La peur, signal d’alerte devant le risque, est nécessaire à la survie pour l’ensemble du règne animal : une émotion qui cogne. Un mot qui frappe et se déploie en sentiments marquants.
Mon premier sentiment de peur, je crois l’associer à la présence de mon père, immense étranger ; il a, pendant toute mon enfance, été une force supérieure autoritaire et protectrice, aussi accueillant et confortable qu’un banc d’école. Il se faisait un devoir d’être d’abord un éducateur, préparateur à la vie par un dressage physique, intellectuel et moral. Ma crainte se doublait d’un sentiment de sécurité, spartiate : préparation exigeante pour une lutte victorieuse.
Caricatures : je me range dans la catégorie « incurable optimiste ». J’imagine que demain sera meilleur : je pense que mes enfants et petits-enfants peuvent vivre mieux que nous, comme nous vivons mieux que les générations précédentes. Leur héritage était lourd, le nôtre ne l’est pas moins. L’humanité a avancé, mais de nouvelles contraintes viennent complexifier l’avenir. Cher ami « Incurable pessimiste » tu t’attends au pire : sans la garantie du succès des changements nécessaires, et des pertes conséquentes, tu te réfugies dans un passé idéalisé. Tu anticipes l’échec de la déconstruction de l’actuel modèle libéral et consumériste, et d’une reconstruction différente plus respectueuse de l’environnement. Ni perdu, ni gagné d’avance, je veux partager avec mes proches l’aventure possible d’un avenir meilleur : le sens de l’histoire.
Si je comprends ta position, ce qui m’attriste, cher ami, ce sont les conséquences : ton angoisse devant le futur et l’impossibilité à parier sur une amélioration, te portent à croire aux solutions du passé et à leurs idées réactionnaires, et ségrégatives. Il n’y a pas de retour possible vers le passé, qui n’a rien de rose. 1968 a questionné un système, une culture… Est venu le temps de questionner notre mode de vie, l’existence de l’être humain sur la planète : penser différent, le problème est de nos enfants. Sans me décharger sur eux de ce fardeau, je ne me reconnais pas compétent : les ans m’ont moulé, j’en ai épousé les contours…