Impair, je passe.

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La concentration urbaine augmente. Paradoxalement la quantité de personnes isolées aussi ; isolement physique empreint d’incompréhension, de solitude. La complexité du quotidien restreint les moments d’oisiveté et multiplie les sources d’anxiété ; désorienté le sujet subit, et, ballotté, s’assujettit à toujours plus d’assistance et de garanties…

La vie citadine transforme notre relation à la Nature : fondamentalement familière, elle devient distante. Faute de la côtoyer, la vision en devient idéalisée ; le même regard « coucher de soleil » embrasse la réalité champêtre : coup d’œil superficiel, plaqué de réminiscences esthétiques. On oublie la féroce pulsion de la vie au ras des pâquerettes : la survie au naturel est une vie aux aguets contre une adversité multiple.

Les Hommes de la campagne chassent l’animal sauvage pour le consommer ; les animaux domestiques aident aux tâches et aux labeurs de l’exploitation, et sont aussi source d’alimentation : équilibre hiérarchique respectueux, intéressé. Aujourd’hui à une extrémité de notre société de consommation le bétail est devenu un produit commercial sans considération, sinon celui de l’argent. À l’autre extrémité, l’animal de compagnie élu est le substitut de proximité humaine : il est choyé comme un intime, un VIP, un être supérieur à la majorité des êtres humains que nous ignorons ; aux USA le marché des Pet’s est des dizaines de fois supérieur au budget de nombreux états. La variété des nouveaux intimes est aussi large que les incongruités humaines. Leurs places rivalisent avec celle des parents des amis, et sont admis dans le lit, la baignoire, les bras : dorlotés comme des enfants, ils ont leur régime, leur médecin, leur psy…

Les mauvais traitements du bétail qu’on mène à l’abattoir sont dénoncés…  Asservi, l’animal de compagnie paraît un miroir dans lequel le propriétaire projette sa compassion, celle de toutes ses souffrances réelles et fantasmatiques. Après avoir assisté aux animaux de Disney qui savent si bien interpréter les émotions humaines, on leur prête tous nos sentiments ; écran surréel des Pet’s : auto-commisération ?!                      

Je donne ma langue au chat

Infini singulier.

Sur la planète du « New village », une minorité de milliards de congénères (La majorité reste sous silence) est assujettie à une surinformation, gabegie et manipulation, real or fake. Facebook, Twitter, Instagram, TikTok etc. en rajoutent une couche : une réalité virtuelle s’impose aux privilégiés de l’humanité : sans contrôle !

Sans pouvoir y échapper, un autre cycle de vie – une certaine baisse d’énergie – provoque chez moi un recentrage ; le temps du tout accessible passé, je me rassemble sur l’essentiel de vivre bien, un lent marathon d’un plus de temps possible : lâcher prise, synonyme de renoncement et réserve.

A la dispersion sans limite du monde, je préfère la poursuite d’un particulier intérieur, de l’immédiat chancelant du présent. Un profond désir de vivre m’anime, avec la conscience de sa finitude et de l’oiseuse intromission d’un extrinséque : laisser tomber le culturel infiltré au sein de mon univers, source d’exigences et de malentendus, pour mieux appréhender les replis du savoir quotidien.

Je flotte dans un nouvel absurde : les mots perdent de leur sens, se détachent. Isolé dans ma presqu’île, le choix de quelque chose d’élémentaire apparaît, à petite échelle, sans urgence ni prétention. Pas un arrêt sur image, une caméra lente, un champ réduit : mieux apprécier l’instant, dans toute l’extension de mes sens et la capacité de mon intellect.

Du désir de prendre mes distances avec l’incontournable soumission au monde obsolète, nait le choix du risque d’une pseudo autonomie, celle de l’original désordre de ma folie particulière. Recherche d’un plus-de-vivre sous la banale influence des inévitables concepts fourre-tout : les vertus cardinales et la liberté dans leur sens commun, sans sécurité illusoire, face à l’impasse de la vie et à un univers d’ordre et de bouleversement conjugués

Une quête précaire de mon infini singulier commence. Je guette fébrile la transfiguration du sentiment en pensée, la fulgurance du passage du présent au passé, la naissance du souvenir et de la nostalgie, les flous du paysage circulaire des réminiscences.  

Langueur.

Hors-circuit et déconnexion montrent la mesure de l’isolement à l’inaudible spectateur aux marges du fleuve sociétal.

Désirée, la perte laisse un lapsus immatériel anxiogène ; j’écarte le refuge dans ma suractivité historique.

Le choix, obligé de circonstances et d’idiosyncrasies, entaché de fantasmes et de névroses, dénonce la feinte liberté : frustration.

Solitaire, le dédain de l’écho reconnaissant libère ; l’inhabitude de l’air de haute mer fatigue la bête, la leste de mélancolie.

Le sujet socialisé se dilue ; le passé se transforme en souvenir, le futur n’offre que doutes, le présent demeure évanescent.

La saisie de l’étincelle vitale ressemble à la course poursuite bouche ouverte de la goutte de pluie dans l’averse, puéril !

La saisie de l’instant immanent de l’action et de la réflexion, ou du lâcher prise, de la méditation absorbe mon attention.

Concentré sur le présent, le passé s’efface, le futur n’existe pas, l’instant fulgurant d’une vie sourde et asséchée s’érode.

Le nouvel environnement m’enivre, drogue douce ; je me réveille bouche sèche, bercé par un clapot nostalgique, bleu lavande.

L’in-assurance de la piste à découvrir m’oblige à une attention de tous les instants, requiert un effort transcendant lénifiant.

La falaise du « Culbute pucelle » m’indique un parallèle : l’instantané profondeur de l’image et celle de l’immédiat à saisir.

L’instant présent n’est pas sans épaisseur, je perçois dans sa délicate concavité une trace du passé, un éclat du futur.

Pas de petite mort fulgurante, un ralenti s’impose à l’être pour plonger dans la langueur du temps qui s’écoule.