Cinquième âge.

Vivre est déraisonnable. L’angoisse existentielle circonscrite, je rêve de prendre soin de la flamme scintillante : désir, enchantement, optimisme du verre à moitié plein.

La faucheuse rhabillée de fantasmes variés me secoue nuit et jour : je dévêts la vieille poupée, la remets au placard, sans verrou, de mon inconscient au parterre de marguerites. Le jeu des antagoniques se poursuit, sourire ironique et entendu : elle insiste, je résiste. Je perds mon temps et nous égare ; retard !

Mieux conscient, je songe à un nouvel âge. La flamme décroit lentement ; nul besoin de faire feu de tout bois. L’expérience aide à discerner l’original, écarte les prophètes de vieilles recettes aux nouvelles paillettes : le temps concentre, la perspective s’amenuise, un essentiel libéré des fantasmes indigènes émerge, droit à l’erreur !

Les envies filtrées par le temps font place à un résidu argileux, désir lourd de précarité ; laisser une trace aux proches, imprévisible, un héritage, un pur objet qui s’imposerait par sa propre présence, sans morale, un témoignage muet d’une existence insensée. Une élucubration, espoir de vie, perdu dans un univers incommensurable : « peut-être » !     

Contre la morosité des départs sans retour et la mélancolie compréhensible de l’incertitude du futur, un enthousiasme, sélectif : perpétuer la capacité sans âge et sans objet de se ravir, et de parier sur un mieux possible. Entretenir la joie, au passage d’un parfum fugace dans l’air matutinal, de la découverte d’une saveur nouvelle à une table amicale, de l’écoute d’une nouvelle interprétation d’une éternelle mélodie, de la rencontre d’une idée à contre-courant porteuse d’espoir, de l’assoupissement corps et âme enlacé à la tendresse de l’élue : avancer optimiste sur la route incertaine. Humain !

L’insatisfaction innée ne cesse qu’au dernier souffle de vie, l’appréhension de la complexité du monde n’offre aucune certitude ; elles obligent à une lucidité active et à son pendant jouisseur : savourer son demi-verre de vin, bourru ou grand cru, avec l’intensité du moment présent, premier et ultime, unique. Vitale !

« Le Culbute-Pucelle »

La contingence, aussi nommée accident ou improbable, s’impose, parfois heureuse.

Je songeais à échanger mon chapiteau pour une habitation fixe ; je résistais, procrastinais.

Le poète et sa légende, amical présent, ont précipité ma décision.   

Extrait du recueil de Mario de Andrade « Clan du Jabuti *». (Traduction libre et non autorisée)

Vent fleuri roule par les rails.
Il vient de loin, des grottes préhistoriques…
Descendant les montagnes
Il a fui les escarpements assombris du Culbute-Pucelle

Trémulation brusque de peur.
Effroi.
Feuilles pleureuses d’eucalyptus.
Cloche sonne.
Personne.
La solitude angoissée des arêtes…
La paix fruste effarouchée des gorges de la montagne…

La chaîne du Culbute-Pucelle
Non elle n’avait pas ce nom…
Ils étaient de l’autre côté,
Sont venus au village marier
Et ont traversé la chaîne,
Le fiancé avec sa fiancée
Chacun d’eux sur son cheval.

Avant que n’arrivât la nuit
Ils se sont souvenus de rentrer.
Ils ont dit adieu à tous
Et se sont mis de nouveau
Par les raccourcis de la chaine
Chacun d’eux sur son cheval.
Les deux étaient heureux,
Sur la hauteur tout était paix.
Par les chemins étroits
Lui devant elle derrière.
Et riaient. Comme ils riaient !
Riaient même sans raison.

La chaîne du Culbute-Pucelle
Non elle n’avait pas ce nom.

Les tribus rousses du tard
Rapidement fuyaient
Et pressées se cachaient
Là en bas dans les concaves

Craignant la nuit qui venait.

Pourtant les deux continuaient
Chacun d’eux sur son cheval
Et riaient. Comme ils riaient !
Et leurs rires aussi se mariaient
Avec les risées des rocailles
Qui sautant frivoles
Du sentier se détachaient
Cherchant l’escarpement.

Ah, Fortune inviolable !
Le sabot s’est posé en porte-à-faux.
Donnent fiancée et cheval un saut
Précipités dans l’abîme.
Pas même le choc s’est écouté.
Il fait un silence de mort.
Sur la hauteur tout était paix…
Cravachant son cheval,
Dans le vain de l’escarpement
Le fiancé s’est précipité.

Et la chaîne du Culbute-Pucelle
Culbute-Pucelle s’est appelé.

*Tortue terrestre.                  

Le sang mêlé de la poésie et de la terre, légende authentique de tradition orale enracine, intransitif.

Je suis féministe.

Né l’ainé d’une fratrie, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants, trois générations de femme se sont penchées enthousiastes sur mon berceau : elles m’ont transmis un goût de vivre viscéral. Les hommes chefs de famille, ingénieurs, ont pourvu aux finances et au cadre morale. En 68 sans conscience politique, la vague subversive m’a soulevé contre les « Patriarcalismes » ; l’idéalisation du féminin, intégré « tout petit », et les hormones récentes m’ont submergé.

Au 20ème siècle la gent féminine a dénoncé, chacune à sa manière, la farce et les abus du patriarcat installé : des voix féministes se sont fait entendre notoirement, perforant le discours dominant ; a minima paroles et sous-entendus aigre-doux exfiltraient les mailles du système masculin.

On ne peut refuser en bloc les mouvements féministes d’aujourd’hui sous prétexte de violences langagières, insultantes et extrémistes. Les progrès de l’histoire de l’humanité ne se font pas dans la douceur, malheureusement. La Révolution française et ses excès mortifères en sont un exemple déplorable. Il est souhaitable d’être raisonnable, le passé ne le montre pas.

Il faut être aveugle et sourd pour n’avoir pas parmi ses proches un exemple d’histoire sordide et/ou monstrueuse.

Prenons le dernier exemple en date, soigneusement escamoté : Gérard Depardieu, le monstre du cinéma français. Toutes n’ont pas les moyens de renverser la table. La séduction oblige à un rapport d’égalité, réciprocité, sinon c’est chantage et soumission.

Les femmes sont plus conscientes que les hommes, par ce qu’elles génèrent la vie : elles savent dans leur fibre ce qu’est la passion de la vie ! Savent aussi le cumuler avec le succès professionnel, peut-être mieux que les hommes. Les féministes ont toujours existé, aujourd’hui elles sont vues et entendues de tous : elles dérangent traditionel/les et conformistes bien-pensant/es. Progrès subversif d’un siècle, imparfait.

Le système néolibéral édifié et maintenu grâce au masculin de notre humanité, nous a conduit à une impasse, où l’argent est préféré à la vie.