Au Brésil !

Dimanche 02/10/22 premier tour des élections, Bozo (43%) actuel président, et l’ex Lula (48%). Deux personnalités et deux positions politiques antagoniques, un même charisme populiste, une même nécessité : créer des alliances, leur parti respectif représente 20% et 15% des députés.

Le premier, connu pour sa narrative d’extrême droite fasciste, ses propos rustres et ségrégatifs, ses décrets irrespectueux de l’environnement, prône une société ultra-libérale, et défend les intérêts du capital comme celui de l’agriculture industrielle

Le second a terminé son 2ème mandat (2011) avec 83% d’approbation pour sa lutte contre la pauvreté ; d’autres choix politiques sont plus controversés ; le soutien à Dilma Rousseff (Successeur) est une erreur, sa projection internationale un succès.

La constitution brésilienne de 1988 oblige au quotidien le pouvoir exécutif a composé avec le législatif, en commençant par l’approbation de son budget… Le président, en dehors de la base alliée – en moyenne 6 partis qui ne constituent pas une majorité -, doit composer avec quelques-uns des 20 restants, le « Grand-centre », ventre mou qui fluctue. Ces partis ont une origine régionale ; ils répondent à la demande de modestes municipalités de province, aux problèmes urgents : une infirmerie, une école, une ambulance etc. Ces élus sont des personnalités locales sans coloration politique, opportuniste par nature et par obligation.

Aux partis alliés on offre des ministères et des postes importants de l’administration, aux autres on fait des concessions financières avec l’aide d’amendements, de subventions… Un exemple : le budget secret (10 milliards de US$ en 4 ans) a été amendé à la veille des élections de 100 Millions de Dollars supplémentaires redistribués rapidement par le biais de différents ministères. Pratiques perverses.

Lula devrait remporter avec difficultés cette élection. La cuisine politicienne et l’absence de narrative construite des partis démocratiques ne cessent de décevoir les citoyens, entrainant la croissance d’une extrême-droite radicale à la harangue simple de contre-vérités et fake-news, au Brésil et ailleurs.

Marketing Royal

Une histoire chaotique !

Au IXème siècle les Vikings dominent l’Angleterre. Au XIème le duc de Normandie Henri II Plantagenêt hérite du trône. Au XIVème Edouard III Plantagenêt revendique le trône de France : la Guerre de Cent Ans. Un parlement de deux chambres est mis en place. Fin XVème, Gallois et Ecossais Tudor installent un pouvoir centralisé et nationalise l’Église. Au XVIIème, le règne des Stuart d’Ecosse se conclu en 1649 par l’exécution de Charles 1er. Dix ans de Cromwell : retour de la royauté et du pouvoir renforcé des Communes et des partis politiques. Fin XVIIème, pour éviter une couronne catholique, ils invitent Marie, fille du roi, et son mari Guillaume d’Orange à renverser le roi. A sa mort en 1714, le parlement choisit, Georges 1er, fils de Sophie de Hanovre et belle-sœur de Guillaume, et crée la fonction de Premier Ministre, que les Communes indiquent ; il préside aux affaires. 1837, la loi salique retire à la reine Victoria la couronne de Hanovre. La Maison de Saxe-Cobourg-Gotha est rebaptisée en Windsor par Georges V en 1917.  

Chute de l’empire : déclaration de Balfour. Les principales ex-colonies deviennent des Dominions. La couronne britannique se perpétue indépendante dans chacun d’eux, et préside leur alliance commerciale, le Commonwealth. On y défend le libéralisme démocratique. En 1947 L’Inde républicaine reste membre du Commonwealth, qui croît grâce au précédent, au prestige de la couronne et aux intérêts partagés.   

Elizabeth II a évité de prendre position en politique ; elle soigne son prestige symbolique proche du conte de fée, malgré les écarts de la famille royale.

Charles III est un Roi constitutionnel aux 15 couronnes dont la fiction s’étend à une communauté de 36 républiques et cinq monarchies ; 30 millions de Km2 et 2,5 milliards d’êtres humains.

La mise en scène de la royauté britannique captive : la pompe est mieux orchestrée qu’un spectacle de Disney et sa communication royale évoque un rêve vivant, un grand théâtre comparable au Vatican. Bienveillants principes conservateurs et vieilles institutions de grande souplesse abritent des membres à la main lourde et à la dent dure.   

A droite toute !

Après « l’islamo-gauchisme » expression créée pour nier l’inégalité sociale universitaire, le Wokisme.

L’apparition du mot viendrait de l’argot Afro-Américain du temps de l’esclavage du verbe to wake « woke » éveillé, vigilant. On le trouve dans le discours anti-raciste des années 1960, dans les universités en 70/80. Au premier plan avec «I stay woke», Erykah Badu (2008) et le  mouvement «Black Lives Matter» (2013).

En France « wokisme » (2015) récupère la racine «wok» pour créer un vocable dont l’étymologie laisse penser à un courant organisé, tel le marxisme, christianisme… et contrer un ensemble flou de diverses causes (#MeToo, climat, antiracisme, LGBTQ+ …) en lutte pour moins de discrimination.

Escalade, débordement, déresponsabilisation/ victimisation ne remettent pas en question la légitimité d’une demande d’intégration des minorités laissées pour compte (du meurtre de Michael Brown jusqu’à la croissante proportion d’être humain vivant sous le seuil de la pauvreté.) Contre et au-delà du discours raciste RN/FN, le wokisme des minorités ségréguées veut dénoncer toutes discriminations pour plus d‘égalité, de liberté, de démocratie et d’universalisme républicain.

Des conservateurs occidentaux, après avoir inventé le « racisme » pour justifier l’esclavage des africains, le « colonialisme » civilisateur, et le « différencialisme » pour éviter les mélanges de culture avec les immigrés (70/80), aujourd’hui inventent le « wokisme » pour nier le racisme « institutionnel » : l’existence d’un préjugé favorable (subtil !) de l’homme blanc chrétien qui a contrario est une forme sournoise de discrimination, dite « systémique ». Wokisme est devenu péjoratif ; Clément Viktorovich dit « Un outil rhétorique, une arme de disqualification massive… »  

L’opposition des grands médias au service de la droite a, dans une dialectique spécieuse, avec l’appui des dignitaires, caractérisé le wokisme de mouvement qui résulterait dans la fragmentation de la société républicaine, et serait par voie de conséquence irrecevable. Et dorénavant toute revendication contre l’ordre établi sera écartée pour être anti-républicain… !!!???