votes), la démocratie s’en est trouvée confirmer. Avant que Lula n’assume le 01/01/2023, Bozo va contester le résultat ; les conditions d’un coup d’état ne semblent pas réunies. Si les forces armées sont particulièrement discrètes, des supporters de Bozo, chauffeurs de camion, bloquent les routes : ultime tentative de semer le désordre ?! L’élection de Lula n’a pas été reconnu par son adversaire, créant une instabilité sur les marchés financiers, les gouverneurs d’état, ex-Bozo-alignés, l’ont déjà fait : l’histoire n’est pas écrite.  

Lula a la responsabilité de remettre sur les rails un pays divisé, précarisé, dans un cadre international instable : économie fragilisée par l’inflation, guerre en Ukraine, crise aux USA, Europe problématique, régime chinois autoritaire à la prépondérance croissante. Lula n’ignore pas que la population conservatrice (50%) est intolérante aux nouvelles mœurs, à l’avortement etc. Pour s’allier la droite non-bolsonariste le progressiste Lula est déjà à l’œuvre ; son vice-président est l’ex rival de la droite modérée Alckmin. La réputation de Lula  (85% d’approbation à la fin du second mandat) aidera à trouver une composition économique : injection d’argent pour lutter contre la précarité et la faim, et mesures libérales pour attirer investisseurs nationaux et internationaux. Son programme est méconnu, mais sa volonté affichée de s’entourer des meilleures compétences pour chaque ministère (dont l’économie) rassure. Exemple caractéristique, à l’annonce de l’élection de Lula, la Norvège a spontanément informé le retour d’une subvention (Suspendue) de 2 milliards d’Euro pour aider l’Amazonie.

L’image populiste de gauche de Lula devrait rapidement créer un climat social favorable, et sa « Realpolitik » tropical donner une nouvelle aura et une dynamique durable au Brésil. Merde à lui !   

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Simone de Beauvoir – Annie Ernaux

La voix des femmes n’est pas dominante : notre phallo(go)-centrisme culturel, individuel et institutionnel la relègue. Les Françaises dénoncent cet état de fait ; Simone de Beauvoir au siècle dernier s’est faite entendre. Après que J-P Sartre, « son amour nécessaire », ait refusé le prix Nobel de littérature, l’Académie Suédoise n’a pas pris le risque de la nommer. Le camouflet a été une anti-consécration brillante ; les deux philosophes parisiens cultivaient indépendance intellectuelle et autopromotion.

Le prix Nobel de littérature 2022 salue une autre référence féministe : Annie Ernaux. Comme le « Castor » elle est femme de gauche et se manifeste seule et avec d’autres. D’origine modeste, née en 1940 en province, elle est une littéraire indépendante. Discrète, souvent ignorée (Prix Renaudot 1984) elle n’est reconnue qu’au 21ème siècle. Elle dit pudiquement « je suis traversée par les autres comme une putain », « une (femme) au milieu des autres », « j’écris avec mon corps », « écrire est une action » ou encore « écrire c’est allé jusqu’au bout de ce qu’on vit ». Elle parle comme elle écrit, simplement, comme une lame d’obsidienne. Son écriture contextualise l’intime, lui donne une dimension sociologique. Référence pour bon nombre d’auteurs actuels, ses œuvres sont aussi portées à l’écran. Modeste elle transforme la reconnaissance très officielle en responsabilité, celle « de l’engagement de l’écriture : dire le monde n’est pas neutre » , « Changer avec les mots : des mots non romancisés, des mots factuels, sans jugement » « pour comprendre les injustices ».

Écrivaine du 20ème et du 21ème siècle, Annie Ernaux, a été couronnée, sur le tard ; c’est le cas, souvent, des nobelisés. Libre penseuse, proche dans sa démarche d’Albert Camus, elle dit sa solidarité avec les femmes d’Iran et toutes les autres.

En 2018, un ressortissant français influent de l’Académie Suédoise est condamné pour agressions sexuelles ; le Nobel de littérature ne sera pas délivré : « Le nouveau prix de littérature de l’Académie » concurrent circonstanciel consacre Maryse Condé, écrivaine guadeloupéenne postcoloniale et féministe…

https://youtu.be/anLncnsm-nk

A mon ami Chris.

La peur, signal d’alerte devant le risque, est nécessaire à la survie pour l’ensemble du règne animal : une émotion qui cogne. Un mot qui frappe et se déploie en sentiments marquants.

Mon premier sentiment de peur, je crois l’associer à la présence de mon père, immense étranger ; il a, pendant toute mon enfance, été une force supérieure autoritaire et protectrice, aussi accueillant et confortable qu’un banc d’école. Il se faisait un devoir d’être d’abord un éducateur, préparateur à la vie par un dressage physique, intellectuel et moral.  Ma crainte se doublait d’un sentiment de sécurité, spartiate : préparation exigeante pour une lutte victorieuse.    

Caricatures : je me range dans la catégorie « incurable optimiste ». J’imagine que demain sera meilleur : je pense que mes enfants et petits-enfants peuvent vivre mieux que nous, comme nous vivons mieux que les générations précédentes. Leur héritage était lourd, le nôtre ne l’est pas moins. L’humanité a avancé, mais de nouvelles contraintes viennent complexifier l’avenir. Cher ami « Incurable pessimiste » tu t’attends au pire : sans la garantie du succès des changements nécessaires, et des pertes conséquentes, tu te réfugies dans un passé idéalisé. Tu anticipes l’échec de la déconstruction de l’actuel modèle libéral et consumériste, et d’une reconstruction différente plus respectueuse de l’environnement. Ni perdu, ni gagné d’avance, je veux partager avec mes proches l’aventure possible d’un avenir meilleur : le sens de l’histoire.

Si je comprends ta position, ce qui m’attriste, cher ami, ce sont les conséquences : ton angoisse devant le futur et l’impossibilité à parier sur une amélioration, te portent à croire aux solutions du passé et à leurs idées réactionnaires, et ségrégatives. Il n’y a pas de retour possible vers le passé, qui n’a rien de rose. 1968 a questionné un système, une culture… Est venu le temps de questionner notre mode de vie, l’existence de l’être humain sur la planète : penser différent, le problème est de nos enfants. Sans me décharger sur eux de ce fardeau, je ne me reconnais pas compétent : les ans m’ont moulé, j’en ai épousé les contours…