31/10/25

Cher Ami,

(Suite et fin)

Le Guide voue, par voie de conséquence, de la haine aux scientifiques et chercheurs, à leurs vérités objectives ; pour étayer ces contre-vérités il inonde les médias de fausses sciences : « on étouffe l’ennemi à force de bruit ».

Pour aider à l’amplification, les acolytes descendent dans l’arène ; on prend la pause et décoche sous les feux des projecteurs une formule coup de poing, quelques vocables facilement mémorisés pour marteler les esprits : « L’ennemi c’est le professeur » (JD Vance) ; sous-entendu « Suivez-nous » nous détenons la nouvelle vérité. Le discours du chef d’État, chef de gang, surenchérit, menace et agit. Le chantage et la violence sont ses arguments favoris, loin du dialogue ou de la diplomatie du système démocratique. La destruction de l’État de droit est en route.

On parlait hier des Juifs aujourd’hui on parle des migrants, la cause de tous les maux économiques, sociaux, culturels ; ils polluent l’histoire nationale. Au service d’un régime totalitaire les mots utilisés, génériques et simplistes, banalisent et neutralisent pour une lecture superficielle.

Goebbels, en 1932-1934 avança, : il a interdit les mots synonymes d’émancipation du langage des supports de communication, les a remplacés par ceux du pouvoir central ; vocabulaire primaire et englobant, fourre-tout créant la confusion, et avec la répétition l’abrutissement. La population est maintenue dans un monde de fiction grâce au verbe qui sature l’esprit d’images mentales, aujourd’hui de plus ciblées grâce à l’IA : une bouillie sur mesure, facile à digérer, plus que le dialogue démocratique fait d’allers- retours, de doute et de tolérance.

Quand la réalité rattrape la fiction, le Guide en sauveur impose, dans un second temps, la guerre créant un mouvement de mobilisation nationale, pour garder le pouvoir (1939 Adolf. H., 2022 Vladimir P.)

Olivier Mannoni : « Parce qu’il permet le dialogue et la prise de décision commune, le langage est la force de la démocratie, que ce langage soit perverti et c’est la démocratie elle-même qui se distorse, s’atrophie et perd sa raison d’être. »

#langage #fascisme #democratie

24/10/25

Cher Ami,

Le parallèle entre la montée du fascisme, devenu nazisme, en Allemagne dans les années 30 et la prise de pouvoir de D. Trump se resserre. La France suit.

Indice d’apparence mineure, les mots façonnent notre réalité : ils ont un impact mental, en bien et en mal, dont nous ignorons la fin. Un exemple : dans notre démocratie défenseure de valeurs humanistes, on nomme les êtres humains obligés à l’immigration de « travailleurs immigrés, réfugiés, clandestins ». Le mot utilisé par les droites radicales est « migrants ». Nuance !? Migrant est l’adjectif utilisé pour une migration biologique, Leucocytes migrants, en usage pour le règne animal : dépréciatif. Sournoisement avec migrants, les personnes qui sentent la nécessité d’immigrer sont rangées dans une catégorie déshumanisée, diluant le sentiment de fraternité. Le déboulonnage du respect de l’individu est en cours et la systématique de l’usage du « migrant », adjectif générique substantivé, n’est pas un hasard.

Plus encore, le « migrant » devient la cause des problèmes économiques, malgré les études scientifiques qui y voient une solution. Le chaland acheteur d’explication bon marché à ses problèmes y trouve son compte ; il embarque dans la ségrégation pure et simple. On assiste à l’inversion d’une évidence historique : « les victimes sont nos bourreaux », rengaine connue aidant au développement d’une forme de paranoïa, et de la xénophobie. La liturgie de la presse des droites et leurs réseaux sociaux forts de leur liberté d’expression amplifient le travail de sape.

On affirme alors que la volonté du peuple prévaut à l’état de droit ; la véhémence truculente du populisme élève sa voix contre les minorités désormais sans droit, et le sort des migrants est établi. Par la parole se crée une réalité binaire et brutale : « eux contre nous » point de vue unique des conspirateurs d’un régime totalitaire nationaliste, gommant toute vérité historique ou scientifique.

Le cirque du Guide Charlatan et ses quelques formules coup de poing faciles sont en route : clou du spectacle, le menteur croit à ses mensonges.

(À suivre…)

#fascisme #humanisme #populisme #democratie

12/09/25

Cher Ami,

Le cowboy étatsunien a choisi le bras de fer avec le reste de la planète : cet isolement va accélérer la fin de l’hégémonie des USA, de l’occident. En Orient la Chine, et son allié obligé la Russie, va imposer son mode autoritaire enrobé de soie à la plus grande partie de ses voisins (presque 5 des 8 milliards d’habitants de la planète), et va soudoyer l’Afrique et nos démocraties vacillantes. Dans 25 ans, l’occident aura succombé peu ou prou, et à la fin du siècle nous aurons été colonisés.

Le genre humain doit affronter un triple défi : d’abord gérer la réduction des ressources naturelles de la planète, ensuite opérer la mutation du système libéral qui soumet la pensée des individus, capturés par une information en réseau, à un jeu mortifère où la « money » est la valeur suprême, et enfin l’irréversible baisse de la population mondiale aux conséquences économiques et sociales in-imaginées. Une opportunité…!!!???

Optimiste incurable, je n’ai pas choisi ma nature, je crois qu’après l’échec inévitable des fausses valeurs du profit, du sectarisme et leurs conséquences mortifères, à une nouvelle ère : celle d’un humanisme, celui du respect de la vie et de l’autre, qui existe dans les cultures les plus diverses autour du globe. Son sens a été détourné par les faux prophètes aux solutions simplistes, autoritaires et ségrégatives. Avec Edgar Morin, 104 ans ancien résistant philosophe constructiviste, je plaide en premier lieu pour l’optimisme, levier contre l’attraction morbide qui fait le succès des réactionnaires d’aujourd’hui : croire à la vie, affronter sa complexité et ses doutes inhérents, même quand la lumière au bout du tunnel vacille.

Une tristesse rageuse m’envahit devant le sort des plus démunis de notre communauté humaine. Le soixante-huitard ressenti se souvient de ses rêves de société meilleure, plus égalitaire et libre, fraternelle, et de progrès sans fin.  Optimiste malgré mon dépit, je parie sur les prochaines générations qui poseront les bonnes questions, découvriront les nouvelles solutions et surferont sur la nouvelle vague. La lutte d’Éros contre Thanatos continue.

https://youtu.be/HxAsO_aQiwo?si=LgpaJ9q4f5Lt0cwU

#eros @thanatos