Infini singulier.

Sur la planète du « New village », une minorité de milliards de congénères (La majorité reste sous silence) est assujettie à une surinformation, gabegie et manipulation, real or fake. Facebook, Twitter, Instagram, TikTok etc. en rajoutent une couche : une réalité virtuelle s’impose aux privilégiés de l’humanité : sans contrôle !

Sans pouvoir y échapper, un autre cycle de vie – une certaine baisse d’énergie – provoque chez moi un recentrage ; le temps du tout accessible passé, je me rassemble sur l’essentiel de vivre bien, un lent marathon d’un plus de temps possible : lâcher prise, synonyme de renoncement et réserve.

A la dispersion sans limite du monde, je préfère la poursuite d’un particulier intérieur, de l’immédiat chancelant du présent. Un profond désir de vivre m’anime, avec la conscience de sa finitude et de l’oiseuse intromission d’un extrinséque : laisser tomber le culturel infiltré au sein de mon univers, source d’exigences et de malentendus, pour mieux appréhender les replis du savoir quotidien.

Je flotte dans un nouvel absurde : les mots perdent de leur sens, se détachent. Isolé dans ma presqu’île, le choix de quelque chose d’élémentaire apparaît, à petite échelle, sans urgence ni prétention. Pas un arrêt sur image, une caméra lente, un champ réduit : mieux apprécier l’instant, dans toute l’extension de mes sens et la capacité de mon intellect.

Du désir de prendre mes distances avec l’incontournable soumission au monde obsolète, nait le choix du risque d’une pseudo autonomie, celle de l’original désordre de ma folie particulière. Recherche d’un plus-de-vivre sous la banale influence des inévitables concepts fourre-tout : les vertus cardinales et la liberté dans leur sens commun, sans sécurité illusoire, face à l’impasse de la vie et à un univers d’ordre et de bouleversement conjugués

Une quête précaire de mon infini singulier commence. Je guette fébrile la transfiguration du sentiment en pensée, la fulgurance du passage du présent au passé, la naissance du souvenir et de la nostalgie, les flous du paysage circulaire des réminiscences.  

Langueur.

Hors-circuit et déconnexion montrent la mesure de l’isolement à l’inaudible spectateur aux marges du fleuve sociétal.

Désirée, la perte laisse un lapsus immatériel anxiogène ; j’écarte le refuge dans ma suractivité historique.

Le choix, obligé de circonstances et d’idiosyncrasies, entaché de fantasmes et de névroses, dénonce la feinte liberté : frustration.

Solitaire, le dédain de l’écho reconnaissant libère ; l’inhabitude de l’air de haute mer fatigue la bête, la leste de mélancolie.

Le sujet socialisé se dilue ; le passé se transforme en souvenir, le futur n’offre que doutes, le présent demeure évanescent.

La saisie de l’étincelle vitale ressemble à la course poursuite bouche ouverte de la goutte de pluie dans l’averse, puéril !

La saisie de l’instant immanent de l’action et de la réflexion, ou du lâcher prise, de la méditation absorbe mon attention.

Concentré sur le présent, le passé s’efface, le futur n’existe pas, l’instant fulgurant d’une vie sourde et asséchée s’érode.

Le nouvel environnement m’enivre, drogue douce ; je me réveille bouche sèche, bercé par un clapot nostalgique, bleu lavande.

L’in-assurance de la piste à découvrir m’oblige à une attention de tous les instants, requiert un effort transcendant lénifiant.

La falaise du « Culbute pucelle » m’indique un parallèle : l’instantané profondeur de l’image et celle de l’immédiat à saisir.

L’instant présent n’est pas sans épaisseur, je perçois dans sa délicate concavité une trace du passé, un éclat du futur.

Pas de petite mort fulgurante, un ralenti s’impose à l’être pour plonger dans la langueur du temps qui s’écoule.

Malgré l’adversité.

Elza Soares (1930-2022) a rendu le dernier souffle de sa voix éraillée le 20 janvier.

Son père carrier, sa mère blanchisseuse ont dix enfants ; la faim et la maladie sont leur quotidien. Tenue de se marier à l’âge de 13 ans, ses deux premiers fils meurent de malnutrition ; sa fille (1 an) est kidnappée. Son mari meurt de tuberculose.

Enfant elle chante avec son père guitariste ; veuve à 21 ans et 4 enfants, domestique, elle participe d’un programme de jeune talent : immédiatement saluée, la jeune Métisse débute par le cabaret. A 30 ans, une aventure avec Garrincha (Joueur de football, marié), la transforme dans l’Autre, objet de critique acerbe de la bonne société. Le divorce de Garrincha et leur mariage la vouent aux gémonies. La dictature la menace pour son parti pris pour le président démocrate J.K. Sa mère décède dans un accident de voiture conduite par Garrincha ; déprimé, il sombre dans l’alcoolisme.

La situation oblige Elza à de nombreux séjours à l’étranger : Amérique Latine, USA, Europe. L’ex-épouse de Garrincha décède, Elza adopte ses six filles. Après 16 ans d’un mariage violent, à 50 ans elle divorce ; 1 an après, une cirrhose enlève « l’Amour de sa vie ». 3 ans plus tard le fils unique de leur relation décède dans un accident de voiture. Elza déprime. Son ascension avance en dents de scie. Barrières sociales, évènements dramatiques pénalisent sa carrière. Sa voix rauque, son engagement racial et féministe la caractérisent dans un milieu de nombreux amis.

En 2000 la BBC Londres lui décerne le prix de « Chanteuse du millénaire » : commence une nouvelle ère, cycle de tournée, disques et prix, avec les meilleurs compositeurs et interprètes de tous les styles du 3ème millénaire, et la samba de ses origines. Handicapée elle continue à travailler : en 2015 elle lance l’inédit « A mulher do fim do mundo ». Le Site Pitchfork ne tarit pas d’éloges. En 2017 sa tournée passe par Central Park. En 2018 elle lance « Deus é Mulher ». En 2019 « A planeta fome » ; le disque est indiqué au Grammy Latino en 2020.

Sa vie est l’objet d’un film « My name is now ». E.S :« La vie est hors la loi, j’ai beaucoup reçu de la vie ». « Je m’aime, j’aime la vie. »