Non Monsieur le Président !

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Emmanuel Macron opportuniste chasse tous les conservateurs avec des propos antirépublicains, et flirte avec les extrêmes populistes. Une erreur m’irrite entre tant d’autres.

« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder… C’est ça, la stratégie »,

Le jargon poissard gagne la présidence, et les susnommés de passer dans l’opposition.

Pour que les Français s’identifient à la Nation Française, à l’état qui oblige, il faut que son garant se conduise, s’exprime correctement. Dans son essence, son attitude a quelque chose de singulier, voire de rare : il doit (r)animer l’esprit civique, procurer l’approbation de la raison d’état, limite de la liberté du quidam, et éviter la contestation (facile) de la forme.

Quand le Président E. M. dit à 10% des citoyens qu’il les emmerde, il leurs donne le droit de lui tourner le dos et de lui répondre sur le même diapason ; le débat qui suivra se vautrera dans la fange. Le langage ordurier précipitera une escalade de violences. Nommer cela une stratégie, est plus qu’une faille grossière !

Je conteste l’usage de la vulgarité au Président. Qu’E. M. dans sa demeure se bâfre de « Merde », je le respecte : son domaine privé lui appartient. Mais quand le premier personnage de l’état s’exprime dans un débat public comme un malotru, il sape la nécessaire dignité de sa fonction – la constitution le fait chef d’état -, qui pour ne pas passer pour un pur exercice d’autorité, a besoin de hauteur, d’une forme de vertu. Pour se rapprocher des Français, la Présidence peut utiliser des mots simples, un ton familier. L’Histoire ne manque pas d’exemple.

Le vicomte Pierre de Cambronne, à qui on attribue le premier lâché des cinq lettres, répondait à l’ennemi anglais au milieu d’une bataille napoléonienne qu’il perdait, après avoir vu mourir la quasi-totalité de ses hommes.  

La prétention d’un Président (qui peut en cacher un autre !) de rassembler une majorité impose un programme visionnaire.

Mon franc désaveu ne livrera pas mon vote à MLP, pas plus qu’au premier tour il n’a été à JLM. De trois maux, le moindre.                      

Antirépublicain.

Fred Romero, Paris – Place de la République

N. Machiavel a énoncé le bien fondé du cynisme en politique au XVIème : le propos d’E. M. en est un exemple maquillé de « Nouveau récit ».

Pro memoria, les droits de l’homme et du citoyen de 1789 sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ; ils ont été repris dans leur intégralité dans la Déclaration Universelle de 1948 et dans la convention Européenne de 1950. Ces droits inaliénables servent d’introduction aux constitutions de la France de 1852, 1946 et 1958.

Quand E. M., Président de la République, garant de la constitution et des institutions, propose un nouvel équilibre entre droits et devoirs, l’annonce est suspecte : elle feint d’ignorer que la vie du citoyen est faite du devoir de se courber aux habitudes et aux mœurs, à d’innombrables règlements, aux lois et à la constitution, tous aussi flexibles que le glaive de la justice qui veille à leur respect. Anticipant le très probable deuxième tour, le candidat à la réélection chasse sur toute l’extension des territoires de la droite, et avec conviction affirme que « les devoirs précèdent les droits. » Non !

Les législateurs dès la Révolution tiennent à la Déclaration en exorde pour dénoncer une évidence : les rouages de la société sont d’un poids infiniment supérieur au simple individu, avec quelques rares exceptions. Avec le temps, les institutions et les entreprises travaillent en priorité à leur survie, à leur justification, ne laissant au citoyen lambda, sans réels moyens de confrontation, que l’alternative de la soumission en contrepartie d’une vie médiocre. 

Héritière du siècle des lumières, la République Française s’est prémunie d’un Rappel : la constitution et les lois sont au service de l’être humain dans sa fragile unité originale, préambule qui l’oriente. Les Droits de l’Homme et du Citoyen précédent et préexistent, orientent les lois.

Dire que les devoirs du citoyen précèdent ses droits est contraire à l’essence de notre démocratie, à l’esprit républicain que le président a le devoir de défendre. Nul n’est l’état, et le discours d’E. M. tient du révisionnisme républicain, de l’anti-républicanisme.

Mystification

Pierre-Narcisse Guérin , Phèdre et Hippolyte, 1815

Macron nous parle de « Nouveau récit », pour faire croire à un nouvel avenir. Usurpation d’un vocable au sens éloigné de feu la tradition orale et de la littérature : pas de nouvelle, de roman, de chronique ni même de mémoire ou de rêve. Le mot a une dimension politique imprégnée d’économie : le dirigeant retire de son chapeau une idée de progrès consensuel au lyrisme humaniste sous-jacent.

Après le discours millénaire des religions et assimilés nous assurant un au-delà meilleur que la précarité de notre quotidien, – asséné sans dispenser la violence -, les lumières nous ont promis l’âge de la raison, l’internationale et la lutte des classes le pouvoir au bon peuple, le tyran clairvoyant le bien-être à tous ceux qui se joindraient à lui, et récemment le néolibéralisme la tendance naturelle à un équilibre démocratique qui ferait le bonheur de tous. Dernièrement Mark Zuckerberg et ses alliés Microsoft, Apple, Amazon, Sony et autres Alibaba nous annoncent une réalité qui fusionne avec le numérique : un monde virtuel ou par avatar interposé nous vivrons un nouveau réel, chacun à sa mesure, à peine élitiste.

L’Histoire (que certains avaient bel et bien enterrée) réservent aux grandes idées la place d’une facette de notre gigantesque caléidoscope. Scientifiques et penseurs produisent des découvertes paradoxales : progrès réservés à une élite sans que les démunis n’en voient la couleur, récupérés à des fins commerciales au mieux, et/ou guerrières, mortifères.

L’homme politique français veut trouver un vrai leadership concédé de fait comme un pis-aller. L’effet de manche de sa rhétorique ne passe pas la rampe.

Un Nouveau Récit – « New Deal » -, serait une mobilisation planétaire née de la conscience de la responsabilité humaine dans notre nouvelle ère : l’Anthropocène. Le négationnisme des plus conservateurs ne saurait interdire le Rêve éveillé d’une Union contre l’ennemi commun, la Mort annoncée de la race humaine sur une planète gangrénée : tous les potentats économiques, politiques, sociaux, religieux/culturels devraient alors faire allégeance à cette nécessité absolue, tolérant les différences.