Fervent amateur au naturel gourmand, avant de connaître le mouvement Anthropophagique des Modernistes, je m’identifie à la voracité de mon pays d’adoption ; paraphrasant Oswaldo de Andrade « l’Anthropophagie unit les brésiliens ».
Le joyeux bordel ressenti en arrivant, n’est pas une impression : avec une indéfinition persistante existe la possibilité d’une solution bricolée, la mise à profit de la situation et la perversion des règles et des lois, après «dévoration». Couronnée d’un sourire entendu, la non-loi issue des coutumes hybrides d’aucun registre provoque, déroute, agace. Cet extrémisme viendrait des amérindiens rarement respectés, souvent décimés, parfois intégrés : racine fondamentale. Avant l’évangélisation, les nations indiennes partageaient le rite de tuer l’ennemi vaincu pour le consommer, geste réel et symbolique : souvent un seul des guerriers vaincus, parmi les plus vaillants, après avoir été traité comme un chef, était sacrifié. Vengeance et volonté d’acquérir ses qualités pour les sommer à celle du peuple vainqueur : une forme de reconnaissance, pas de cannibalisme mais d’anthropophagie, une assimilation. Après nombre essais d’évangélisations infructueux, les survivants ont abandonné cette coutume.
Avant de penser, d’élaborer avec des mots, je ressens la réalité : elle touche les pores de ma peau, passe par les ouvertures de mon corps ; la gueule n’est pas la moindre ! L’apprentissage de la vie passe par une approche cérébrale ; la paresse me fait savourer les choses de la vie plus que les circonscrire de mots : j’engloutis, rumine, me nourris de ce que la vie m’offre : néo Pantagruel je vis au présent, j’aime la vie plus que de lui chercher un sens. Sans m’opposer à l’herméneutique, je suis séduit par la culture du Brésil : elle m’a cueilli, gloutonne, s’approprie l’étrange, s’acculture, mangeuse d’âme, délivre une lecture originale.
Quelques oeuvres en miroir, les « Bachianas » d’Hector Villa Lobos, « Abaporu » et « Operarios » de Tarsila do Amaral, l’architecture de Oscar Niemeyer, la « Bossa Nova » et le « Tropicalismo », aujourd’hui la poésie d’Arnaldo Antunes, quel que soit le moment politique.
Le souhait d’un divertissement à découvrir un masculin plaisir, banal et bon marché. Deux personnages, César et Eustache, deux attitudes révélatrices, pour un face à face entre deux styles de relation… Un épicurisme facile à l’intimité précieuse, sans être exceptionnelle, une expérience gourmande rarement partagée.