Mystification

Pierre-Narcisse Guérin , Phèdre et Hippolyte, 1815

Macron nous parle de « Nouveau récit », pour faire croire à un nouvel avenir. Usurpation d’un vocable au sens éloigné de feu la tradition orale et de la littérature : pas de nouvelle, de roman, de chronique ni même de mémoire ou de rêve. Le mot a une dimension politique imprégnée d’économie : le dirigeant retire de son chapeau une idée de progrès consensuel au lyrisme humaniste sous-jacent.

Après le discours millénaire des religions et assimilés nous assurant un au-delà meilleur que la précarité de notre quotidien, – asséné sans dispenser la violence -, les lumières nous ont promis l’âge de la raison, l’internationale et la lutte des classes le pouvoir au bon peuple, le tyran clairvoyant le bien-être à tous ceux qui se joindraient à lui, et récemment le néolibéralisme la tendance naturelle à un équilibre démocratique qui ferait le bonheur de tous. Dernièrement Mark Zuckerberg et ses alliés Microsoft, Apple, Amazon, Sony et autres Alibaba nous annoncent une réalité qui fusionne avec le numérique : un monde virtuel ou par avatar interposé nous vivrons un nouveau réel, chacun à sa mesure, à peine élitiste.

L’Histoire (que certains avaient bel et bien enterrée) réservent aux grandes idées la place d’une facette de notre gigantesque caléidoscope. Scientifiques et penseurs produisent des découvertes paradoxales : progrès réservés à une élite sans que les démunis n’en voient la couleur, récupérés à des fins commerciales au mieux, et/ou guerrières, mortifères.

L’homme politique français veut trouver un vrai leadership concédé de fait comme un pis-aller. L’effet de manche de sa rhétorique ne passe pas la rampe.

Un Nouveau Récit – « New Deal » -, serait une mobilisation planétaire née de la conscience de la responsabilité humaine dans notre nouvelle ère : l’Anthropocène. Le négationnisme des plus conservateurs ne saurait interdire le Rêve éveillé d’une Union contre l’ennemi commun, la Mort annoncée de la race humaine sur une planète gangrénée : tous les potentats économiques, politiques, sociaux, religieux/culturels devraient alors faire allégeance à cette nécessité absolue, tolérant les différences.

Afghanistan.

Le revers majeur des derniers jours a ses racines dans le drame historique du 11/09/ 2001, les USA subissaient au cœur de leur territoire un viol télévisé, symbolique exemplaire : honneur à laver.

Mais les affamés, 30% de l’humanité*, ne devraient pas être outragés par l’absolu mépris du leader de nos sociétés occidentales.

La suffisance et l’inconséquence estadunisiennes apparaissent dans toute son horreur : la décision du départ des troupes américaines par deux présidents (Républicain et Démocrate) successifs, caractérise la posture politique de la très grande majorité des Yankees. L’histoire se répète, après avoir lavé l’honneur et résolu militairement un problème de sécurité interne, les neveux de Donald le transforment en fournisseur de 90% de l’héroïne mondiale et le livrent au chaos. Le chevalier Blanc est bouté hors des frontières par un peuple miséreux assuré de sa légitimité.

Une partie de la planète est un territoire à la merci d’un narcisse aveuglé. Après le Vietnam, l’Amérique central, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Lybie… et de combien d’autres cas – Secrets d’état ! – d’ingérence violente dans les pays des plus démunis. Et Joe B. a la conscience tranquille ! Moi européen non.

  « La Vieille Europe » n’a pas de leçon à donner (Historiquement responsables, la France alignée sur la pointe des pieds, la Grande Bretagne vassale assignée etc.) mais pourrait saisir l’opportunité humaniste, unie autour d’une solidarité – Un rêve face au pouvoir du marché, du libéralisme aveugle !- avant que les vainqueurs d’aujourd’hui n’aient d’alternative que de se retourner vers leurs voisins autoritaires

Athée et démocrate, ma sympathie ne va pas aux Talibans. Mais leur désir de revanche face au complotisme nord-américain et leurs alliés fait sens. Des hommes et des femmes de civilisations millénaires vivent et pensent différemment : l’humanisme de l’U.E. doit aider au dialogue.

Le Capitalisme-libéral nord-américain piétine les Autres. L’Europe ne peut emboiter le pas de l’Oncle à la superbe paranoïa.

*Sous le seuil de pauvreté 10% de la population moins de 2$ par jour, 20% entre 2 et 5 $.