Je suis féministe.

Né l’ainé d’une fratrie, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants, trois générations de femme se sont penchées enthousiastes sur mon berceau : elles m’ont transmis un goût de vivre viscéral. Les hommes chefs de famille, ingénieurs, ont pourvu aux finances et au cadre morale. En 68 sans conscience politique, la vague subversive m’a soulevé contre les « Patriarcalismes » ; l’idéalisation du féminin, intégré « tout petit », et les hormones récentes m’ont submergé.

Au 20ème siècle la gent féminine a dénoncé, chacune à sa manière, la farce et les abus du patriarcat installé : des voix féministes se sont fait entendre notoirement, perforant le discours dominant ; a minima paroles et sous-entendus aigre-doux exfiltraient les mailles du système masculin.

On ne peut refuser en bloc les mouvements féministes d’aujourd’hui sous prétexte de violences langagières, insultantes et extrémistes. Les progrès de l’histoire de l’humanité ne se font pas dans la douceur, malheureusement. La Révolution française et ses excès mortifères en sont un exemple déplorable. Il est souhaitable d’être raisonnable, le passé ne le montre pas.

Il faut être aveugle et sourd pour n’avoir pas parmi ses proches un exemple d’histoire sordide et/ou monstrueuse.

Prenons le dernier exemple en date, soigneusement escamoté : Gérard Depardieu, le monstre du cinéma français. Toutes n’ont pas les moyens de renverser la table. La séduction oblige à un rapport d’égalité, réciprocité, sinon c’est chantage et soumission.

Les femmes sont plus conscientes que les hommes, par ce qu’elles génèrent la vie : elles savent dans leur fibre ce qu’est la passion de la vie ! Savent aussi le cumuler avec le succès professionnel, peut-être mieux que les hommes. Les féministes ont toujours existé, aujourd’hui elles sont vues et entendues de tous : elles dérangent traditionel/les et conformistes bien-pensant/es. Progrès subversif d’un siècle, imparfait.

Le système néolibéral édifié et maintenu grâce au masculin de notre humanité, nous a conduit à une impasse, où l’argent est préféré à la vie.

30 Octobre 2022

Dimanche dernier le Brésil a entériné la défaite du président d’extrême droite Bolsonaro, malgré ses tentatives frustrées de manipulation ; Trump est son modèle, Putin et Orban ses alliés. Les institutions ont fonctionné et l’ex-président Lula a été élu (51% des votes), la démocratie s’en est trouvée confirmer. Avant que Lula n’assume le 01/01/2023, Bozo va contester le résultat ; les conditions d’un coup d’état ne semblent pas réunies. Si les forces armées sont particulièrement discrètes, des supporters de Bozo, chauffeurs de camion, bloquent les routes : ultime tentative de semer le désordre ?! L’élection de Lula n’a pas été reconnu par son adversaire, créant une instabilité sur les marchés financiers, les gouverneurs d’état, ex-Bozo-alignés, l’ont déjà fait : l’histoire n’est pas écrite.  

Lula a la responsabilité de remettre sur les rails un pays divisé, précarisé, dans un cadre international instable : économie fragilisée par l’inflation, guerre en Ukraine, crise aux USA, Europe problématique, régime chinois autoritaire à la prépondérance croissante. Lula n’ignore pas que la population conservatrice (50%) est intolérante aux nouvelles mœurs, à l’avortement etc. Pour s’allier la droite non-bolsonariste le progressiste Lula est déjà à l’œuvre ; son vice-président est l’ex rival de la droite modérée Alckmin. La réputation de Lula  (85% d’approbation à la fin du second mandat) aidera à trouver une composition économique : injection d’argent pour lutter contre la précarité et la faim, et mesures libérales pour attirer investisseurs nationaux et internationaux. Son programme est méconnu, mais sa volonté affichée de s’entourer des meilleures compétences pour chaque ministère (dont l’économie) rassure. Exemple caractéristique, à l’annonce de l’élection de Lula, la Norvège a spontanément informé le retour d’une subvention (Suspendue) de 2 milliards d’Euro pour aider l’Amazonie.

L’image populiste de gauche de Lula devrait rapidement créer un climat social favorable, et sa « Realpolitik » tropical donner une nouvelle aura et une dynamique durable au Brésil. Merde à lui !   

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Simone de Beauvoir – Annie Ernaux

La voix des femmes n’est pas dominante : notre phallo(go)-centrisme culturel, individuel et institutionnel la relègue. Les Françaises dénoncent cet état de fait ; Simone de Beauvoir au siècle dernier s’est faite entendre. Après que J-P Sartre, « son amour nécessaire », ait refusé le prix Nobel de littérature, l’Académie Suédoise n’a pas pris le risque de la nommer. Le camouflet a été une anti-consécration brillante ; les deux philosophes parisiens cultivaient indépendance intellectuelle et autopromotion.

Le prix Nobel de littérature 2022 salue une autre référence féministe : Annie Ernaux. Comme le « Castor » elle est femme de gauche et se manifeste seule et avec d’autres. D’origine modeste, née en 1940 en province, elle est une littéraire indépendante. Discrète, souvent ignorée (Prix Renaudot 1984) elle n’est reconnue qu’au 21ème siècle. Elle dit pudiquement « je suis traversée par les autres comme une putain », « une (femme) au milieu des autres », « j’écris avec mon corps », « écrire est une action » ou encore « écrire c’est allé jusqu’au bout de ce qu’on vit ». Elle parle comme elle écrit, simplement, comme une lame d’obsidienne. Son écriture contextualise l’intime, lui donne une dimension sociologique. Référence pour bon nombre d’auteurs actuels, ses œuvres sont aussi portées à l’écran. Modeste elle transforme la reconnaissance très officielle en responsabilité, celle « de l’engagement de l’écriture : dire le monde n’est pas neutre » , « Changer avec les mots : des mots non romancisés, des mots factuels, sans jugement » « pour comprendre les injustices ».

Écrivaine du 20ème et du 21ème siècle, Annie Ernaux, a été couronnée, sur le tard ; c’est le cas, souvent, des nobelisés. Libre penseuse, proche dans sa démarche d’Albert Camus, elle dit sa solidarité avec les femmes d’Iran et toutes les autres.

En 2018, un ressortissant français influent de l’Académie Suédoise est condamné pour agressions sexuelles ; le Nobel de littérature ne sera pas délivré : « Le nouveau prix de littérature de l’Académie » concurrent circonstanciel consacre Maryse Condé, écrivaine guadeloupéenne postcoloniale et féministe…

https://youtu.be/anLncnsm-nk